Inghels, Nicolas - Le mouvement anarchiste en Belgique francophone de 1945 à 1970, vingt-cinq ans d'anarchie

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UNIVERSITƒ LIBRE DE BRUXELLES FacultŽ de Philosophie et Lettres Le mouvement anarchiste en Belgique francophone de 1945 ˆ 1970 Vingt-cinq ans dÕanarchie INGHELS Nicolas MŽmoire prŽsentŽ sous la direction de Monsieur JosŽ GOTOVITCH, en vue de lÕobtention du titre de licenciŽ en Histoire contemporaine 2. I. AnnŽe acadŽmique 2001-2002INTRODUCTION LÕanarchisme fait lÕobjet dÕun certain nombre de prŽjugŽs trs tenaces de la part du grand public. Tant™t assimilŽ ˆ une utopie, tant™t ˆ un pŽril pour la sociŽtŽ, il est le plus souvent tout simplement ignorŽ. Les historiens eux-mmes sÕy sont assez peu intŽressŽs1. Un intŽrt personnel pour le sujet, une sympathie naturelle pour certains penseurs proches de cette idŽologie et, par-dessus tout, une f‰cheuse Ç manie È de toujours vouloir dŽpasser les idŽes reues nous ont poussŽ ˆ consacrer notre mŽmoire de licence ˆ lÕhistoire du mouvement anarchiste. Nous avons dŽcidŽ de centrer notre Žtude sur le cas belge francophone et de prendre pour cadre temporel la pŽriode qui sՎtend de 1945 ˆ 1970. Il convient Žvidemment de justifier ces choix. Au niveau du cadre gŽographique, celui-ci a ŽtŽ guidŽ par la volontŽ de trouver le plus de sources possibles et de pouvoir les exploiter au mieux. Notre restriction au domaine francophone sÕexplique par le fait quÕil nous est vite apparu que lÕactivitŽ anarchiste belge se concentrait ˆ lՎpoque surtout sur la Wallonie et sur Bruxelles. De plus, les sources que nous avons exploitŽes ainsi que nos outils de recherche nous fournissaient principalement des informations sur cette rŽgion. Cela ne nous empchera pas de faire parfois, quand ce sera nŽcessaire, quelques incursions hors de ce territoire, principalement dans des pays europŽens (France, Espagne et Italie surtout), notamment dans le cadre dÕun chapitre que nous avons consacrŽ ˆ lÕaction internationale des anarchistes belges. Les limites temporelles de cette Žtude ont pour raison dՐtre lÕabsence de travail scientifique se rapportant ˆ cette pŽriode. Cette situation sÕexplique sans doute par le fait que celle-ci est souvent jugŽe inintŽressante. LÕidŽe (fausse) selon laquelle la guerre dÕEspagne et la dŽfaite anarchiste qui sÕy produisit aurait sonnŽ le glas de ce mouvement est trs rŽpandue. Notre choix se justifie Žgalement par un dŽsir dÕenglober et de confronter deux dates essentielles dans lÕhistoire du mouvement : 1945 et 1968. Nous avons nŽanmoins un peu poussŽ notre Žtude au-delˆ des ŽvŽnements de mai afin de pouvoir Žvaluer lÕinfluence que ceux-ci ont exercŽe et aussi dans le but de Ç faire rond È, cÕest-ˆ-dire de dŽcrire Çvingt-cinq ans dÕanarchie È, comme Marcel DIEU2, personnage clŽ de notre recherche, dŽcrivit jadis Ç Quarante ans dÕanarchie3 È. Cet intervalle peut para”tre assez rŽduit mais, Žtant donnŽ le caractre relativement Ç rŽcent È du mouvement, cela nous a paru suffisant. 1 Voir infra p.4 2 Marcel DIEU (30/05/1902 Ð 14/08/1969) dit Hem DAY, libraire, franc-maon, militant anarchiste depuis la premire guerre mondiale, il collabora ˆ de nombreuses revues durant toute lÕentre-deux-guerres et finit par crŽer la sienne pour y diffuser sa propagande anti-communiste, anti-fascisme et pacifiste. En 1933, lui et LŽo CAMPION renvoyrent leur carnet militaire au Ministre de la DŽfense nationale pour se dŽlier de toutes obligations militaires et signaler ainsi leur refus de participer aux guerres ˆ venir. Ils furent finalement, aprs quelques mois de prison, exclus de lÕarmŽe. Durant la guerre dÕEspagne, il partit ˆ Barcelone Ïuvrer ˆ la propagande rŽvolutionnaire anarchiste, de manire pacifique et non-violente. De retour en Belgique, il se consacra entirement ˆ la propagande, continua ses publications et fit jusquՈ sa mort de nombreuses confŽrences. Celles-ci Žtaient principalement consacrŽes ˆ lÕhistoire de lÕanarchisme ou ˆ ses personnalitŽs importantes. Il rŽalisa aussi ŽnormŽment de recherches sur des sujets divers et devint pour certains, Belges ou Žtrangers, une rŽfŽrence intellectuelle (Jean-Franois FUèG, Ç Hem DAY È in Nouvelle biographie nationale, vol. 5, 1999, pp.199-201) 3 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, pp.41-58 3. Dans le cadre dŽfini ci-dessus, nous avons cherchŽ ˆ relever toutes les manifestations de lÕactivitŽ anarchiste (ou du moins le maximum). Nous entendons par Ç manifestations È des rŽalitŽs trs diverses : groupes plus ou moins structurŽs, personnalitŽs plus ou moins emblŽmatiques, actions plus ou moins spectaculaires, publications plus ou moins importantes, prises de position plus ou moins ŽcoutŽes. Notons que nous mentionnerons aussi bien les manifestations Žmanant ouvertement du mouvement anarchiste que celles o la Ç voix È libertaire a pu sÕexprimer. Souvent en effet, les anarchistes se sont associŽs ˆ des combats autres que lÕopposition ˆ lՃtat, en gardant cependant toujours ce principe ˆ lÕesprit. LÕanarchie constitue un projet tellement vaste et tellement vague quÕelle peut intŽgrer de nombreux dŽbats. Pendant la pŽriode qui nous intŽresse, cÕest surtout la question de lÕantimilitarisme et de lÕobjection de conscience qui a focalisŽ les attentions des anarchistes. Notre projet initial Žtait dÕailleurs de rŽaliser un mŽmoire sur les anarchistes pacifistes. Partant du constat que ces deux termes paraissaient antinomiques pour de nombreuses personnes, nous voulions montrer quÕils formaient au contraire une alliance logique. Au fur et ˆ mesure de lÕavancement de nos recherches, il nous est apparu quÕil Žtait dommage et rŽducteur de se limiter ˆ ce seul aspect. Durant cette pŽriode, le mouvement anarchiste brassait de trs nombreux dŽbats et tendances diffŽrentes, qui Žtaient parfois entremlŽs. Nous avons dŽcidŽ de tenter de dresser un tableau le plus complet possible de cette activitŽ anarchiste multiforme. Il est possible cependant, mme si nous avons fait de notre mieux pour que cela nÕarrive pas, que ce biais initial se ressente ˆ la lecture de notre mŽmoire. DÕautres avertissements doivent encore tre faits. Avant tout, nous tenons ˆ signaler que si ce mŽmoire a pour ambition de donner la vision la plus complte du mouvement ˆ cette Žpoque et est le fruit dÕun travail relativement important, il ne prŽtend en aucun cas constituer une Žtude exhaustive et dŽfinitive sur le sujet. Par exemple, pour ce qui est des groupes et acteurs ŽtudiŽs, nous avons essayŽ de nÕoublier personne mais il existe certainement des personnes, des associations ayant eu une activitŽ ŽphŽmre ou trs locale dont nous nÕavons pas eu vent. De plus, nous sommes tributaire de lÕinformation que nous a fournie nos sources et de nos outils de recherche. Ainsi, pour ce qui concerne la presse anarchiste, nous nous sommes servi comme nous lÕexpliquerons dans notre mŽthodologie dÕun ouvrage rŽpertoriant les revues francophones, en prenant le parti de lui faire confiance, dŽcision Žvidemment dictŽe par le temps et les moyens dont nous disposions pour rŽaliser notre recherche. Il y a sžrement des revues, des tracts, des communiquŽs, des prises de position que nous nÕavons pas mentionnŽs. Tout dire est impossible et nÕaurait de toute faon eu aucun sens. Aprs un chapitre dŽcrivant la mŽthodologie employŽe et une mise au point terminologique sur les diffŽrentes notions ŽvoquŽes (anarchisme, libertarisme, individualisme, anarcho-syndicalisme, non-violence,É), nous entreprendrons de dresser ce tableau de la manire la plus complte et la plus objective possible. Le but de notre travail sera de montrer la richesse de cette pŽriode pour le sujet. Une activitŽ anarchiste assez importante sera constatŽe. Cela ne signifie pas nŽcessairement que cette Žpoque a vu de grandes avancŽes dans le domaine de lÕanarchie. Nous verrons que ces annŽes se sont caractŽrisŽes par dÕincessantes disputes au sein des groupes, qui ont fait que les historiens ont pu tirer la conclusion que rien dÕintŽressant ne sÕy Žtait passŽ. Nous pensons au contraire que tous ces dŽbats sont trs intŽressants. Ils tiendront une grande place dans notre mŽmoire. Nous t‰cherons Žgalement de dŽgager dÕautres caractŽristiques du mouvement ˆ cette Žpoque, de dŽgager des constantes. Enfin, nous examinerons lՎvolution qui sÕest produite au sein du mouvement. Notre objectif final sera de dŽterminer si, entre les bornes temporelles que nous avons fixŽes, on peut observer une rupture ou bien une continuitŽ. 4. II. MƒTHODOLOGIE La premire Žtape de notre travail a Žvidemment consistŽ en une recherche historiographique sur le sujet. Nous avons donc rŽalisŽ, avant de nous lancer dans notre Žtude, un Žtat de la question sur lÕanarchie en gŽnŽral et sur lÕhistoire du mouvement belge en particulier. La consultation des ouvrages bibliographiques gŽnŽraux ou spŽcialisŽs de rŽfŽrence et des catalogues des grandes bibliothques auxquelles nous avions accs a abouti ˆ un constat de carence. Nous nous sommes en effet trs vite rendu compte de la pauvretŽ historiographique du sujet, surtout concernant la Belgique. La majeure partie de la littŽrature est consacrŽe aux aspects philosophiques de lÕanarchie et ˆ ses penseurs les plus Žminents. Des Žtudes sur lÕhistoire du mouvement existent Žgalement, mais celles-ci sont surtout consacrŽes aux origines du mouvement libertaire, de la Premire Internationale ˆ la premire guerre mondiale. Historiquement, ˆ cette date, lÕanarchisme perd de son importance et sՎloigne des mouvements de masses, ce qui le rend sans doute moins intŽressant pour les historiens. Ces constatations sÕappliquent tout particulirement ˆ lÕhistoriographie belge. On ne relve que quelques rares ouvrages sur lÕactivitŽ anarchiste dans notre pays ainsi que des mŽmoires sur des aspects prŽcis ou sur certains acteurs du mouvement. Le tout a ŽtŽ synthŽtisŽ et complŽtŽ par Jan MOULAERT dans un ouvrage intitulŽ Rood en Zwart, qui reste la rŽfŽrence pour lÕhistoire du mouvement anarchiste en Belgique. Mais malheureusement, celui-ci est peu disert sur la pŽriode qui nous intŽresse. Notre recherche a donc ŽtŽ complŽtŽe par lÕhistoriographie franaise. Comme le mouvement anarchiste belge francophone est, pour des raisons dÕordre linguistique, principalement tournŽ vers la France, nous espŽrions trouver lˆ des informations intŽressantes. Ce fut parfois le cas mais, le plus souvent, lÕabsence de renseignement sur la pŽriode prise en compte a pu encore une fois tre constatŽe. Toutefois, il existe quand mme des ouvrages gŽnŽraux de qualitŽ sur lÕhistoire de lÕanarchie qui poussent leur recherche au-delˆ de la premire guerre mondiale et mme parfois, mais plus rarement, au-delˆ de la seconde guerre mondiale. Ainsi, la rŽfŽrence de base dans les Žtudes sur lÕanarchie, ˆ savoir la thse de Jean MAITRON intitulŽe LÕHistoire du mouvement anarchiste4 fut complŽtŽe dans sa deuxime Ždition par une Žtude sur lÕaprs premire guerre mondiale. HŽlas, ce supplŽment, assez complet pour la pŽriode dÕentre-deux-guerres, ne brosse plus que grossirement lÕhistoire du mouvement de 1945 ˆ 1975. Nous avons donc dž complŽter notre information par des Žtudes Žmanant des anarchistes eux-mmes, dŽcidŽs ˆ faire le point sur leur histoire et ˆ la vulgariser. Ceux-ci Žtaient en premire loge pour dŽcrire les ŽvŽnements et nous apportent donc parfois des renseignements prŽcieux, notamment dÕun point de vue biographique. Cependant, leurs travaux nÕont pas toujours un caractre trs scientifique, notamment ˆ cause de la vision fortement orientŽe quÕils portent sur les faits. Outre ces ouvrages gŽnŽraux, nous avons consultŽ des travaux plus prŽcis sur le sujet ou sur des aspects particuliers de celui-ci. Concernant les acteurs du mouvement, nous aurions aimŽ trouver plus dÕinformations dans les ouvrages biographiques de rŽfŽrence, mais cela ne fut pas le cas. Les dictionnaires biographiques spŽcialisŽs dans lÕhistoire du mouvement ouvrier en Belgique, comme en France, se sont aussi avŽrŽs peu instructifs. Il a donc fallu se contenter des quelques publications internes au mouvement anarchiste, des brochures biographiques sur certains Ç camarades È parues ˆ lÕoccasion de leur dŽcs ou en commŽmoration de leur disparition. Cependant, nous ne sommes pas en mesure de rŽaliser, pour tous les acteurs citŽs, une biographie complte. Nous avons Žgalement trouvŽ des ŽlŽments intŽressants dans des ouvrages sur des aspects plus prŽcis, ne concernant pas nŽcessairement lÕanarchisme mais des sujets connexes, par exemple des ouvrages sur lÕobjection de conscience et lÕhistoire des 4 Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, 2 tomes 5. mouvements pacifistes en Belgique ou encore sur des groupes de contestation ŽphŽmres comme le mouvement provo ou les ŽvŽnements de mai 1968. La deuxime Žtape de notre dŽmarche fut la recherche de sources. Etant donnŽ la nature de notre recherche, cela ne fut pas toujours Žvident. LՎtude dÕun mouvement sur une pŽriode dŽterminŽe exige de recourir ˆ des sources ŽparpillŽes et disparates. En effet, le mouvement anarchiste nÕest pas une institution organisŽe comme un parti par exemple, qui bŽnŽficie dÕun archivage systŽmatique. Pour un sujet tel que le n™tre, il faut exploiter diffŽrents types de sources. Le premier genre de sources auquel nous nous intŽresserons sera les archives rŽcoltŽes par les anarchistes eux-mmes, intŽressŽs par lÕhistoire de leur mouvement et conscients de lÕimportance que peut avoir la collecte de documents (on le verra, cÕest une constante dans les milieux anarchistes). Parmi ces collectionneurs infatigables, le plus important fut sans aucun doute Hem DAY. Ses archives personnelles ont constituŽ une source essentielle pour notre mŽmoire. Celles-ci ont malheureusement ŽtŽ ŽparpillŽes. Ainsi, de son vivant, il fit don dÕune partie de ses archives au Mundaneum, alors dirigŽ par son ami Georges LORPHéVRE5. A lՎpoque, cette institution ne se trouvait pas encore ˆ Mons mais ˆ Bruxelles. Ces archives, qui contenaient principalement des papiers dÕavant la deuxime guerre mondiale dont beaucoup de journaux, ont connu de multiples dŽmŽnagements et ne furent donc pas toujours entreposŽes dans les meilleures conditions. Ce premier lot dÕarchives fut ŽclatŽ entre le musŽe de la presse et la future collection anarchie du Mundaneum. A sa mort, une partie importante de ses archives fut dŽposŽe aux Archives GŽnŽrales du Royaume qui, en 1986, ont confiŽ son inventorisation ˆ Johan DEBRUYN6. CÕest ce fonds composŽ de plus de cinq mtres dÕarchives qui fut le plus important pour notre mŽmoire, puisquÕil contient les documents relatifs ˆ lÕaprs-guerre jusquՈ la mort de DIEU en 1969, cÕest-ˆ-dire juste avant fin de la pŽriode que nous nous proposons dՎtudier. Une partie de ces archives se retrouvrent Žgalement chez ses collaborateurs Jean CORDIER7 et Jean VAN LIERDE8. A la mort du premier en 1999, les papiers de Hem DAY rŽintŽgrrent en partie les collections du Mundaneum ; nous avons consultŽ le reste directement dans la famille du docteur CORDIER. Jean VAN LIERDE et la Maison de la Paix dÕIxelles, dont nous reparlerons, firent rŽcemment un tri dans leurs archives pour en faire don dÕune partie au Centre dÕEtudes et de Documentation Guerre et SociŽtŽs Contemporaines (C.E.G.E.S.) et au Mundaneum. Les papiers relatifs au pacifisme sont partagŽs entre les deux centres, le C.E.G.E.S. possŽdant, outre sa bibliothque personnelle, lÕexclusivitŽ des documents sur lÕaction de Jean VAN LIERDE au Congo, les seuls faisant lÕobjet dÕun 5 Georges LORPHéVRE (18/03/1912 Ð 2/09/1997), professeur et documentaliste. DÕabord ouvrier dÕusine, il rencontra en 1927 Paul OTLET lors dÕune confŽrence au Palais Mondial et devient son secrŽtaire jusquՈ sa mort en 1944. Il le remplaa alors dans ses fonctions au sein des organismes internationaux de bibliographie pour amŽliorer et diffuser la Classification DŽcimale Universelle. Dans le mme temps, Georges LORPHéVRE, pacifiste convaincu, sÕinvestit, avec sa femme, au sein de lÕInternationale des RŽsistants ˆ la Guerre (Jean- Franois F†EG, Aperu des collections du Mundaneum, Mons, Mundaneum, (collection des inventaires 4), 1999, p.12 et Biographie de Georges LORPHéVRE rŽalisŽe par son Žpouse Christiane LORPHéVRE Ð MONTLIBERT, ˆ notre demande) 6 Johan DEBRUYN, Inventaris van de papieren Marcel DIEU alias Hem DAY, A.G.R., Brussel, 1986, 159p. 7 Jean CORDIER (1919 - 1999), mŽdecin et professeur aux universitŽs de Bruxelles et de Mons. Dans sa jeunesse, il fut attirŽ par le Parti Communiste avant de rejoindre le mouvement anarchiste (Jean-Franois F†EG, Aperu des collections du Mundaneum, Mons, Mundaneum, (collection des inventaires 4), 1999, p.9) 8 Jean VAN LIERDE (nŽ en 15 fŽvrier 1926) Issu dÕune famille trs catholique, il collabora dans un premier temps aux J.O.C. et au P.S.C. et travailla ˆ lÕusine avant de reprendre des Žtudes ˆ Bruxelles. CÕest lˆ que dans lÕimmŽdiate aprs-guerre, il c™toya les milieux libertaires. Pacifiste non-violent depuis la guerre, durant laquelle il participa ˆ la RŽsistance, il refusa le service militaire, ce qui lui valut de conna”tre de nombreuses fois la prison entre 1949 et 1952 avant dՐtre envoyŽ travailler ˆ la mine pour se Ç racheter È. A sa sortie, il mit toute son Žnergie dans le combat pour la reconnaissance du statut dÕobjecteur de conscience. Dans ce cadre, il fut actif dans de nombreuses organisations pacifistes. Dans un mme temps, il lutta contre le colonialisme et se battit pour lÕindŽpendance du Congo. Il devint ainsi ami avec Patrice LUMUMBA. Il fut aussi un des fondateurs du C.R.I.S.P. (Jean VAN LIERDE, Un insoumis, Bruxelles, Labor, 1998, 208p. et Jean VAN LIERDE, Carnets de prisons dÕun objecteur de conscience (1949-1952), Vie ouvrire, Bruxelles, 1994, 262p.) 6. inventaire. Le fonds VAN LIERDE du Mundaneum fut intŽressant ˆ plus dÕun titre puisquՈ c™tŽ des documents sur son action personnelle au sein des mouvements pacifistes, se trouvaient des papiers dÕHem DAY mais aussi des dossiers sur le mouvement anarchiste audel ˆ des annŽes de vie de Marcel DIEU. Si on suit le cheminement des archives dÕHem DAY, qui sont les plus intŽressantes pour nous, on se rend compte que celles-ci se trouvent ˆ prŽsent partagŽes entre le Mundaneum et les A.G.R., qui furent les deux principaux centres dÕarchives que nous avons consultŽs. La grande diffŽrence entre les deux lieux rŽside dans le classement (ou non-classement) des archives. A Bruxelles, comme nous lÕavons vu, celles-ci ont ŽtŽ soigneusement rŽpertoriŽes et classŽes par thmes (une partie sur le pacifisme, une autre sur lÕanarchisme). A Mons au contraire, elles sont ŽparpillŽes entre les diffŽrents fonds constituŽs au fur et ˆ mesure des donations et acquisitions successives. Ainsi, outre les fonds Hem DAY, VAN LIERDE et CORDIER dŽjˆ mentionnŽs, le Mundaneum possde aussi les archives de lÕavocat montois Christophe TAQUIN, qui contiennent des livres ayant appartenus ˆ Hem DAY achetŽs ˆ un bouquiniste, les papiers de Marcel GORIS, militant socialiste dÕEvre qui avait fondŽ en 1980, notamment avec Jean CORDIER, lÕa.s.b.l. Ç Les amis dÕHem DAY È. Ensemble, ils organisrent des confŽrences et une exposition sur les revues anarchistes. Ces archives contiennent certaines affiches de la collection dÕHem DAY, certaines de ses revues, mais surtout les papiers de lÕa.s.b.l. Enfin, pour complŽter ses collections sur lÕanarchisme, le Mundaneum racheta les archives de lÕanarchiste Alfred LEPAPE9 ˆ un bouquiniste. Alfred LEPAPE Žtait lui aussi un collectionneur infatigable du mouvement libertaire, mais il ne reste quasiment rien de ses archives, qui furent toutes dispersŽes ˆ sa mort. Seule une infime partie des fonds relatifs ˆ lÕanarchisme avaient ŽtŽ inventoriŽs par le Mundaneum lorsquÕil dŽcida, en 1980, dÕorganiser une exposition sur la presse anarchiste10. Nous avons donc dž dŽpouiller quasiment lÕensemble de ces collections pour retrouver les papiers qui nous intŽressaient et dresser nous-mme notre propre inventaire11. Heureusement, des indications parfois prŽcises avaient ŽtŽ inscrites sur lÕavant des bo”tes, nous orientant dans nos recherches parmi les huit mtres dÕarchives que le fonds contenait. On le constate, ce centre fut prŽcieux pour notre recherche. Outre les archives, nous avons Žgalement pu y consulter des ouvrages sur lÕanarchie, dont certains absolument introuvables ailleurs. Ainsi, nous avons eu la chance de pouvoir accŽder ˆ la thse de RenŽ BIANCO sur la presse anarchiste francophone, instrument essentiel dans notre recherche, que possŽdait Georges LEFEVRE, archiviste au Mundaneum. Pour nos recherches, nous avons Žgalement pris contact avec dÕautres centres dÕarchives, mais aucun nÕavait de sources intŽressantes pour notre mŽmoire, exceptŽ peut-tre lÕInstitut dÕHistoire Sociale de Gand qui a, il y a quelques annŽes, rŽcupŽrŽ lÕensemble des archives du Syndicat UnifiŽ du Livre et du Papier, au sein duquel lÕanarchiste Jean DE BOè12 a ŽtŽ trs 9 Alfred LEPAPE (1925 Ð 1996), militant anarchiste pacifiste du Borinage. Il entra dans le mouvement libertaire au sortir de la seconde guerre mondiale. (Jean-Franois F†EG, Aperu des collections du Mundaneum, Mons, Mundaneum, (collection des inventaires 4), 1999, p.12) 10 Paulette TEMERMAN, LÕAn-Archie, livres et pŽriodiques, catalogue de lÕexposition, MundanŽum, Mons, 1980 11 Comme le fonds dÕarchives sur lÕanarchie nÕest pas inventoriŽ compltement, nous en avons fait notre propre classement avec nos propres cotes dÕinventaire. Ainsi, chaque travŽe a ŽtŽ numŽrotŽe. Il y a en tout huit travŽes numŽrotŽes de T1 ˆ T8. La travŽe 1 commence au dŽbut du fonds par les archives en provenance de Jean CORDIER. Une lettre a ŽtŽ assignŽ ˆ chaque niveau de lՎtagre, il y a maximum sept niveaux. Les Žtagres sont donc divisŽes de A jusque G (la lettre A correspondant ˆ lՎtagre la plus haute). Certaines bo”tes, surdimensionnŽes, se trouvent dŽposŽes sur les Žtagres, elles ne seront donc pas mentionnŽes dans ce classement alphabŽtique. Enfin, chaque niveau est divisŽ en maximum huit bo”tes ou classeurs numŽrotŽes de gauche ˆ droite. Seul le fonds LEPAPE possde ses propres numŽros, indŽpendant de lÕemplacement des bo”tes dans la travŽe) (voir Annexe I) 12 Jean DE BOè (20/03/1889 Ð 02/01/1974) militant anarcho-syndicaliste belge, typographe, il voyagea en Europe. Il adhŽra trs vite aux idŽes anarchistes. Lors de lÕaffaire Bonnot, un tribunal franais le condamna ˆ dix ans de bagne pour avoir hŽbergŽ un des gangsters recherchŽs par la police. Il en sortit en 1922 aprs avoir purgŽ sa peine, puis revint travailler en Belgique. Il collabora alors ˆ certaines revues anarchistes, parfois sous le couvert dÕun pseudonyme (QUERCUS, DEMO Georges). Il se lana en mme temps dans lÕaction syndicale. En 1937, il partit pour lÕEspagne, o il va adopter deux petites orphelines espagnoles. En 1941, alors que la gestapo 7. actif. Selon nos renseignements, ces archives concernent surtout lÕaction syndicale du militant (certes trs intŽressante et qui mŽriterait dՐtre ŽtudiŽe) et pas son activitŽ dans les milieux anarchistes. Nous avons donc dŽcidŽ de ne pas lÕexploiter. Enfin, nous avons pris contact ˆ plusieurs reprises avec le ministre de la justice pour avoir accs aux dossiers de la SžretŽ de lՃtat dont nous souponnions quÕils devaient regorger dÕinformations sur les milieux ŽtudiŽs, qui faisaient lÕobjet dÕune surveillance attentive. Mais nos demandes ˆ ce sujet sont restŽes sans rŽponse. Nous savons pourtant que la SžretŽ dispose dÕarchives sur ce mouvement. Ainsi par exemple, les archives du groupe lÕAlliance, dont nous parlerons dans notre travail, qui se trouvaient au domicile de lÕun des ses animateurs, Franois DESTRYKER13, ont toutes ŽtŽ saisies lors de perquisitions dans le cadre de lÕopŽration Ç Mamouth È initiŽe par le ministre de lÕintŽrieur Jean GOL en 1984 pour remonter la piste des Cellules Communistes Combattantes (C.C.C.). Cette opŽration sera un Žchec concernant lÕenqute sur les terroristes. Par contre, elle permettra ˆ la SžretŽ de lÕEtat de rŽactualiser ses fichiers politiques sur lÕensemble de la gauche. Nous nous sommes donc rabattu vers les papiers du Ministre du Travail et de la PrŽvoyance sociale, LŽon-Eli TROCLET pour la pŽriode couvrant les annŽes 1954-1958, rapports trimestriels Žmanant de la SžretŽ de lՃtat, consultables au C.E.G.E.S.14 Il nÕy est nulle part fait rŽfŽrence aux anarchistes, ce qui en soit constitue dŽjˆ une information : sans doute ces milieux ne sont-ils pas jugŽs trop Ç dangereux È ˆ lՎpoque. Le deuxime type de sources que nous avons exploitŽ fut les revues anarchistes parues pendant la pŽriode ŽtudiŽe. En effet, comme le constate R. BIANCO15, la presse reprŽsente un trs bon moyen dÕapproche du mouvement libertaire. Son Žtude systŽmatique sÕavre indispensable. Dans certains cas, les publications reprŽsentent mme les seules et uniques sources dont nous disposons sur des aspects particuliers de lÕhistoire de lÕanarchisme. Les groupes appartenant ˆ la mouvance anarchiste utilisaient ŽnormŽment ce mode de communication. CՎtait un moyen de propagande privilŽgiŽ. La presse avait aussi un r™le de liaison entre les associations et les individus appartenant au mouvement anarchiste. De plus, de nombreux dŽbats ont eu lieu dans les pages des journaux anarchistes, ce qui nous permet de nous rendre compte des prŽoccupations de ces milieux. Les actions entreprises par les groupes anarchistes y sont Žgalement dŽcrites, ainsi que leurs buts. Enfin, le dŽpouillement des revues et le relevŽ systŽmatique des noms des auteurs des articles, quand ceux-ci signaient ou utilisaient un pseudonyme identifiable, permet de repŽrer les personnes qui participent au mouvement, qui lÕaniment et qui sont les charnires entre les groupes et entre les idŽologies. Avant dՎtudier la presse anarchiste, il Žtait nŽcessaire dÕidentifier les publications qui peuvent tre considŽrŽes comme relevant de cette tendance. Pour le dŽterminer, nous avons Žtait sur le point de lÕarrter, il fuit en France et revint se cacher en Belgique en 1943. En 1945, il unifia le mouvement du livre alors divisŽ en six organisations et devient le secrŽtaire du Syndicat unifiŽ du Livre et du Papier de Bruxelles et prŽsident de la Centrale de lÕIndustrie du Livre affiliŽe elle-mme ˆ la FŽdŽration GŽnŽrale du Travail de Belgique (Jean MAITRON, Ç Jean DE BOè È in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier franais [ressource Žlectronique], Paris, Editions de lÕAtelier, Editions ouvrires, 1997 et LŽo CAMPION, Ç Jean DE BOè È in JÕai rŽussi ma vie, Paris, Editions BorrŽgo, 1985, p.74) 13 Franois DESTRYKER, (nŽ en 1944). Alors quÕil entamait ses Žtudes ˆ Bruxelles, il fut trs impressionnŽ par la grande grve et les manifestations de 1961. En 1965, ˆ la fin de ses Žtudes, il reut le prix de morale la•que Francisco Ferrer et, intriguŽ dŽcida de sÕintŽresser ˆ ce personnage. CÕest ainsi quÕil fit connaissance avec les idŽes anarchistes et avec Hem Day. En 1967, il fut appelŽ ˆ faire son service militaire, mais ne fut pas reconnu comme objecteur de conscience. Plus tard, il fut trs influencŽ par lÕouvrage de Daniel GUERIN, Pour un marxisme libertaire, qui tentait de concilier lÕanarchisme et le marxisme. Au milieu annŽes septante, il rompit compltement avec les idŽes anarchistes, privilŽgiant les thses marxistes et le communisme de conseil. (interview de Franois DESTRYKER) 14 Veiligheid van de Staat, tweede directie studiediensten, Driemandelijks bericht, 1954-1958, C.E.G.E.S., AA1684 15 RenŽ BIANCO, Ç Les anarchistes dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier franais È in Michel DREYFUS, Claude PENNETIER, Nathalie VIET-DEPAULE (dir), La part des militants. Biographie et mouvement ouvrier : Autour de MAITRON, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier franais, Ždition de lÕAtelier/Ždition Ouvrire, Paris, 1996, p.189 8. utilisŽ comme outil de recherche la thse de RenŽ BIANCO16, qui rŽpertorie toutes les revues anarchistes francophones et les dŽcrit pour aboutir ˆ une synthse vraiment brillante des caractŽristiques de cette presse. Pour la Belgique, celui-ci relve dix-sept revues anarchistes francophones pour la pŽriode de 1945 ˆ 197017. Pour chacune dÕelles, lÕauteur mentionne le nombre de publications, la pŽriode de parution et le lieu dՎdition. Dans les annexes, il en prŽsente Žgalement les grandes caractŽristiques et cite les lieux o elles sont conservŽes. Ces informations nous furent trs utiles pour retrouver ces sources mme si, dans certains cas, lÕinformation donnŽe quant au lieu de conservation nÕest pas ou plus exacte. La thse de BIANCO nÕest plus toujours dÕactualitŽ, certaines revues ne sont plus en place, dÕautres ont disparu. Certains numŽros se sont donc rŽvŽlŽs introuvables. Dans ce cas, nous nous sommes contentŽ de reprendre les informations fournies par RenŽ BIANCO, qui sont assez sžres en gŽnŽral. Nous aurions aimŽ, afin dՎvaluer le poids quÕavaient les revues, conna”tre le nombre dÕabonnements distribuŽs en Belgique. Nous avons dÕailleurs, avec le soutien de notre directeur, entrepris une dŽmarche auprs de la Poste pour pouvoir consulter leurs archives bancaires. Mais nous avons dž nous rŽsoudre ˆ ne trouver aucune information de ce c™tŽ-lˆ : les archives bancaires de la Poste sont systŽmatiquement bržlŽes au bout de dix ans. Nous avons pu consulter les publications anarchistes en diffŽrents endroits. Certaines, mais assez peu finalement, se trouvaient ˆ la Bibliothque Royale ou au C.E.G.E.S. Nous avons aussi dŽcouvert des revues ŽparpillŽes dans les diffŽrents fonds dÕarchives que nous avons dŽpouillŽs. Mais cÕest au Centre International de Recherche sur lÕAnarchisme (C.I.R.A.) ˆ Lausanne que nous en avons retrouvŽ le plus grand nombre. Les responsables du centre nous ont donnŽ une grande libertŽ dÕaccs ˆ ses collections, pour que nous puissions travailler selon les horaires qui nous convenaient le mieux. Enfin, dans le cadre de nos recherches, nous nous sommes rendu ˆ plusieurs foires du livre anarchiste ˆ Gand. Ces visites, si elles ne furent pas forcŽment fructueuses au niveau des pŽriodiques dŽcouverts, nous ont permis de rencontrer des passionnŽs du sujet, notamment les anarchistes du centre libertaire de Bruxelles, rencontres qui ont facilitŽ notre travail quand nous avons voulu exploiter notre troisime type de sources : les sources orales. Pour rŽcolter celles-ci, nous avons rŽalisŽ une sŽrie dÕinterviews de vieux militants du mouvement dont, ˆ force de recherches, nous avons pu retrouver les coordonnŽes. Si la plupart Žtaient ravis de pouvoir Žvoquer leurs souvenirs de jeunesse, dÕautres ne furent pas toujours trs collaborant. Certains ont il est vrai parfois assez nettement pris leurs distances par rapport ˆ lÕidŽologie anarchiste. Nos contacts nÕont pas nŽcessairement pris la forme de rencontres personnelle. Nous avons parfois communiquŽ avec eux par courrier (postal ou Žlectronique), nous avons rencontrŽ des proches dÕanarchistes disparus, certaines personnes nous ont envoyŽ leur biographie, dÕautres nous ont fourni des documents dÕarchives, dÕautres encore ont acceptŽ de relire certaines parties de notre mŽmoire pour confirmer la vŽracitŽ de nos propos. Ces renseignements nous furent prŽcieux, voire cruciaux quand nous ne disposions dÕaucune autre source sur le sujet. Le fait de prendre pour objet dՎtude une pŽriode si proche prŽsente lÕavantage de pouvoir avoir recours ˆ ce type de sources. NŽanmoins, celles-ci doivent tre utilisŽes avec prudence. En effet, avec le temps, au-delˆ de la sŽlectivitŽ de la mŽmoire, on constate parfois une certaine tendance ˆ modifier les faits, de faon consciente ou pas, afin de donner une image plus valorisante de son action. Aussi parfois avons-nous ŽtŽ confrontŽ ˆ certaines contradictions entre nos sources. Nous avons pris le parti de privilŽgier les sources Žcrites et de considŽrer lÕinterview comme une source occasionnelle pour notre mŽmoire, ˆ laquelle nous nÕavons recouru que quand aucun renseignement ne pouvait tre trouvŽ par un autre moyen. 16 RenŽ BIANCO, RŽpertoire des pŽriodiques anarchistes de langue franaise dans un sicle de presse anarchiste dÕexpression franaise 1880-1983, Thse pour le doctorat dՃtat, Aix-Marseille, 1987, 7 vol. 17 Voir Annexe II. 9. Notre dernier travail, et non le moindre, fut de mettre ensemble les ŽlŽments rŽcoltŽs pour leur donner un sens. A partir des donnŽes dont nous disposions, nous avons tentŽ de dŽpeindre un tableau le plus complet possible de lÕactivitŽ du mouvement anarchiste ˆ cette Žpoque. 10. III. NOTIONS THƒORIQUES DE BASE Il nous a paru nŽcessaire de faire prŽcŽder notre travail dÕune mise au point terminologique sur les notions politiques utilisŽes tout au long de celui-ci. En effet, nous ferons constamment rŽfŽrence dans les pages qui suivent ˆ un certain nombre de tendances politiques dont la signification exacte nÕest pas toujours Žvidente. Comme nous allons le voir immŽdiatement, la notion mme dÕanarchie est trs difficile ˆ dŽfinir. Il existe de plus entre certaines notions des distinctions assez complexes, subtiles, que nous allons tenter dՎclaircir. On distingue en effet diffŽrentes nuances dans lÕanarchie, auxquelles les anarchistes se rŽfrent tout le temps, et il est important de bien les saisir pour tre en mesure de comprendre leurs positions et leurs actions. La dŽfinition du terme anarchie pose dÕemblŽe problme. Il sÕagit en effet dÕun mot Žminemment polysŽmique. Au-delˆ du problme de la dŽfinition, une difficultŽ supplŽmentaire appara”t : le terme a connu une Žvolution sŽmantique qui fait que les significations se sont superposŽes. Signifiant au dŽpart Ç dŽsordre È, le mot a pour la premire fois ŽtŽ employŽ dans le sens prŽcis de doctrine politique par Proudhon en 1840 pour dŽsigner un Ç Žtat sociŽtaire harmonieux rŽsultant naturellement de la suppression de tout appareil gouvernemental18 È. Au cours du temps, sous lÕinfluence notamment des attentats anarchistes de la Belle Epoque, le terme sÕest chargŽ de connotations nŽgatives (dŽsordre, violence), vision qui domine ˆ lÕheure actuelle. Ainsi, si on regarde dans un dictionnaire usuel actuel comme le Robert par exemple, on constate que le terme anarchie ne se dŽfinit que par la notion pŽjorative de Ç dŽsordre È. Cette vision unique est trs ancrŽe dans les mentalitŽs. Au-delˆ de cette dŽfinition, lÕanarchie est avant tout un systme politique dont lÕautoritŽ, sous toutes ses formes (lÕEtat, le capital et la religion), serait exclue. Etymologiquement, lÕanarchie, vient des termes grecs an (a privatif) et arkh (gouvernement, autoritŽ). LÕanarchie serait donc Ç un rŽgime social dÕo ser[ait] bannie, en droit et en fait, toute idŽe de salariant et de salariŽ, de capitaliste et de prolŽtaire, de ma”tre et de serviteur, de gouvernant et de gouvernŽ19 È. Selon les anarchistes, si lÕordre social Žtait basŽ non plus sur le principe dÕautoritŽ, mais bien sur celui de Ç lÕentente, [É], il procde[ait] [alors] du principe de LibertŽ20 È. Dans une telle sociŽtŽ, lÕindividu, Ç sÕengagera[it] librement [ou] ne voulant faire subir ˆ personne son autoritŽ, il se refusera[it] ˆ subir lÕautoritŽ de qui que ce soit21È. La vŽritable nature de lÕhomme ne se rŽvlerait que dans une telle sociŽtŽ, o Ç lÕindividu nÕaura[it] dÕobligation que celle que lui imposera[it] sa propre conscience22 È. On peut le constater, cette vision de lÕanarchie est tout ˆ fait diffŽrente de celle qui prŽvaut en gŽnŽral. Au contraire dÕun repoussoir, lÕanarchie serait un idŽal ˆ atteindre. Cela amena ElisŽe Reclus ˆ dŽclarer, dans une formule restŽe cŽlbre et qui peut sembler paradoxale : Ç LÕanarchie, cÕest lÕordre È. LÕanarchisme dans sa forme politique est parcouru par de nombreux courants. Nous en dŽfinirons les principaux, tout en sachant trs bien que lÕanarchisme nՎtant pas une doctrine arrtŽe, dÕautres nuances peuvent tre Žtablies. Chaque anarchiste adopte en effet des 18 Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 1, p.14 19 SŽbastien FAURE, Ç Anarchie È in SŽbastien FAURE (dir), EncyclopŽdie anarchiste, Paris, Librairie Internationale, tome 1, p.56 20 Ibidem, p.58 21 Ibidem, p.56 22 Ibidem, p.56 11. positions personnelles sur tel ou tel point thŽorique ou tactique de la doctrine, qui le diffŽrencie des autres. Cette caractŽristique a pour consŽquence quÕil y a autant dÕanarchismes que dÕanarchistes. Nous tenterons malgrŽ tout dՎtablir de grandes distinctions gŽnŽrales. On peut distinguer dans lÕanarchisme deux grands courants distincts. Le premier, lÕanarchisme individualiste, trouve sa source dans les rŽflexions de penseurs comme John LOCKE, William GODWIN ou Max STIRNER. Ceux-ci ont poussŽ le libŽralisme ˆ son paroxysme. LÕanarchisme individualiste trouve sa force dans la critique de la sociŽtŽ qui, selon les partisans de cette tendance, oppresserait lÕindividu. Ainsi, comme le disait Emile ARMAND, un anarchiste individualiste surtout connu pour son apologie de lÕamour libre : Ç Les individualistes anarchistes sont des anarchistes qui considrent au point de vue individuel la conception anarchiste de la vie, cÕest-ˆ-dire basent toute rŽalisation de lÕanarchisme sur "le fait individuel", lÕunitŽ humaine anarchiste Žtant considŽrŽe comme la cellule, le point de dŽpart, le noyau de tout groupement, milieu, association anarchiste23 È. LÕanarcho-communisme, encore appelŽ communisme libertaire, dont BAKOUNINE et KROPOTKINE sont les reprŽsentants, cherche ˆ Žtablir une sociŽtŽ socialiste Žgalitaire aux antipodes du libŽralisme. Les anarcho-communistes, ˆ lÕinverse des individualistes, Ç se prŽoccupent avant tout des formes de production et des exigences de la vie collective24 È. Mais contrairement aux communistes, en tant que libertaires, ils sont hostiles ˆ toute forme dՃtat et dÕautoritŽ, et ils sÕopposent donc dans les moyens et dans la forme ˆ lÕautoritarisme marxiste. CÕest BAKOUNINE qui fut ˆ la base de la scission de la Premire Internationale, il crŽa ainsi la premire variante de lÕanarcho-communisme : le socialisme rŽvolutionnaire. Pour lui, Ç les communistes croient devoir organiser les forces ouvrires pour sÕemparer de la puissance politique des ƒtats. Les socialistes rŽvolutionnaires sÕorganisent en vue de la destruction, ou si lÕon veut [É] en vue de la liquidation des ƒtats. Les communistes sont les partisans du principe et de la pratique de lÕautoritŽ, les socialistes rŽvolutionnaires nÕont de confiance que dans la libertŽ25 È. Au sein de la mouvance communiste libertaire, un nouveau sous-groupe va na”tre du besoin dÕorganiser le mouvement anarchiste pour le rendre efficace et pour construire la lutte rŽvolutionnaire. Ç LÕanarcho-syndicalisme est un mouvement [..] qui tient sa doctrine de lÕanarchisme et sa forme dÕorganisation du syndicalisme rŽvolutionnaire26 È. Une des figures de proue de cette pensŽe, Emile POUGET, approuva en 1906 un texte, connu sous le nom de Charte dÕAmiens, qui affirmait que Ç dans lÕÏuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers ; lÕaccroissement du mieux-tre des travailleurs par la rŽalisation dÕamŽliorations immŽdiates ; [É] Mais cette besogne nÕest quÕun c™tŽ de lÕÏuvre du syndicalisme ; il prŽpare lՎmancipation intŽgrale [É]. Il prŽconise comme moyen dÕaction la grve gŽnŽrale et il considre que le syndicat, aujourdÕhui groupement de rŽsistance, sera, dans lÕavenir, le groupe de production et de rŽpartition, base de rŽorganisation sociale27 È. On le voit, ces diffŽrentes tendances ont pour point commun le rejet de lÕautoritŽ, la lutte pour la libertŽ. Chez les anarchistes, cette volontŽ de libertŽ fait lÕobjet dÕun combat politique. Ce nÕest pas le cas des libertaires, qui ne portent pas de rŽflexion politique sur la sociŽtŽ. Comme les anarchistes, ils rejettent lÕautoritarisme dÕinstitution et lÕimmixtion de celle-ci dans leur vie, mais leur opposition prend plus la forme dÕune attitude individuelle que dÕun combat politique. Ce qui les diffŽrencie des anarchistes, cÕest quÕils nÕont pas dÕidŽal de sociŽtŽ 23 Emile ARMAND, Ç Anarchie, anarchisme, individualisme, anarchiste È in SŽbastien FAURE (dir), EncyclopŽdie anarchiste, Paris, Librairie Internationale, tome 1, p.69 24 Henri ARVON, L’anarchisme au XXe sicle., Paris, Presses universitaires de France, 1979, p.20 25 Daniel GUƒRIN, Ni dieu ni ma”tre : anthologie historique du mouvement anarchiste, Paris, La DŽcouverte & Syros, tome 1, p.167 26 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p.34 27 Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 1, p.319 12. anarchiste. Leur lutte est moins visionnaire, peut-tre plus rŽaliste et moins utopique. Vu de la sorte, le libertarisme est un courant prŽsent dans toutes les sociŽtŽs, ˆ toutes les Žpoques et qui, gŽnŽralement, se limite ˆ de la contestation. Presque tous les individus se sont dŽjˆ insurgŽs contre une injustice, un abus dÕautoritŽ et ont donc, par lˆ, manifestŽ une attitude libertaire. Nous ne pourrons forcŽment pas parler de chacun dÕeux dans notre mŽmoire. Nous nÕaborderons que les libertaires qui, conscients de leur contestation, ont dŽcidŽ de rejoindre ou de travailler avec les anarchistes. Dans cette partie prŽliminaire, nous aimerions Žgalement dŽfinir ou du moins Žclaircir dÕautres termes qui, sans se rapporter directement ˆ lÕanarchie, reviendront rŽgulirement tout au long de notre mŽmoire. Ainsi, il est important de bien comprendre la distinction que nous Žtablissons entre les termes anti-militarisme, pacifisme et non-violence. LÕanti-militarisme constitue une attitude de rejet : cÕest une opposition au militarisme, ˆ lÕarmŽe. Ç LÕanti-militarisme a pour objet de disqualifier le militarisme, [É] dÕabolir le rŽgime des casernes28 È. On peut Žvidemment trs bien se dŽclarer anti-militariste sans tre anarchiste. Par contre, lÕinverse nÕest pas vrai. En principe, tous les anarchistes souscrivent ˆ lÕanti-militarisme puisque le systme militaire comprend les notions dÕautoritŽ, de hiŽrarchie, dÕaliŽnation, bref, tout ce quÕils ha•ssent. La sociŽtŽ militariste est ˆ lÕopposŽ de leur idŽal. Certains poussent le rejet du militarisme plus loin, en devenant pacifistes, cÕest-ˆ-dire en rejetant aussi la guerre. Une bonne dŽfinition du pacifisme nous est donnŽe encore une fois par lÕEncyclopŽdie anarchiste, selon laquelle le pacifisme est Ç lÕensemble des doctrines condamnant le principe de la guerre, prŽconisant lÕapplication de la morale aux rapports entre les peuples, poursuivant lÕabolition des guerres, la solution des conflits internationaux par des moyens pacifiques, tendant ˆ lÕinstauration dÕun rŽgime de paix internationale permanente29 È. Cette dŽfinition donne une vision unique, consensuelle, du pacifisme. Pourtant, lÕopposition ˆ la guerre peut prendre diffŽrentes formes et sÕassortir de nuances plus ou moins prŽcises. Ainsi, certains admettent la guerre dŽfensive et dÕautres pas, certains souscrivent ˆ la notion de patrie et dÕautres pas, certains considrent possible lՎtablissement dÕun rŽgime de droit et de paix dans lՎtat social actuel tandis que dÕautres pensent que la paix est impossible sans lÕabolition du capitalisme. Le pacifisme atteint son paroxysme avec la non-violence. Cette notion fut popularisŽe en France gr‰ce aux premires actions de GANDHI. LÕinfluence dŽterminante que son action nonviolente exera dans lÕindŽpendance de lÕInde marqua beaucoup les esprit et fut souvent montrŽe en exemple. On peut dŽfinir la non-violence comme une Ç doctrine[É] (ou systme de pensŽe) qui vise[É] ˆ fonder sur une critique radicale de la violence la volontŽ de chercher et de mettre en Ïuvre des moyens de lutte politique et sociale qui soient compatibles avec cette critique30 È. La non-violence a donc un double sens : opposition et action. Elle combine le combat contre lÕinjustice avec le refus dÕavoir recours ˆ la force. La grande diffŽrence entre les deux notions rŽside dans la notion dÕaction. Celle-ci est bien prŽsente dans la non-violence alors quÕelle est presque absente du pacifisme. Pour tre exact, la lutte existe bien dans le chef des pacifistes mais elle se limite ˆ une opposition ˆ la guerre alors que la lutte non-violente a un objet plus global puisquÕelle peut sՎtendre ˆ toutes les questions sociales. Pour certains, le pacifisme sÕassimilerait ˆ de la non-rŽsistance voire, dans le cas des pacifistes intŽgraux, ˆ de 28 s.n., Ç Anti-militarisme È in SŽbastien FAURE (dir), EncyclopŽdie anarchiste, Paris, Librairie Internationale, tome 1, p.97 29 RenŽ VALFORT, Ç Pacifisme, pacifiste È in SŽbastien FAURE (dir), EncyclopŽdie anarchiste, Paris, Librairie Internationale, tome 3, p. 1902 30 Christiona MELLON, Jacques SEMELIN, La non-violence, Paris, Presses universitaires de France (que sais-je ?), p.21 13. la l‰chetŽ. A lÕinverse, la non-violence, mme en cas de refus intŽgral dÕutiliser la violence, possde des moyens dÕaction31. Il sÕagit de ce quÕon appelle lÕaction directe non-violente, qui peut prendre diffŽrentes formes : dŽsobŽissance civique, grve de la faim, manifestations,É Cette notion, comme toutes celles vues dans ce chapitre, fera lÕobjet de nombreuses discussions dans les milieux anarchistes que nous allons Žtudier. 31 Ibidem, p.22 14. IV. LE MOUVEMENT ANARCHISTE EN BELGIQUE Aprs ces diffŽrents chapitres prŽliminaires, nous allons entreprendre lՎtude proprement dite de lÕhistoire du mouvement anarchiste en Belgique. Nous dŽcrirons successivement les diffŽrents Ç lieux È o les anarchistes ou libertaires belges pouvaient se rencontrer et unir leurs efforts en vue de lÕavnement de leurs idŽaux. Par Ç lieux È, nous entendons deux rŽalitŽs distinctes : les groupes et les revues. Nous avons pris le parti de ne pas sŽparer les deux car, dans les faits, groupes et revues fonctionnaient de concert. Les publications anarchistes Žtaient toujours lՎmanation dÕun groupe de personnes, mme dans le cas o celuici nÕexistait pas formellement. Dans ce chapitre, nous dŽcrirons de faon relativement prŽcise les caractŽristiques des groupes et revues, leur mode de fonctionnement, les dŽbats et conflits qui sÕy sont dŽroulŽs et les actions Žventuelles qui y ont ŽtŽ menŽes. Il faut signaler que nous ne nous limiterons pas aux groupes et revues ouvertement anarchistes, nous Žtudierons Žgalement ceux o des libertaires se sont montrŽs actifs. Il sÕagit dÕun travail assez mŽticuleux, qui peut sembler rŽbarbatif, mais qui est essentiel car, ˆ partir de ces donnŽes, nous pourrons dŽgager certaines tendances gŽnŽrales du mouvement (prŽoccupations, difficultŽs rencontrŽes,É). Ces observations nous ont conduit ˆ distinguer diffŽrentes pŽriodes dans lÕhistoire de lÕanarchisme belge ˆ cette Žpoque. Nous sommes nŽanmoins conscient du caractre arbitraire de ce dŽcoupage. Nous voulions avant tout montrer lՎvolution du mouvement pour, en final, tenter de rŽpondre ˆ la question que nous avons annoncŽe dans notre introduction : y a-t-il rupture ou continuitŽ entre 1945 et 1970 ? Aussi avons-nous privilŽgiŽ une structure chronologique. Nous aurions tout aussi bien pu adopter une structuration prenant pour base les tendances idŽologiques ou les situations gŽographiques. Cela aurait ŽvacuŽ lÕaspect diachronique, qui nous semble essentiel dans une Žtude telle que celle-ci. Nous serons particulirement attentif au fait de dŽterminer si, au fil du temps et de la succession des groupes, on voit rŽappara”tre les mmes individus. Chacun dŽveloppant une vision particulire de lÕanarchie, on examinera les rapports de force qui se sont produits au sein du mouvement et leur rŽsolution : quelle tendance lÕa-t-elle emportŽ, qui a pris lÕascendant sur les autres ? Nous mettrons particulirement lÕaccent sur les Žventuels conflits de gŽnŽration qui se sont faits jour au sein du mouvement. Mais lÕhistoire de lÕanarchie ne se rŽsume Žvidemment pas en une succession de conflits. Les solidaritŽs entre les groupes seront Žgalement mises en lumire. 1. 1918-1945 : Mise en contexte Avant de nous pencher sur la pŽriode qui nous intŽresse, il nous a semblŽ important de rŽsumer en quelques lignes, surtout pour la Belgique, la situation du mouvement anarchiste pendant les annŽes qui prŽcdent. Celle-ci nՎtait gure brillante. En effet, depuis la fin de la premire guerre mondiale, le mouvement anarchiste belge connaissait une perte de vitesse importante. Cette situation Žtait due en partie aux sentiments de dŽsillusion envers lÕHomme et, plus encore, envers le mouvement anarchiste. Celui-ci nÕavait pas pu sÕunir pour refuser la guerre et certains anarchistes lÕavaient au contraire justifiŽe et exaltŽe ouvertement32, 32 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.41 15. notamment par la signature du Manifeste des Seize33. De plus, la rŽvolution russe dÕoctobre 1917 avait suscitŽ lÕenthousiasme auprs de certaines personnes qui rallirent plus tard les mouvements communistes, se dŽtachant par lˆ de lÕanarchisme34. NŽanmoins, certains anarchistes belges, restŽs fidles ˆ leurs idŽaux, vont se lancer dans la propagande Žcrite afin de lutter contre cette dŽsaffection. En 1921, une FŽdŽration Communiste Anarchiste Belge vit le jour. Au sein de cette fŽdŽration, il y avait initialement trois groupes : celui de Bruxelles, celui de Lige et celui du Borinage35. Des personnalitŽs anarchistes dont le nom reviendra trs souvent dans ce mŽmoire (ERNESTAN36, ADAMAS37, Camille MATTART38,É) en faisaient partie. Des congrs nationaux furent organisŽs rŽgulirement par la fŽdŽration durant lÕentre-deux-guerres39. Le mouvement anarchiste belge sÕenrichit ˆ cette Žpoque de lÕarrivŽe dÕItaliens exilŽs pour des raisons politiques ou venus en Belgique pour y travailler. Ceux-ci sont principalement des anti-fascistes. Ils participeront activement au mouvement anarchiste40. Ainsi, cinq revues anarchistes en langue italienne furent ŽditŽes ˆ Bruxelles dans lÕentre-deuxguerres, ce qui donne une bonne idŽe de leur importance41. Certains Belges collaborrent dÕailleurs ˆ ces publications et parfois les Žditrent, comme par exemple Hem DAY, ERNESTAN ou Jean DE BOè42. La crŽation du ComitŽ International de DŽfense Anarchiste 33 Nom impropre donnŽ ˆ la dŽclaration faite par quinze anarchistes europŽens (parmi lesquels KROPOTKINE, Jean GRAVE et le Belge Jules MOINEAU), qui se prononaient contre le retour ˆ la paix jusquÕau dŽpart de lÕenvahisseur allemand, justifiant de la sorte les politiques Ç dÕunion sacrŽe È dans les cas o le pays Žtait menacŽ par un rŽgime intolŽrable et impŽrialiste (Gaetano MANFREDONIA, LÕanarchisme en Europe, Paris, Presses universitaires de France (que sais-je ?), pp.85-86) 34 J-P VERHOEVEN, De quelques courants anarchistes franais confrontŽs aux guerres 1914-1918 et 1939-1945, mŽmoire de licence, U.L.B., 1977, p.54 35 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, pp.43-44 36 ERNESTAN, (15/07/1898 Ð 17/02/1954) pseudonyme de Ernest TANREZ. Il prit contact avec le mouvement libertaire en 1921, annŽe o il commena ˆ Žcrire dans un journal anarchiste avant de lancer son propre journal, RŽbellion, pour soutenir la rŽvolution espagnole. Ds le dŽbut des hostilitŽs de la deuxime guerre mondiale, il fuit en France o les autoritŽs le dŽportrent au camp du Vernet. A son retour en Belgique, il fut de nouveau arrtŽ, mais cette fois par les nazis, et internŽ au camp de Breendonck. Aprs la guerre, il continua son action de propagande dans diverse revues (Hem DAY, ERNESTAN (1898-1954), sa vie, son oeuvre, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1955 et LŽo CAMPION, Le drapeau noir, lՎquerre et le compas, Wissous, Goutal-Darly, 1978, pp.130- 131) 37 ADAMAS (06/08/1869 Ð 02/08/1953), pseudonyme de Jean-Baptiste SCHAUT, militant anarchiste gantois dÕorigine franaise (nŽ ˆ Roubaix), il collabora jusque dans lÕentre-deux-guerres ˆ diffŽrentes revues et groupes anarchistes (s.n., Ç Adamas È in S. ALARCIA [et al], Dictionnaire biographique des militants du mouvement ouvrier belge, Bruxelles, Editions Vie ouvrire, 1995 et Faire-part de dŽcs in Mundanuem, fonds Hem DAYVAN LIERDE, T3 C8) 38 Camille MATTART (nŽ le 12 septembre 1886) Ouvrier mineur, principal animateur du groupe anarchiste de FlŽmalle durant lÕentre-deux-guerres et responsable de la revue LÕEmancipateur, il organisa lÕachat de matŽriel dÕimprimerie en 1929. Aprs la guerre, il soutint de loin les diffŽrentes actions du mouvement anarchiste, en envoyant de temps ˆ autre un article pour les revues libertaires ou en faisant don de petites sommes dÕargent. (Didier KAROLINSKI, Le mouvement anarchiste en Wallonie et ˆ Bruxelles, mŽmoire de licence, UniversitŽ de Lige, 1983, pp. 152-153 et Agenda de Hem DAY, 1965 in Mundaneum, fonds Hem DAYÐCORDIER, bo”te T1 D4 et lettre de Camille MATTART ˆ Hem DAY, le 17 septembre 1965 in Mundaneum, fonds Hem DAY, T4 E2, farde correspondance) 39 Didier KAROLINSKI, Le mouvement anarchiste en Wallonie et ˆ Bruxelles, mŽmoire de licence, UniversitŽ de Lige, 1983, 178 p. 40 Anne MORELLI, Ç LÕimmigration italienne en Belgique aux XIXe et XXe sicles È in Anne MORELLI (dir), Histoire des Žtrangers et de l’immigration en Belgique : de la prŽhistoire ˆ nos jours, Bruxelles, Vie ouvrire, 1992, p.197 41 Anne MORELLI, La presse italienne en Belgique, 1919-1945, Leuven-Louvain, Editions Nauwelaerts (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine), 1981, p.5 42 Hem DAY donna sa bo”te postale comme contact pour les revues Bandaria nera, guerre au fascisme, auxquelles collaborrent aussi ERNESTAN et Jean DE BOè. Hem DAY collabora aussi ˆ Guerra di classe, le journal qui succŽda ˆ Bandiera nera (Anne MORELLI, La presse italienne en Belgique, 1919-1945, Leuven- Louvain, Editions Nauwelaerts (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine), 1981, 137p.) 16. (C.I.D.A.) en 1928 se fit dÕailleurs en collaboration avec les Italiens43. Ce groupe sÕest notamment battu pour dŽnoncer lÕoppression du rŽgime fasciste et pour faire cesser les expulsions et les extraditions dont furent victimes les immigrŽs politiques italiens44. Plus tard, une mme action sera entreprise en faveur des Espagnols45. LÕaide aux Žtrangers eut toujours une place importante dans le travail des groupes anarchistes et surtout de Hem DAY. Ce dernier, ds les annŽes trente, accueillit pendant deux ans ASCASO et DURUTTI, deux leaders de la FŽdŽration Anarchiste IbŽrique dŽjˆ en exil46. Il prta Žgalement refuge ˆ de nombreuses personnes vivant dans la semi-clandestinitŽ : des anarchistes nŽo-malthusiens, des antifascistes italiens, espagnols, allemands, des juifs, des objecteurs de conscience de toutes les nationalitŽs et ceci avant, pendant et aprs la deuxime guerre mondiale47. Dans ce but, il avait mis en place tout un rŽseau dՎvacuation, notamment vers lÕAmŽrique du Sud. Mais lÕarrivŽe de lÕoccupant nazi disloqua tout, le mouvement se sŽpara pour longtemps. Ainsi, certains anarchistes quittrent la Belgique pour la France, lÕAngleterre ou plus loin encore. Beaucoup vivaient dans la crainte que leurs actions passŽes ne leur causent des ennuis et attendaient impatiemment la chute de leurs nouveaux oppresseurs. Certains anarchistes belges ou Žtrangers se lancrent dans la RŽsistance, dÕautres choisirent la collaboration. Il y eut des arrestations, des condamnations, des dŽportations. Les idŽaux anarchistes de solidaritŽ et de fraternitŽ semblaient tellement loin de la rŽalitŽ que certains en vinrent ˆ en douter48. Aprs la guerre dÕEspagne, qui avait dŽjˆ rendu perplexes certains anarchistes49, la deuxime guerre mondiale et son cortge dÕhorreurs fit des ravages dans leurs rangs. LÕanarchisme mondial, plus que jamais affaibli, allait maintenant se retrouver coincŽ entre les deux nouveaux blocs qui se partageaient le monde, insatisfait des deux solutions proposŽes et incapable de faire entendre une voix alternative. 43 Plus dÕinformation sur le C.I.D.A. dans Raoul VAN DER BORG, Hem DAY Ð Marcel DIEU. Een leven in dienst van het anarchisme en het pacifisme, mŽmoire de licence, V.U.B., 1973, pp.70-94 et sur lÕanti-fascisme italien dans Anne MORELLI, Fascismo e anti-fascismo nellÕemigrazione italiana in Belgio (1922-1940), Roma, Bonacci, 1987, pp.103-111 44 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.49 45 Ibidem, p.54 46 LŽo CAMPION, Les anarchistes dans la Franc Maonnerie ou les maillons libertaires de la cha”ne dÕunion, Marseille, culture et libertŽ, 1969, p.163 47 s.n. Ç Allocution de Louis BONFANTI È in Hommage ˆ Hem DAY , Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, n¡40, p.17 48 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY , Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, pp.54-55 49 Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 1, p.35 ou Gaetano MANFREDONIA, LÕanarchisme en Europe, Paris, Presses universitaires de France (que sais-je ?), p.108 17. 2. 1944-1952 : Tentatives de reconstruction On a vu ˆ quel point le mouvement anarchiste fut ŽbranlŽ par la seconde guerre mondiale. Pourtant, ˆ peine les derniers combats livrŽs, on voit appara”tre dans le chef de certaines personnes des tentatives de reconstruction du mouvement. Dans ce chapitre, nous allons Žtudier quatre groupes (dont une revue) qui jourent un r™le dans ce redressement. Nous dŽcrirons ces groupes et ces revues du point de vue de leur histoire, de leur mode de fonctionnement et de leur idŽologie. Notons que mme si nous avons situŽ ces groupes dans le chapitre consacrŽ ˆ la pŽriode 1944-1952, ils ont parfois eu une existence beaucoup plus longue. Dans un souci de cohŽrence, les informations qui suivent iront donc au-delˆ de lÕannŽe 1952. Comme nous le ferons toujours dans ce mŽmoire, nous prenons pour base la date de crŽation des groupes ou des revues afin de les Ç classer È. Le lecteur constatera que parmi les groupes ŽtudiŽs, un seul se dŽfinit clairement comme anarchiste. Les autres, en accueillant des anarchistes et en les laissant sÕexprimer, participrent aussi au renouveau libertaire. Ils ont pour objet des sujets chers au mouvement anarchiste : la justice sociale, le pacifisme, lÕanti-fascisme. Dans chaque cas, nous expliquerons pourquoi des anarchistes ont pu sÕy investir. ! Les Cahiers socialistes, Revue indŽpendante de critique sociale Cette revue nÕest pas dÕexpression anarchiste mais nous avons nŽanmoins dŽcidŽ de lÕaborder car, comme son sous-titre lÕindique, elle se veut indŽpendante et tournŽe vers la critique sociale. De plus, un certain nombre dÕanarchistes y collaborrent, notamment ERNESTAN, personnalitŽ importante du mouvement que nous Žtudions dans ce mŽmoire. Cette revue entretenait en outre des relations Žtroites avec dÕautres groupes et organes de presse se rŽclamant quant ˆ eux clairement de lÕanarchie. Dans notre exposŽ, aprs avoir prŽsentŽ brivement lÕhistorique et les caractŽristiques Ç matŽrielles È de la revue , nous t‰cherons dÕen dŽcrire lÕidŽologie et de montrer en quoi celle-ci est conciliable avec lÕanarchisme et ce qui lÕen distingue. Nous attirerons Žgalement lÕattention sur lՎvolution de la ligne Žditoriale de la revue au cours du temps. Les Cahiers socialistes ont ŽtŽ crŽŽs pendant la seconde guerre mondiale, sous lÕimpulsion dÕun groupe de personnes qui sՎtaient rencontrŽes ˆ lÕU.L.B. avant sa fermeture par lÕoccupant nazi50, au sein de la mouvance Ç de gauche È51. Ils furent bient™t rejoints par dÕautres, plus ‰gŽs, appartenant au courant socialiste depuis de nombreuses annŽes52. Les responsables de la revue ne changrent jamais durant les neuf annŽes de sa publication. LՎditeur responsable Žtait Raymond RIFFLET53, qui figurait Žgalement parmi les principaux 50 Plus dÕinformations sur lÕU.L.B et lÕoccupation dans AndrŽe DESPY-MEYER, Alain DIERKENS et Frank SCHEELINGS (dir), 25 novembre 1941, L’UniversitŽ libre de Bruxelles ferme ses portes, Bruxelles, Archives de l’UniversitŽ libre de Bruxelles, 1991, 221 p. 51 Notamment au sein des Žtudiants socialistes, du Cercle du Libre Examen ou encore du Cercle dÕHistoire (Laetitia VERHULST, L’aventure des Cahiers Socialistes : revue indŽpendante de critique sociale : novembre 1944 - novembre 1953, mŽmoire de licence, U.C.L., 2001, pp.42-48) 52 s.n. Ç Avant-Propos È in Les Cahiers Socialistes. Revue indŽpendante de critique sociale, n¡1, Bruxelles, novembre 1944, p.1 53 Raymond RIFFLET (21/12/1919 - 1997). Futur directeur gŽnŽral ˆ la Commission des Affaires Sociales des CommunautŽs EuropŽennes (Laetitia VERHULST, L’aventure des Cahiers Socialistes : revue indŽpendante de critique sociale : novembre 1944 - novembre 1953, mŽmoire de licence U.C.L., 2001, p.37 et p.173) 18. rŽdacteurs de la revue54, et le secrŽtariat Žtait pris en charge par R. MERJAY55. Le comitŽ de rŽdaction Žtait ˆ lÕorigine composŽ de six personnes - E. TELLIER, G. VANDALE56, R. MERJAY, J. MAURICE57, Pierre DUMONT58, G.G. BRULAND59 - auxquelles vinrent trs vite sÕajouter R. DALLAS60 et P. OMER61. Ce nÕest quՈ partir du numŽro 18, ˆ la fin de lÕannŽe 1947, quÕERNESTAN, qui avait dŽjˆ Žcrit de nombreux articles, et Raymond RIFFLET sÕassocirent au comitŽ de rŽdaction. On peut constater que tous les auteurs, au moins dans un premier temps, utilisaient un pseudonyme pour se prŽserver dՎventuelles reprŽsailles. Il ne faut pas oublier que la premire publication sortit des presses en novembre 1944, alors que la guerre nՎtait pas encore terminŽe, la Bataille des Ardennes nÕavait mme pas encore eu lieu. La revue se prŽsentait sous forme de cahiers dÕun format de page A4 pliŽe en deux dans une couverture cartonnŽe62. Le nombre de pages nՎtait pas fixe ; celui-ci variait de trente-six ˆ cinquante-six selon les numŽros. Il nÕy avait pas rŽellement de pŽriodicitŽ, mme si on peroit au dŽbut la volontŽ dÕen faire un mensuel, objectif qui va trs vite sÕavŽrer irrŽalisable. Ds lors, les parutions sÕespaceront pour atteindre le nombre de trois numŽros par an ˆ partir de 1950 et ce jusque 1953. MalgrŽ tout, on peut dire que la revue se portait plut™t bien du point de vue des ventes63. Les auteurs ne furent jamais rŽtribuŽs ; dans certaines circonstances exceptionnelles, ils nÕhŽsitaient pas au contraire ˆ apporter leur soutien financier ˆ la revue ou ˆ sÕoccuper eux-mmes de la distribution ou de la vente64. On constate quÕil y avait une certaine stabilitŽ au niveau du prix de vente de la revue mme si toutefois, en 1949, le montant fut adaptŽ Ç en raison de lÕaugmentation gŽnŽrale des frais dÕimpression65 È. Pour maintenir ses ventes, le Bureau mit sur place un abonnement qui offrait un numŽro gratuit par annŽe au contractant. Cela permettait ˆ la revue dÕavoir une bonne rentrŽe dÕargent et de prŽvoir les cožts. A la mme date, soit un an aprs la parution dÕun double numŽro spŽcial Congo66, qui connut un grand succs, apparut aussi un prix spŽcial pour la diffusion vers le Congo belge. Il faut Žgalement signaler que la revue se vendait aussi en France ˆ partir de 1945. Le but de la revue Žtait dÕamener la rŽflexion et le dŽbat au sein de la mouvance socialiste. En dignes libre-exaministes, les auteurs refusaient tout dogme, mme socialiste. Leur but Žtait de crŽer le dialogue, dÕamener ˆ des rŽflexions constructives. Tous se regroupaient autour de la mme idŽe, le refus du totalitarisme, quÕil soit de gauche ou de droite. La montŽe du fascisme 54 Dans un premier temps, Raymond RIFFLET Žcrivit sous le pseudonyme de E. TELLIER. (Ibidem, p.35) 55 R. MERJAY, Pseudonyme de Robert WANGERMEE (nŽ le 21 septembre 1920). Docteur en Philosophie et Lettres, professeur ˆ lÕU.L.B., musicologue, il travailla ˆ la radio belge ˆ partir de 1946 et devint directeur adjoint des Žmissions musicales de 1953 ˆ 1960. Plus tard, il deviendra directeur gŽnŽral de la R.T.B. puis, de 1979 ˆ 1984, administrateur gŽnŽral de la R.T.B.F. (Ibidem, pp.39-40 et pp.164-165) 56 G. VANDALE pseudonyme de Gilbert JAEGER (nŽ le 23 octobre 1918). Futur Haut Commissaire adjoint aux rŽfugiŽs ˆ lÕO.N.U. (Ibidem, pp.40-41 et p.165-166) 57 J. MAURICE, pseudonyme de Jacques MOREAU. Futur doyen de la FacultŽ de Philosophie et Lettres dÕHeidelberg (Ibidem, p.41 et pp.79-80) 58 Pierre DUMONT, pseudonyme de Pierre VANBERGEN (nŽ le 13 dŽcembre 1919). Futur chef de cabinet de Victor LAROCK et directeur gŽnŽral au Ministre de lՃducation nationale (Ibidem, p.41 et pp.167-168) 59 BRULAND G.G., Pseudonyme de Georges GORIELY (1921-1998). Il sortit docteur en droit de lÕU.L.B. en 1942 puis participa ˆ la RŽsistance. En 1949, il devint docteur en philosophie et commena ˆ donner cours ˆ lÕU.L.B. Il Žtait aussi lÕanimateur de multiples activitŽs scientifiques et politiques (Ibidem, pp.37-39 et pp.170-172) 60 R. DALLAS pseudonyme de Robert VAN SWIETEN (nŽ le 24 novembre 1918). Il signait aussi sous le pseudonyme de R. DENYS. Il fut lÕorganisateur de lÕEnseignement SupŽrieur belge dans les annŽes 60 et futur Commissaire du gouvernement au centre Universitaire de lՃtat ˆ Mons (Ibidem, pp.86-87 et p.169) 61 P. OMER, pseudonyme de Omer PIRON (1912 - 15/091977). Futur animateur de Ç La pensŽe et les Hommes È (Ibidem, p.83 et p169.) 62 ExceptŽ pour les numŽros 5 ˆ 7 63 La revue tirait ˆ mille exemplaires. Il arrivait quÕune deuxime Ždition sorte des presses lorsque la publication connaissait un gros succs (interview de Gilbert JAEGER) 64 Raymond RIFFLET, Ç LÕaventure des "Cahiers socialistes", novembre 1944 Ð Novembre 1953 È in Socialisme, Bruxelles , n¡146-147, avril-juin 1978, p.136 65 Le comitŽ de rŽdaction, Ç Note de gŽrance È in Les Cahiers Socialistes. Revue indŽpendante de critique sociale, n¡23, Bruxelles, FŽvrier 1949, p.1 66 Les Cahiers Socialistes. Revue indŽpendante de critique sociale, Bruxelles, n¡s 16-17, juillet 1947, 130p. 19. et du stalinisme incita donc ses rŽdacteurs ˆ vouloir susciter un dŽbat sur la question de la dŽmocratie vŽritable. Pour eux en effet, ni les institutions dites dŽmocratiques, ni les partis dits socialistes ne sont capables de Ç dŽfendre efficacement les bases matŽrielles des principes de libertŽs et de dignitŽs humaines67 È. LÕautoritarisme appara”t inŽvitablement comme le stade historique succŽdant au capitalisme libŽral, comme cela sÕest passŽ avant-guerre. Selon eux, ce mŽcanisme risque fortement de se reproduire aprs la libŽration, les principes de base de la sociŽtŽ nÕayant toujours pas ŽtŽ transformŽs. Ds lors, le but du groupe, pour contrecarrer cette Žvolution, est de crŽer un mouvement, le Ç mouvement socialiste È, dont les principes Žtaient ŽnoncŽs dans la charte publiŽe dans le premier numŽro de la revue sous le nom de Manifeste aux hommes de bonne volontŽ 68, intitulŽ qui dŽnote bien le caractre trs Ç ouvert È de la revue. Celle-ci se voulait lÕexpression dÕun mouvement de pensŽe basŽ sur des valeurs communes dÕactions (destruction par tous les travailleurs de la domination du capital et prise en main de lÕoutil de travail) et de morale (responsabilitŽ et dignitŽ dans le travail, Žpanouissement de lÕindividu, droit des peuples ˆ disposer dÕeux-mmes, Žtablissement de relations pacifiques69, Žmancipation des minoritŽs,É). Les anarchistes pouvaient parfaitement adhŽrer aux idŽes figurant dans la charte fondatrice de lÕorganisation. En effet, si la ligne Žditoriale de la revue Žtait loin dՐtre anarchiste, celle-ci pr™nait malgrŽ tout un socialisme libertaire qui tentait de donner une approche critique du marxisme. Pour ses auteurs, lÕessence mme du marxisme a ŽtŽ occultŽe par la doctrine trop rigide des socialistes et des partis. Il est important de laisser plus de libertŽ aux socialistes, comme aux travailleurs. Cette approche rŽsolument libertaire les amena ˆ adopter, ˆ propos du dŽbat sur la participation ˆ lՃtat, conflit qui est ˆ la base de la scission de la Premire Internationale70, un point de vue plut™t nuancŽ. Pour eux, les communistes, en conservant la notion dՃtat, perpŽtuent un systme oppresseur tandis quÕen rŽaction, les anarchistes pr™nent un individualisme Ç petit-bourgeois È dont les dŽrives ne sont ˆ leur avis plus ˆ dŽmontrer. La solution rŽsiderait selon eux dans une alternative : lÕautogestion. La revue ne sÕaffichait certainement pas comme une revue Žtatiste. En effet, pour ses auteurs, Ç lՃtat nÕest ni une forme du socialisme ni un moyen de le rŽaliser71 È. MalgrŽ tout, ils estimaient que chaque individu avait le droit de faire valoir son idŽal socialiste au sein dÕun parti72. Bref, la revue sÕopposait catŽgoriquement ˆ lÕautoritarisme, elle se situait donc dans lÕidŽologie des socialistes libertaires, sans toutefois tomber dans Ç lÕextrŽmisme È des anarchistes, quÕelle considŽrait comme les Ç champions de la fainŽantise universelle et de la dissolution des obligations morales73 È. La revue connut de par son esprit critique un succs certain auprs de nombreuses tendances. Ainsi elle devint la lecture des Ç marxistes, [É] anarchistes, [É] syndicalistes, [É] indŽpendants "de gauche", [É] radicaux, [É] "la•cs" militants, [É] chrŽtiens engagŽs74 È, qui nÕhŽsitrent pas ˆ participer ensemble ˆ cette revue en dŽpit de leurs divergences dÕopinion 67 Le comitŽ de rŽdaction, Ç Manifeste aux hommes de bonne volontŽ È in Les Cahiers Socialistes. Revue indŽpendante de critique sociale, Bruxelles, n¡1, novembre 1944, pp.3-37 68 Le comitŽ de rŽdaction, Ç Manifeste aux hommes de bonne volontŽ È in Les Cahiers Socialistes. Revue indŽpendante de critique sociale, Bruxelles, n¡1, novembre 1944, p. ? 69 La revue fit entre autres beaucoup pour la crŽation, en 1947, du Mouvement pour les ƒtats-Unis socialistes dÕEurope qui deviendra plus tard la Gauche europŽenne (Laetitia VERHULST, L’aventure des Cahiers Socialistes, revue indŽpendante de critique sociale : novembre 1944 - novembre 1953, mŽmoire de licence U.C.L., 2001, pp.127-160) 70 Jean PRƒPOSIET, Histoire de lÕanarchisme, (Paris), Tallandier, 1993, p.87 71 Le comitŽ de rŽdaction, Ç Manifeste aux hommes de bonne volontŽ È in Les Cahiers Socialistes. Revue indŽpendante de critique sociale, Bruxelles, n¡1, novembre 1944, p.26 72 Le comitŽ de rŽdaction, Ç Extrait des statuts È in Les Cahiers Socialistes. Revue indŽpendante de critique sociale, Bruxelles, n¡1, novembre 1944, p.40 73 Le comitŽ de rŽdaction, Ç Manifeste aux hommes de bonne volontŽ È in Les Cahiers Socialistes. Revue indŽpendante de critique sociale, Bruxelles, n¡1, novembre 1944, p.22 74 Raymond RIFFLET, Ç LÕaventure des "Cahiers socialistes", novembre 1944 Ð Novembre 1953 È in Socialisme, Bruxelles, n¡146-147, avril-juin 1978, p.137 20. sur certains sujets. Cette revue, de par son Žclectisme, permit ˆ certains anarchistes de sÕexprimer par le biais dÕarticles trs engagŽs qui, sous couvert dÕun socialisme libertaire, dŽveloppaient trs clairement leurs idŽes anarchistes. De plus, nous retrouvons ici des auteurs qui, loin dՐtre eux-mmes des anarchistes et sÕen dŽfendant dÕailleurs, collaboreront plus tard dans des publications ˆ tendance libertaire plus Ç extrŽmiste È75. La publication sՎtendit sur la pŽriode de novembre 1944 ˆ novembre 1953, aprs quoi celleci fusionna avec la revue Socialiste en janvier 1954, dirigŽe par RenŽ EWALENKO, qui Žtait le directeur de lÕInstitut Emile Vandervelde depuis 1953. Son comitŽ de rŽdaction Žtait au dŽpart relativement indŽpendant du parti mais, au cours du temps, sÕen rapprocha fortement. Cette fusion traduit la volontŽ affichŽe du groupe de fortifier le socialisme par lÕunification des forces. Pourtant, malgrŽ la volontŽ du comitŽ de rŽdaction des Cahiers socialistes de garder leur ton critique et leur libertŽ dÕexpression, une fois la fusion consommŽe, la revue rompit compltement avec toute idŽologie libertaire. Plus aucun militant anarchiste nՎcrivit dans ses pages. IdŽologiquement, la revue sÕorienta uniquement vers le socialisme Žtatique et sÕattacha beaucoup plus au marxisme que ne le faisait la revue des Cahiers Socialistes. LÕaccrochage que connut Omer PIRON avec les autres auteurs76 lorsquÕil dŽnona, dans son article Le marxisme, mythe moderne77, le dogmatisme marxiste78, cl™tura dŽfinitivement la pŽriode de critique et de libertŽ que permettait la revue Les Cahiers socialistes79. ! PensŽe et Action Le groupe PensŽe et Action, ˆ lÕinverse de ce qui a prŽcŽdŽ, appartient quant ˆ lui clairement au courant anarchiste et constitue mme notre principale rŽfŽrence dans lՎtude des anarchistes belges durant lՎpoque prise en compte. Si Les Cahiers socialistes, par lÕespace dÕexpression quÕils ont offert ˆ certains auteurs anarchistes, contenaient des germes dÕun renouveau de ce mouvement, cÕest vŽritablement PensŽe et Action qui marque la renaissance de lÕanarchie en Belgique au sortir de la seconde guerre mondiale. Ce groupe a ŽtŽ fort actif et a comptŽ parmi ses animateurs certaines figures de proue du courant qui nous intŽresse, personnalitŽs qui reviendront constamment au fil de notre passage en revue des diffŽrents Ç lieux de rencontre È des acteurs du mouvement. Nous faisons Žvidemment ici allusion ˆ Hem DAY, dont nous avons expliquŽ dans notre introduction la place essentielle quÕil tiendrait dans notre travail, mais aussi dÕautres personnalitŽs qui joueront Žgalement un r™le assez important. De nombreuses personnes ayant c™toyŽ de prs ou de loin le groupe se retrouveront par la suite dans dÕautres associations appartenant ˆ la tendance anarchiste. Nous pourrons ainsi nous rendre compte du caractre fortement imbriquŽ des relations qui existent dans ce milieu, ŽlŽment essentiel que nous voudrions mettre en Žvidence dans notre mŽmoire. En raison de son importance et de lÕinfluence considŽrable que ce groupe exera, nous nous y attarderons plus particulirement. Nous en prŽsenterons lÕorigine, lÕhistoire, la composition, les tendances idŽologiques, les dŽbats et les projets qui y ont ŽtŽ menŽs. 75 Citons ds ˆ prŽsent P. OMER, R. DALLAS et R. RIFFLET 76 Signalons lÕarticle rŽponse de StŽphan BERNARD, dans lequel il affirme : Ç la lecture des deux pamphlets dÕOMER sur le marxisme mÕa plongŽ dans un double Žtonnement : celui de voir un auteur qui se dit socialiste aborder sur ce ton les problmes du Socialisme, et celui de voir une revue socialiste publier cette prose È (StŽphan BERNARD, Ç Socialisme et Anti-marxisme È in Socialisme, Bruxelles, n¡13, janvier 1956, p.51) 77 Omer PIRON, Ç Le marxisme, mythe moderne, 1ire partie È in Socialisme, Bruxelles, n¡11, septembre 1956, pp. 462-468 et Omer PIRON, Ç Le marxisme, mythe moderne 2ime partie È in Socialisme, Bruxelles, n¡13, janvier 1956, pp.36-51 78 Ç Il nous para”t souhaitable et nŽcessaire que le socialisme contemporain se libre de ses Ïillres marxistes et de ses routines intellectuelles, [É]È (Omer PIRON, Ç Le marxisme, mythe moderne 2ime partie È in Socialisme, Bruxelles, n¡13, janvier 1956, p.51) 79 Signalons dÕailleurs quՈ partir de cette date Omer PIRON nՎcrira plus jamais aucun article dans la revue 21. Le groupe fut fondŽ le 28 mars 1945 ˆ la suite dÕune confŽrence de son animateur, Marcel DIEU, dit Hem DAY, intitulŽe Ç Pour rompre le silence80 È. Le but du groupe Žtait dՎveiller et de dŽvelopper la conscience individuelle et intellectuelle pour lutter contre toutes les formes dÕautoritarisme81. Ils avaient en point de mire la rŽvolution mais leur contribution ˆ lÕavnement de celle-ci consistait en un travail sur lÕindividu et non sur la mobilisation dÕun mouvement de masse : Ç Il faut [É] mettre lÕaccent sur lÕindividu. Lˆ est lÕessentiel, lˆ est notre but82 È. LՎlŽment fŽdŽrateur au sein du groupe Žtait lÕHumanisme. Une fois par semaine, le groupe se rŽunissait au premier Žtage de la Brasserie Flamande83, dans le quartier de la Bourse. Ces rŽunions prenaient le plus souvent la forme de confŽrences. En tout, plus dÕune centaine de confŽrences furent donnŽes84 sur divers sujets touchant ˆ des domaines aussi variŽs que la sociologie, la politique, lՎconomie, la psychologie, la littŽrature, la philosophie, les sciences, les Beaux Arts,É85 Les causeries Žtaient gŽnŽralement lÕÏuvre dÕun des membres Žrudits du groupe, sympathisant ou ami86. Elles Žtaient suivies par une trentaine de spectateurs, parfois une centaine87. Ces confŽrences Žtaient accessibles ˆ tous moyennant un droit dÕentrŽe de cinq francs pour les membres et de dix francs pour les nonmembres. La composition du groupe Žtait assez hŽtŽroclite. On retrouvait parmi les membres de nombreux anarchistes ou libertaires comme ERNESTAN, Joseph DE SMET, Jean DE BOè, George SIMON, le docteur Jean CORDIER, Georges LORPHéVRE, Louis BONFANTI88, Jean VAN LIERDE, ainsi que des Espagnols et des Italiens issus gŽnŽralement de lÕimmigration ayant fuit ou fuyant le fascisme comme notamment Corrado PERISSINO89. Les anarchistes franais Bernard SALMON90 ou LŽo CAMPION91 participrent Žgalement parfois aux rŽunions du 80 s.n., Ç Bilan de lÕactivitŽ 1945 du groupe de Bruxelles È in PensŽe et Action, n¡ 4, 20 dŽcembre 1945, p.23 81 Tract PensŽe et Action, groupe de libre discussion, ŽditŽ par Georges SIMON in AGR, fonds Hem DAY, dossier 107 82 Hem DAY, Ç Editorial È in PensŽe et Action, n¡1, 20 septembre 1945, p.2 83 Brasserie Flamande, 24, rue Auguste Orts, Bruxelles 84 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY , Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.55 85 s.n., Ç Bilan de lÕactivitŽ 1945 du groupe de Bruxelles È in PensŽe et Action, n¡ 4, 20 dŽcembre 1945, p.23 86 Citons notamment certains membres du Mouvement Socialiste comme Raymond RIFFLET, Georges GORIELY,É 87 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.56 88 Louis BONFANTI, anarchiste et objecteur de conscience en 1939, il fut considŽrŽ comme dŽserteur de lÕarmŽe franaise. Il se rŽfugia en Belgique dans un premier temps chez Hem DAY et ˆ la sortie de la guerre sÕimpliqua dans les mouvements anarchistes et pacifistes (J. NEUVILLE, Ç BONFANTI Louis È in Jean MAITRON (dir), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier franais [ressource Žlectronique], Paris, Editions de lÕAtelier, Editions ouvrires, 1997 et s.n. Ç Allocution de Louis BONFANTI È in Hommage ˆ Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, n¡40, pp.16-19 89 Corrado PERISSINO, (nŽ le 11 dŽcembre 1914). Anarchiste italien, immigrŽ en Belgique, il fut actif, dans les milieux anarchistes et anti-fascistes des annŽes trente. En 1941, il fut arrtŽ par les Allemands sur demande des autoritŽs italiennes. Il continua son action dans les milieux anarchistes et anti-fascistes durant toute la pŽriode que nous Žtudions (Anne MORELLI, La participation des ŽmigrŽs italiens ˆ la RŽsistance belge, Roma, Ministero Affari esteri, 1982, p.120 et Anne MORELLI, Fascismo e anti-fascismo nell Èemigrazione italiana in Belgio (1922-1940), Roma, Bonacci, 1987, p.104 et p.108) 90 Bernard SALMON, (dŽcŽdŽ le 08 avril 1979). Anarchiste pacifiste et franc-maon franais, il collabora ˆ diffŽrentes revues anarchistes pacifistes. Il sÕimpliqua dans la section franaise du W.R.I. et devint le correspondant et le gestionnaire de la revue PensŽe et Action en France. (LŽo CAMPION, Ç Bernard SALMON È in LŽo CAMPION, JÕai rŽussi ma vie, Paris, Editions BorrŽgo, 1985, pp.145-146 et Hem DAY, Ç congrs triennal de lÕI.R.G du 27 au 31 juillet 1951 È in I.R.G., Bulletin pŽriodique de la Section Belge de lÕInternationale des rŽsistants ˆ la Guerre, n¡22, septembre 1951, pp.2-4) 91 LŽo CAMPION (24/03/1905 Ð 6/03/1992). Militant anarchiste, chansonnier. De nationalitŽ belge, il vŽcut dans un premier temps ˆ Paris, avant de venir habiter Bruxelles dans les annŽes vingt. Il entra en contact avec les 22. groupe. Hem DAY voyageait souvent ˆ Paris pour les rencontrer. Ils Žtaient trs liŽs et appartenaient dÕailleurs tous trois ˆ la confrŽrie burlesque du Ç Taste Fesses È92, qui fut fondŽe notamment par lÕartiste Boris VIAN et Henri MONIER, dessinateur au Canard Encha”nŽ93. Sur la trentaine de membres permanents de PensŽe et Action, la moitiŽ Žtait issue de lÕimmigration94. Notons nŽanmoins que le nombre dÕanarchistes italiens avait fortement diminuŽ depuis la deuxime guerre mondiale. Beaucoup furent en effet dŽportŽs par les Allemands sur dŽnonciation de fascistes italiens ou expulsŽs de Belgique aprs la guerre en raison de leur activisme, mme si ceux-ci avaient apportŽ une aide prŽcieuse ˆ la RŽsistance95. Bien que ces personnes provenaient dÕhorizons trs diffŽrents, elles se rŽunissaient autour de lÕidŽe du libertarisme. Ajoutons encore que parmi les personnes assistant aux causeries de PensŽe et Action, les seuls qui nÕappartenaient pas de prs ou de loin aux milieux anarchistes Žtaient pour la plupart des francs-maons. LÕappartenance de HEM DAY ˆ la franc-maonnerie nՎtait un mystre pour personne ˆ lՎpoque. Il avait ŽtŽ initiŽ en 1932 ˆ la Loge Ç VŽritŽ È n¡852, du Droit Humain, ˆ Bruxelles96. ERNESTAN avait quant ˆ lui ŽtŽ initiŽ ˆ la Loge Ç Action et SolidaritŽ È n¡2, du Grand Orient de Belgique. Certains considŽraient mme PensŽe et Action comme un Ç repre È de francs-maons97. Cette accointance des milieux anarchistes avec la franc-maonnerie Žtait parfois assez mal vue par certains, qui la trouvaient contre-nature. Pourtant, il y a toujours eu des anarchistes au sein de la franc-maonnerie. Les loges maonniques accueillirent notamment Pierre-Joseph PROUDHON, Michel BAKOUNINE, Louise MICHEL, les frres RECLUS (Elie, ElisŽe et Paul), SŽbastien FAURE, Francisco FERRER, VOLINE,É Certains considrent cette appartenance comme tout ˆ fait normale, car ces deux groupements se rejoignent au moins sur un point essentiel : Ç Pour les anarchistes comme pour les francs-maons, le dŽnominateur commun est lÕhomme98 È. De plus la francma onnerie Žrige en principe la libertŽ individuelle de chacun et se base sur la Raison, ce qui ne peut que convenir aux anarchistes. La loge prŽsenterait, selon les partisans de cette union, ˆ peu prs les mmes caractŽristiques que la sociŽtŽ libertaire : Ç Un maon libre dans une loge libre99 È. Mais cette vision des choses nÕest pas partagŽe par tous les anarchistes, pas plus que par tous les francs-maons. Les anarchistes maons vont donc tenter dÕexpliquer ˆ leurs opposants les raisons de leur adhŽsion ˆ cet ordre. Ainsi, Hem DAY fera un exposŽ sur ce sujet dans sa loge100. LŽo CAMPION, lui-mme franc-maon101, Žcrira quant ˆ lui deux ouvrages sur le sujet, ou plut™t deux versions dÕun mme texte : la premire version, qui date de 1969102, Žtait destinŽe aux initiŽs tandis que la seconde version, parue en 1978, Žtait rŽservŽe aux milieux libertaires et sÕimpliqua dans les mouvements de libre pensŽe. Il collabora ˆ certaines revues en tant que caricaturiste avant dÕentamer sa carrire de chansonnier. Il sÕinvestit avec Hem DAY, quÕil vient de rencontrer, dans la lutte pacifiste. Au dŽbut de la deuxime guerre mondiale, il fut dŽportŽ au camp du Vernet et, une fois libŽrŽ, il participa ˆ la RŽsistance. Aprs la guerre, il crŽa lÕhebdomadaire satirique Pan. TiraillŽ entre Paris et Bruxelles, il choisit finalement la ville lumire pour relancer sa carrire artistique (thŽ‰tre, chanson, cinŽma). (Jean-Franois FUèG, Ç CAMPION LŽoÈ in Nouvelle biographie nationale, vol. 5, 1999, p.33) 92 Les statuts de la confrŽrie des chevaliers du Taste-fesses sont retranscrits dans lÕautobiographie de LŽo CAMPION (LŽo CAMPION, JÕai rŽussi ma vie, Paris, Editions BorrŽgo, 1985, pp.119-120) 93 LŽo CAMPION, Les anarchistes dans la Franc-Maonnerie ou les maillons libertaires de la cha”ne dÕunion, Marseille, Culture et libertŽ, 1969, p.163 94 Interview de Jean VAN LIERDE 95 Anne MORELLI, Ç LÕimmigration italienne en Belgique aux XIXe et XXe sicles È in Anne MORELLI (dir), Histoire des Žtrangers et de l’immigration en Belgique : de la prŽhistoire ˆ nos jours, Bruxelles, Vie ouvrire, 1992, p.199 96 LŽo CAMPION, Le drapeau noir, lՎquerre et le compas, Wissous, Goutal-Darly, 1978, p.135 97 Interview de Gilbert JAEGER 98 LŽo CAMPION, Le drapeau noir, lՎquerre et le compas, Wissous, Goutal-Darly, 1978, p.5 99 Ibidem, p.6 100 Manuscrit dÕHem DAY, LÕanarchie et la F.M., p.7 in Mundaneum, fonds Hem DAY-CORDIER, bo”te T1 C1 101 Il fut initiŽ le 7 avril 1930 ˆ la loge Ç Les Amis Philanthropes È ˆ Bruxelles (LŽo CAMPION, Le drapeau noir, lՎquerre et le compas, Wissous, Goutal-Darly, 1978, p.150) 102 LŽo CAMPION, Les anarchistes dans la Franc-Maonnerie ou les maillons libertaires de la cha”ne dÕunion, Marseille, culture et libertŽ, 1969, 242p. 23. Ç profanes È103. Entre les deux versions, on constate, outre une typographie diffŽrente (la version Ç ˆ usage interne È utilisait des abrŽviations familires aux maons, qui sont Ç traduites È dans la seconde version pour rendre possible pour tous la bonne comprŽhension), lÕomission de dŽtails ou de noms pour garantir lÕanonymat de certaines personnes. Cet ouvrage, assez amusant par les multiples anecdotes quÕil relate, ne suffira Žvidemment pas ˆ convaincre tous les sceptiques. La question de la compatibilitŽ de lÕanarchisme avec lÕorganisation maonnique constituera un dŽbat rŽcurrent tout au long de lÕhistoire du mouvement anarchiste104. Hem DAY sut habilement tirer profit de son appartenance ˆ la francma onnerie dans son combat pour lÕanarchie. Il nÕhŽsitait jamais ˆ faire jouer ses relations, qui Žtaient nombreuses et parfois assez haut placŽes, pour aider des camarades dans le besoin. Ainsi, selon Jean VAN LIERDE, il nՎtait pas rare que Marcel DIEU recommande lÕun ou lÕautre ami ˆ ses relations appartenant ˆ la magistrature afin de rŽgler certains problmes administratifs105. De mme, les militants anarchistes comptaient souvent sur son aide pour rŽgler leurs ennuis avec lÕadministration ou mme parfois pour trouver du travail !106 La communication du groupe avait pour support la revue PensŽe et Action. Une revue qui portait le nom de Vie et Action107 paraissait dŽjˆ avant-guerre, sous la forme dÕun journal. HEM DAY en Žtait lՎditeur et lÕauteur. Fin 1945, Marcel DIEU, aidŽ dÕun autre anarchiste, Georges SIMON, entreprit de se lancer dans la publication dÕune revue mensuelle, PensŽe et Action, qui se voulait lÕhŽritire de la prŽcŽdente et avait pour objectif de servir de tribune aux idŽes dŽveloppŽes au sein du groupe. Cela nՎtait pas Žvident ˆ lՎpoque Žtant donnŽ les multiples contraintes administratives et matŽrielles exigŽes pour avoir lÕautorisation de fonder un pŽriodique ˆ la libŽration (rationnement du papier, certificat de civisme, enqute et autorisations en tous genres,É108). Les deux hommes, en vrais libertaires, dŽcidrent de passer outre ces contraintes et cela ne leur causa jamais aucun problme. Cette revue devait servir de Ç lien entre tous ceux qui, par-delˆ les mlŽes dÕaujourdÕhui et de demain recherchent les bases possibles dÕune libre Žvolution des hommes dans les sociŽtŽs109 È. Elle se dŽclarait donc ouverte ˆ tous, comme lÕatteste encore la formule inscrite sur la quatrime de couverture de chaque numŽro de la revue : Ç PensŽe et Action entend chercher, par-delˆ tout sectarisme, toute idŽologie politique ou dogmatique, les ŽlŽments dÕune culture authentiquement rŽvolutionnaire, dŽfendre le bien-fondŽ des revendications essentielles de lÕesprit et des hommes ! 110 È. La revue conna”tra un nombre important de collaborateurs111. Nous retrouverons parmi ceux-ci des Žcrivains non-anarchistes112, invitŽs ˆ sÕexprimer sur des sujets trs variŽs. Les auteurs anarchistes prŽsentaient quant ˆ eux dans leurs articles une vision fortement intellectualisŽe de lÕanarchisme. A cet Žgard, il est important de noter que si la revue et le groupe sÕappelaient PensŽe et Action, le groupe travaillait bien plus dans le sens de la pensŽe et de la rŽflexion que de lÕaction. La majeure partie des articles ou des causeries abordaient des sujets philosophico-politiques. Peu Žtaient dÕactualitŽ. Les auteurs de ces diffŽrents articles rŽalisaient en fait bien souvent un travail dÕhistoriens. Ils faisaient Ïuvre dÕactualisation des penseurs qui leur Žtaient chers. Ainsi, de nombreux articles (et confŽrences) traiteront de SŽbastien FAURE, Han RYNER, Eugne HUMBERT, Francisco FERRER, Max NETTLAU, GANDHI, KRISNAMURTI, Runham BROWN ou 103 LŽo CAMPION, Le drapeau noir, lՎquerre et le compas, Wissous, Goutal-Darly, 1978, 155p. 104 Voir par exemple infra p.105 105 Interview de Jean VAN LIERDE. 106 Lettre de Guy BADOT ˆ Hem DAY, Gilly, le 22 avril 1951 in A.G.R. fonds Hem DAY , dossier 399 107 s.n., Ç Allocution de Louis BONFANTI È in Hommage ˆ Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action n¡40, octobre-novembre 1970, p.17 108 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.55 109 Hem DAY, Ç Editorial È in PensŽe et Action, n¡1, 20 septembre 1945, p.1 110 Ibidem, p.1 111 Nous avons comptŽ cent vingt-deux auteurs, y compris les auteurs dÕarticles repris dÕautres revues ou de textes sortis dÕouvrages plus importants et plus anciens 112 Citons par exemple la collaboration de certains fondateurs du Ç mouvement socialiste È 24. Etienne de La BOèTIE. Une partie importante des articles va aussi tre consacrŽe ˆ lÕhistoire des mouvements sociaux (le 1er mai, la Commune,É) ou ˆ la culture (lÕexistentialisme, le surrŽalisme, ZOLA, BALZAC,É). A c™tŽ de ces textes et exposŽs ˆ vocation culturelle, on trouvait quand mme des articles plus engagŽs. Ainsi, les thmes de lÕanti-communisme Žtatique et de lÕanti-soviŽtisme tiendront une place importante dans les articles de PensŽe et Action, surtout ceux Žcrits par Hem DAY. Une grande attention Žtait aussi accordŽe aux idŽes pacifistes. Une chronique pacifiste trouvait dÕailleurs sa place dans tous les numŽros de la revue. Le groupe connut un succs international. Sa revue fut envoyŽe partout dans le monde : en Italie113, en Suisse114, au Vietnam115, au Costa Rica116. On peut dÕailleurs en retrouver des exemplaires dans de nombreuses bibliothques Žtrangres, en France, en Hollande, en Suisse, en Angleterre, en Sude, au Danemark, aux ƒtats-Unis et en Urugay117. Un compte en banque gŽrŽ par Bernard SALMON fut dÕailleurs ouvert en France pour les abonnements des Franais. Les publications atteignirent quarante-six numŽros sur la pŽriode de septembre 1945 ˆ dŽcembre 1952. Au dŽbut, Hem DAY comptait faire de sa revue un mensuel, projet auquel il parvint ˆ se tenir jusquÕen 1947. Par aprs, ˆ la suite de difficultŽs financires, le bulletin devint double et bimensuel. A partir de novembre 1948, la revue fut confrontŽe ˆ de graves problmes Žconomiques qui ne furent rŽsolus que gr‰ce ˆ lÕaide de Ç quelques amis [É] ˆ liquider les arriŽrŽs dÕimprimerie118 È. Ds lors, la revue continua ˆ para”tre tous les deux mois pendant cinq numŽros aprs quoi elle ne parut plus quՎpisodiquement. Bref, en dŽpit du fait quÕaucun rŽdacteur nՎtait rŽtribuŽ119, tout au long de son existence, la revue a ŽtŽ confrontŽe ˆ des problmes dÕargent, dus notamment ˆ lÕaugmentation du prix des matires premires et de la main-dÕÏuvre120. De plus, on constate ds le dŽbut des publications que de nombreuses personnes ne payaient pas compltement leur abonnement, phŽnomne qui est prouvŽ par les nombreux rappels aux lecteurs parus dans diffŽrents numŽros121. Enfin, la revue se vendait aussi en France, mais ˆ perte122. Pour essayer de limiter les pertes, Hem DAY, qui se plaignait de devoir tout faire seul123, dut dans un premier temps diminuer le nombre de pages. Ainsi, par exemple, les numŽros 9 et 10 passrent de trente-deux ˆ vingt-quatre pages. Il jumela ensuite les numŽros, ce qui permit de toujours conserver un nombre raisonnable de pages tout en limitant les frais de port. La correspondance de la revue Žtant trs ŽlevŽe, il sera aussi demandŽ ˆ toutes les personnes qui Žcrivent au journal et qui souhaitent une rŽponse de joindre un timbre ˆ leur lettre124. Bref, petit ˆ petit, le groupe va sÕenfoncer dans des gouffres financiers ˆ cause de la publication de la revue, si bien que celle-ci dut sÕarrter en 1952. La revue mensuelle cožtait trs cher et demandait un investissement en temps trs important. De plus, Marcel DIEU, malade, ne pouvait plus en assurer la publication125. 113 Lettre du liceo scientifisco statale Ç alessandro volta È (Milano) ˆ Hem DAY, 12 dicembre 1962 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, farde correspondance T4 E1 114 Lettre ˆ Hem Day, B‰sel, le 4 novembre 1952 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, farde correspondance T4 E1 115 Lettre de Nygyen VAN MANG (Saigon) ˆ Hem DAY, le 27 janvier 1951 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, farde correspondance T4 E1 116 Lettre de J.N. MOURELO, director de El Sol (Costa Rica), ˆ Hem DAY, 24 de noviembre de 1963 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, farde correspondance T4 E1 117 Hem DA Y, Ç Brochures de Hem DAY et brochures ŽditŽes par les Žditions PensŽe et Action È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.113 118 s.n., Ç A nos Amis (ies) Lecteurs (trices), AbonnŽs (nŽes) È in PensŽe et Action n¡ 37, octobre 1949, p.1 119 PensŽe et Action n¡25, septembre1947, quatrime de couverture 120 s.n., Ç Aux Amis de " PensŽe et Action" È, in PensŽe et Action n¡ 46, dŽcembre 1952, p.1 121 s.n., Ç Avis important pour les abonnŽs de Belgique È in PensŽe et Action n¡27, dŽcembre 1947, couverture intŽrieure avant 122 s.n., Ç Aux amis et abonnŽs de France È in PensŽe et Action, n¡26, octobre-novembre 1947, couverture intŽrieure avant 123 s.n., Ç Deux mots aux amis È in PensŽe et Action, n¡ 26, octobre-novembre 1947, couverture intŽrieure avant 124 PensŽe et Action, n¡ 44-45, mars-avril 1951, couverture intŽrieure 125 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.56 25. Cette annŽe-lˆ voit donc appara”tre, dans la ligne de PensŽe et Action, Les Cahiers de PensŽe et Action. Jusque 1970126, des cahiers vont tre ŽditŽs sur des thmes divers. Ils reprenaient des Ïuvres ou des extraits dÕÏuvres Žcrites par des penseurs que Hem DAY admirait127 et qui avaient dÕailleurs dŽjˆ souvent ŽtŽ abordŽs dans les colonnes de PensŽe et Action. Lˆ encore, des problmes dÕargent vont appara”tre comme en tŽmoigne le manque de pŽriodicitŽ des cahiers. Ces difficultŽs semblent venir du fait que de nombreux numŽros Žtaient envoyŽs ˆ titre publicitaire ˆ des sympathisants potentiels ou amis, procŽdŽ trs rŽpandu dans les milieux anarchistes128. De plus, il y avait des problmes de comptabilitŽ importants et une grande dŽsorganisation. Ainsi, par exemple, des exemplaires des Cahiers Žtaient encore envoyŽs ˆ des personnes qui ne payaient plus leur abonnement et qui parfois Žcrivaient ˆ la rŽdaction en sՎtonnant de continuer ˆ recevoir les nouvelles publications.129 Pour faire des Žconomies, ˆ lÕoccasion, Hem DAY rachetait des stocks dÕouvrages invendus traitant des idŽes anarchistes, en arrachait les couvertures et les remplaait par celles de ses cahiers. Ce fut notamment le cas en 1964 avec le cahier n¡26-27 sur Socialisme et libertŽ, Marx et Bakounine, James Guillaume, soixante ans dÕhŽrŽsie, publiŽ initialement aux Žditions de la Bacounire ˆ Neuch‰tel ou encore le cahier n¡32-33 de 1966 intitulŽ U.R.S.S., un Žtat patron ŽditŽ au dŽpart par la Ruche ouvrire ˆ Paris.130 A c™tŽ de ces rŽŽditions de textes dÕauteurs cŽlbres, Les Cahiers de PensŽe et Action publirent aussi des Žtudes, des biographies, des biobibliographies ainsi que des travaux plus modestes sur certains collaborateurs et amis de Hem DAY131, qui nous furent dÕailleurs bien utiles pour trouver des renseignements biographiques sur les acteurs du mouvement. A partir de 1950, lÕactivitŽ du groupe ne va pas tarder ˆ dŽcliner. Mme si des rŽunions se tiendront toujours aprs cette date, leur nombre semble moins important. Seul Hem DAY va continuer son travail de propagande. On retrouvera malgrŽ tout encore PensŽe et Action lors des rencontres internationales soit pacifistes132, soit anarchistes133. ! LÕInternationale des RŽsistants ˆ la Guerre (I.R.G.), section belge du War Resisters International (W.R.I.) Comme pour Les Cahiers socialistes, ce groupe nՎtait pas rŽellement de tendance anarchiste mais des libertaires en faisaient toutefois partie et se sentaient, sur certains points, trs proches des idŽes qui y Žtaient dŽveloppŽes. LÕI.R.G. Žtait une institution pacifiste qui avait pour caractŽristique dՐtre la seule ˆ ne pas baser son refus de la guerre sur des fondements de nature religieuse. De plus, elle pr™nait un pacifisme intŽgral non-violent, ce qui Žtait assez original ˆ lՎpoque. En effet, comme lÕexplique Jean VAN LIERDE, il existait 126 CÕest en 1969 que Hem DAY publiera ses derniers Cahiers de PensŽe et Action, mais un dernier numŽro sera ŽditŽ par ses proches en 1970 pour lui rendre un dernier hommage (s.n. Ç Hommage ˆ Hem DAY È in PensŽe et Action, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, octobre-novembre 1970, 54 p.) 127 Francisco FERRER, William GODWIN, Etienne DE LA BOèTIE, BarthŽlemy DE LIGT, Han RYNERÉ 128 RenŽ BIANCO, RŽpertoire des pŽriodiques anarchistes de langue franaise dans un sicle de presse anarchiste dÕexpression franaise 1880-1983, Thse pour le doctorat dՃtat, Aix-Marseille, 1987, vol. 1, p.193 129 Comme par exemple, un certain BORIE, ancien professeur ˆ la retraite (lettre de BORIE ˆ Hem DAY, le 10 juillet 1962 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, bo”te T3 A3) 130 Jean-Franois FUèG, Ç Des sources pour lÕhistoire du mouvement anarchiste È in Cent ans de lÕoffice international de bibliographie, 1895-1995, Mons, Mundaneum, 1995, p.363 131 Par exemple ERNESTAN, Manuel DEVALDéS (anarchiste individualiste, 5/02/1875 Ð 22/12/1956), GŽrard DE LACAZE-DUTHIERS (anarchiste pacifiste, 26/01/1876 Ð 6/05/1958) 132 Voir infra, pp.34-35 133 Voir infra, pp.95-104 26. durant la pŽriode qui nous intŽresse de nombreux groupes pacifistes, mais deux seulement pr™naient la non-violence : il sÕagit de lÕI.R.G., que nous Žtudions ici, et du Mouvement International de RŽconciliation (M.I.R.)134. Jean VAN LIERDE, qui sera un acteur de tous les combats en faveur de la non-violence et particulirement de lÕobjection de conscience, travaillera dÕailleurs dans les deux organisations135 et nÕaura de cesse que de vouloir les unifier pour permettre un travail plus important et mieux organisŽ136. Le fait que les anarchistes et libertaires puissent se retrouver au sein de cette organisation tient au fait que la dŽclaration de principe de lÕassociation Žtait : Ç La Guerre est un crime contre lÕHumanitŽ. Pour cette raison, nous sommes rŽsolus ˆ nÕaider ˆ aucune espce de guerre et ˆ lutter pour lÕabolition de toutes ses causes137 È. Cette affirmation nՎtait Žvidemment pas pour dŽplaire aux anarchistes puisquÕelle servait leur dŽmarche anti-Žtatique, la notion dՃtat figurant selon eux parmi les principales causes expliquant la guerre138. Le caractre areligieux du groupe, qui sÕopposait en cela ˆ son homologue (le M.I.R.), joua Žgalement un grand r™le dans lÕadhŽsion des anarchistes ˆ celui-ci. LÕInternationale devint donc rapidement un lieu de rencontre important pour les anarchistes, et pas uniquement au niveau belge. De nombreux anarchistes du monde entier sÕaffilieront au W.R.I. En Belgique, de nombreux membres de PensŽe et Action seront ainsi membres de lÕI.R.G.139 LÕI.R.G., et a fortiori la W.R.I., date dÕavant la seconde guerre mondiale. CÕest en 1921 que des rŽsistants ˆ la guerre issus de quatre pays europŽens se rencontrrent en Hollande dans un congrs international qui sÕest dŽroulŽ ˆ Bilthoven pour unir leurs actions. A lÕissue de cette rencontre, ils fondrent le groupe Ç Paco È (Paix en espŽranto), qui devint en 1923, aprs le transfert de son bureau ˆ Londres, la War Resisters International. LÕInternationale travaillait sur deux plans. Concrtement, il sÕagissait de soutenir les personnes qui rŽsistaient seules au militarisme et ˆ la conscription et, sur un plan plus philosophique, dÕessayer de rŽaliser Ç un monde sans guerre et un nouvel ordre social o tous cooprent au bien commun140 È. A partir de 1925, des congrs internationaux du W.R.I. furent organisŽs tous les trois ans, exceptŽ pendant la deuxime guerre mondiale. CÕest lors de ces congrs que la politique internationale de lÕassociation Žtait dŽterminŽe. Ces congrs regroupaient des dŽlŽguŽs des organisations affiliŽes. Chaque organisation locale versait une cotisation calculŽe dÕaprs le nombre de ses membres, mais des fonds supplŽmentaires pouvaient tre demandŽs ˆ lÕoccasion pour soutenir des grandes campagnes. Une partie de lÕargent servait ˆ combler le Fonds GŽnŽral de Secours qui venait en aide aux pacifistes et ˆ leurs familles. Lors du vote, les voix des dŽlŽguŽs Žtaient comptŽes en fonction du nombre de membres affiliŽs, avec un maximum de cinq voix par dŽlŽguŽ. Un Conseil International de cinq ˆ neuf membres Žtait Žgalement Žlu pour organiser les actions ˆ rŽaliser entre les congrs internationaux et pour 134 Jean VAN LIERDE, Un insoumis, Bruxelles, Labor, 1998, p.125 135 Ainsi que dans de nombreuses autres : TŽmoignage chrŽtien (1948-1958), Route et paix (1952-1957) Coexistante (1957-1962) Carrefour de la paix (1962-1964), Service Civil de la Jeunesse, (S.C.J.), Burgerdienst voor de Jeugd, (B.D.J. )(1964), la Maison de la Paix ˆ Ixelles (avec lÕaide du Baron Antoine Allard et de lÕabbŽ Paul CARRETTE) (1968), Paix sur Terre, ComitŽ National dÕAction pour la Paix et le dŽveloppement, (C.N.A.P.D.) (1970) (Jean VAN LIERDE, Un insoumis, Bruxelles, Labor, 1998, pp.175-192) 136 Pour la Belgique, cÕest ˆ partir de 1968 que le bulletin de la section belge de lÕInternationale des RŽsistants ˆ la Guerre devint commun avec celui du M.I.R. Il faudra attendre 1976 pour que les deux groupes fusionnent en un seul appelŽ M.I.R.-I.R.G. (plus dÕinformations dans Jean VAN LIERDE, Un insoumis, Bruxelles, Labor, 1998, p.127) 137 Cette dŽclaration figure notamment en tte de tous les numŽros du bulletin 138 Hem DAY, Ç Pacifismes et ƒtats, rapport prŽsentŽ au congrs international du W.R.I., Londres juillet 1957 È in Documents de lÕInternationale de RŽsistant ˆ Guerre (section belge), n¡5, Bruxelles, 1957, 11p. 139 Citons Hem DAY, Jean VAN LIERDE, Georges LORFéVRE, Jean CORDIER, Louis BONFANTI, Corrado PERISSINOÉ 140 Cahiers de prŽsentation de lÕI.R.G. Internationale des RŽsistants ˆ la Guerre, Section de Belgique, Bruxelles, s.d., s.p. in C.E.G.E.S., fonds VAN LIERDE, dossier non-classŽ 27. contr™ler le travail du SecrŽtariat. Deux Belges y travaillrent durant la pŽriode que nous Žtudions : Hem DAY et Jean VAN LIERDE141. Au niveau de lÕorganisation, il existait diffŽrentes sections nationales ou locales, qui Žtaient autonomes. Elles employaient les moyens dÕaction et de propagande qui leur convenaient le mieux. La section belge comptait une centaine dÕaffiliŽs. LÕactivitŽ du groupe consistait principalement en lÕorganisation de rencontres, de confŽrences-dŽbats auxquelles, selon les dires de Jean LEBON142, qui Žtait trs impliquŽ dans le mouvement ˆ cette Žpoque, environs quinze ˆ trente personnes assistaient ˆ chaque fois143. La revue I.R.G., qui sÕappellera plus tard Non-violence et SociŽtŽ, permettait un bon suivi de lÕactivitŽ du groupe. Cette publication nՎtait pas ˆ proprement parler une revue, mais plut™t un bulletin de liaison. Celui-ci Žtait envoyŽ ˆ tous les membres et sympathisants de la section belge de la W.R.I. Seul un petit comitŽ collaborait activement ˆ la revue et en rŽdigeait les articles. Certains numŽros Žtaient dÕailleurs parfois uniquement composŽs dÕarticles Žmanant dÕun seul et mme auteur. De plus, beaucoup de ces contributions nՎtaient pas signŽes. La majeure partie des articles se limitait ˆ donner un compte-rendu des activitŽs de la section belge ou bien annonait celles ˆ venir. On compte peu dÕarticles de fond dŽcrivant lÕidŽologie du groupe et des participants ˆ son journal. Toutefois, cela nÕempchait pas certains anarchistes de prendre parfois des positions politiques, notamment sur le pacifisme intŽgral. Un des conflits importants qui va animer le dŽbat au sein de la W.R.I. et donc de lÕI.R.G. est la question de la participation aux instances politiques officielles. En effet, en 1959, des membres de lÕI.R.G. vont prŽsenter une liste aux Žlections lŽgislatives en Hollande. Un parti a ŽtŽ crŽŽ pour lÕoccasion, le Parti Socialiste Pacifiste. Son programme Žtait simple et radical : dŽsarmement complet sur le plan national et international, sortie de lÕO.T.A.N., disposition de dix pour cent de lÕancien budget de guerre ˆ lÕaide aux pays sous-dŽveloppŽs, liquidation de lÕarmŽe dans le courant des annŽes ˆ venir, construction accŽlŽrŽe de maisons, dՎcoles et amŽlioration de lÕinstruction144. CÕest lÕavocat Hein VANWIJK, un des initiateurs du parti et lui-mme candidat, qui va dŽfendre ce projet dans les colonnes du journal de la section belge de lÕI.R.G. A coups dÕarticles, toujours plus virulents, lui et Hem DAY vont essayer de sÕexpliquer. Pour Hem DAY et la frange anarchiste de lÕI.R.G., lÕaction parlementaire ne peut conduire quՈ un Žchec. LÕentrŽe dans un Parlement, par le pouvoir et lÕautoritŽ quÕelle confre, ne peut avoir quÕun effet dŽsastreux sur les candidats, y compris ceux qui y vont avec les meilleures intentions qui soient. Mais cette tentation Žtait inŽluctable selon lui : Ç Toute la gangrne du parlementarisme a ravagŽ les esprits, mme chez ceux qui ont gardŽ un semblant de raison, voire de bon sens dans cette superstition du nombre [É] oubliant que dans cette terre du pacifisme et de lÕanti-militarisme des Domela NIEUWENHUIS, des BarthŽlemy DE LIGT ont ŽtŽ farouchement des anti-parlementaires145 È. Le parti ne rŽcoltera que peu de voix, mais suffisamment cependant pour envoyer deux candidats sur les bancs du Parlement. Hem DAY ne se priva pas de leur faire remarquer leur incapacitŽ ˆ faire respecter leur programme au milieu des autres reprŽsentants, dÕautant plus quÕils furent ŽcartŽs dÕoffice de toutes les commissions ˆ caractre militaire146. Hein VANWIJK envisageait 141 Ibidem 142 Jean LEBON (nŽ en 1916). Il fut initiŽ durant ses Žtudes secondaires aux idŽes pacifiste et antimilitariste par son professeur de franais qui lÕamena ˆ entrer dans lÕI.R.G. Paul OTLET lui enseigna les principes de la Classification DŽcimale Universelle et le poussa encore dans son pacifisme. A la fin de la deuxime guerre mondiale, il devint le secrŽtaire de la section belge de lÕI.R.G. jusquÕen 1951 et puis son trŽsorier jusque 1954. Il affectionnait particulirement la non-violence de TOLSTOì et de GANDHI et dŽmontra lÕinfluence du premier sur le second dans un article paru dans PensŽe et Action. (Jean Lebon, Ç LÕinfluence de Tolsto• dans la vie de Gandhi È in PensŽe et Action, n¡30-31, mars-avril 1948, p.6) (s.n., Ç Jean LEBON È in Repres, Krainem, Cercle de poŽsie et de littŽrature de Krainem, n¡89, novembre 2001, pp.12-13) 143 Interview de Jean LEBON 144 Hem DAY, manuscrit, Puristes & politiques in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 7, farde 5 145 Hem DAY, texte dactylographiŽ, Parti pacifiste in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 6, farde 1 146 Hem DAY, Ç Le parti pacifiste aux Pays-Bas È in Bulletin de la section belge de lÕI.R..G., n¡65, juillet 1959 28. quant ˆ lui le c™tŽ positif de la chose : la crŽation dÕun parti amnerait peut-tre le dŽbat pacifiste dans la sociŽtŽ et celui-ci pourrait catalyser toutes les nouvelles forces du pays pour devenir un poids au sein du Parlement et imposer ses conditions aux partis traditionnels147. Pour Hem DAY, seule lÕaction directe dÕun large mouvement de masse pourrait parvenir ˆ changer le cours de lÕHistoire148. LÕI.R.G., par son mot dÕordre trs libre, permettait la tenue de dŽbats sur tous les sujets et les anarchistes en profitrent pour exposer leurs idŽes. Ainsi par exemple, face au problme de la dŽcolonisation et de la guerre dÕAlgŽrie, les anarchistes, comme ˆ leur habitude, adoptrent un point de vue non-dogmatique. Certains se prononcrent contre lÕindŽpendance de lÕAlgŽrie, qui nÕamnerait selon eux quÕune dŽgradation des mÏurs et de la culture, dÕautres ˆ lÕinverse dŽfendirent le combat anti-colonialiste149. Le mme dŽbat parcourra les rangs pacifistes de lÕI.R.G.150 Ainsi, la DŽclaration sur le droit ˆ l’insoumission dans la guerre d’AlgŽrie, dite Manifeste des 121, fut signŽe en dŽcembre 1960 par des anarchistes, des pacifistes et des intellectuels de toutes tendances qui, au nom de la lutte contre le colonialisme, prenaient fait et cause pour les combattants algŽriens. Certains anarchistes nՎtaient pas favorables ˆ lÕindŽpendance nationale des anciens pays colonisŽs, mais cela ne veut certainement pas dire quÕils Žtaient pour le colonialisme151. Selon une certaine logique anti-Žtatiste, ils nÕhŽsitaient pas ˆ condamner Ç la mystique et la farce de lÕindŽpendance nationale È, qui ne faisait que remplacer lÕoppression dÕun Žtat par un autre. Hem DAY, obŽissant aux principes du pacifisme intŽgral, refusera de signer le Manifeste des 121, ne voulant aucunement soutenir un camp puisque lÕun et lÕautre utilisaient la force armŽe et la violence. Il condamnait toutes les guerres, y compris celles dÕindŽpendance. Il se justifiait en dŽclarant que celles-ci Žtaient plus du gožt des Ç disciples de LŽnine È152. Ce refus dÕaccepter lÕinacceptable amena Hem DAY et ceux qui se rangeaient ˆ son avis ˆ condamner la position des anarchistes signataires. Cette attitude rappelait selon eux en certains points celle des anarchistes qui avaient signŽ le Manifeste des seize pendant la premire guerre mondiale. Pour les non-signataires, la seule solution pour lÕAlgŽrie serait la coexistence fraternelle des deux communautŽs, unies contre le colonialisme, et agissant main dans la main par le biais dÕactions directes non-violentes. La position de Hem DAY sur ce dŽbat fut largement diffusŽe dans la presse anarchiste mondiale153. La section belge de lÕI.R.G. fut prŽsente sur de nombreux terrains, elle collabora avec diffŽrents autres groupes, ce qui montre son ouverture dÕesprit et sa volontŽ de voir aboutir ses revendications. Ainsi, une de ses plus importantes collaborations fut celle Žtablie avec les Jeunes Gardes Socialistes ˆ lÕoccasion de lÕorganisation de la manifestation Fusil-BrisŽ, insigne du W.R.I., ˆ La Louvire, le 15 octobre 1961. La manifestation rencontra un beau succs : plus de 7000 jeunes se mobilisrent pour la paix sur les thmes de Ç non ˆ lÕarmŽe, 147 J.H. WIJK, Ç RŽponse de J.H.WIJK È in Bulletin de la section belge de lÕI.R..G., n¡67, novembre 1959, pp.2-3 148 Hem DAY, texte dactylographiŽ, Parti pacifiste in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 6, farde 1 149 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p.114 150 Hem DAY, A propos du manifeste des 121 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 18, farde 1 151 Hem DAY, Mystique et farce de lÕindŽpendance nationale, in A.G.R., fonds Marcel DIEU, dossier 84 152 Hem DAY, Ç Pourquoi je ne signe pas le "manifeste dit des 121" È in LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡6, de avril-juin 1961 pp. 27-28 153 Hem DAY, Ç Pourquoi je ne signe pas le "manifeste dit des 121" È in Bulletin de la section belge de lÕIRG, n¡74, fŽvrier 1961. Cet article fut aussi publiŽ dans dÕautres revues, en Belgique, dans LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡6, de avril-juin 1961 ; en France, dans Les Cahiers du pacifisme, organe de la L.A..P., section franaise de lÕI.R.G., Paris, n¡54, 4ime trimestre 1960 et dans Le Bulletin intŽrieur de la FŽdŽration Anarchiste Franaise, Bordeaux, n¡36, fŽvrier 1961 ; aux Etats-Unis, dans LÕadunata dei refrattari, New York, n¡11, Saturday, March 18, 1961 ; au Mexique, dans Tierra y libertad, Mexico, n¡ 217, juni 1961 29. non ˆ lÕOtan, non ˆ la guerreÈ154. A lÕoccasion de cette manifestation, ainsi quÕen dÕautres circonstances155, lÕI.R.G. distribua de nombreux tracts antimilitaristes. Enfin, lÕaction qui mobilisa le plus les pacifistes de lÕI.R.G. fut la lutte pour la reconnaissance du statut dÕobjecteur de conscience et, en contrepartie, la crŽation dÕun service civil. Tout le monde nՎtait pas acquis ˆ cette cause. En effet, certains sÕinterrogeaient sur lÕintŽrt dÕun statut, reconnaissance officielle par les pouvoirs en place, et, plus encore, sur la lŽgitimitŽ du service civil, qui constitue une participation aux rouages de lՃtat. LÕI.R.G. fut ˆ la base de la crŽation en 1949 du comitŽ dÕAction pour un Statut LŽgal des Objecteurs de Conscience156, auquel participrent de nombreuses personnalitŽs comme le dŽputŽ Gaston BACCUS, qui fut le premier ˆ dŽposer un projet de statut au Parlement, Charles GHEUDE, PrŽsident de lÕUnion Internationale des Avocats, Alfred SCHOKAERT, futur parlementaire, Pierre VANBERGEN, qui Žcrivait dans Les Cahiers socialistes sous le pseudonyme de P. DUMONT, Franois DETROYER, Directeur de la revue Prolo, le Baron Antoine ALLARD,É Les anarchistes, emmenŽs par Hem DAY, refusrent dÕy participer, conscients malgrŽ tout de lÕutilitŽ que pouvait avoir un tel comitŽ et un tel statut. Le projet de dŽfense dÕun statut fut soutenu par lÕI.R.G. jusquՈ sa concrŽtisation en 1964 et encore aprs, jusquՈ son perfectionnement en 1969. Les anarchistes, tolŽrants, laissrent sÕexŽcuter le travail des lŽgalistes sans trop de critiques, respectueusement157. Avant-guerre dŽjˆ, ce sujet avait pris une grande importante pour lÕI.R.G., surtout lors du procs de CAMPION-Hem DAY158. A lÕissue du conflit, ce fut au tour dÕautres membres de lÕI.R.G. ou dÕautres associations antimilitaristes de refuser le service militaire. Ce fut le cas de Michel ERLER, Jean VAN LIERDE, No‘l PLATTEUW, Jacques LEJEUNE, la famille GARCET (le pre, Robert GARCET, interdisait ˆ son fils, nÕayant pas encore atteint lՉge de la majoritŽ, dÕeffectuer son service militaire) et bien dÕautres. Ainsi, ˆ travers les diffŽrents numŽros de la revue, on pourra suivre toute lÕactivitŽ et le parcours des objecteurs de conscience, quÕils soient membres de lÕI.R.G. ou pas. ! SolidaritŽ Internationale Anti-fasciste (S.I.A.) Outre le pacifisme, lÕautre cheval de bataille des anarchistes belges au sortir de la seconde guerre mondiale Žtait lÕanti-fascisme, cause qui Žtait la raison dՐtre du groupe SolidaritŽ Internationale Anti-fasciste (S.I.A.), au sein duquel un certain nombre de militants anarchistes Žtaient actifs. Il sÕagit dÕune association internationale ayant une Ç branche È belge. NŽanmoins, nous avons dŽcidŽ de lÕaborder dans ce chapitre, et non dans le suivant, qui concerne entre autres la participation belge aux groupes internationaux, car la section belge de la S.I.A. possŽdait un sige en Belgique et dŽveloppait une activitŽ tout ˆ fait 154 Jean VAN LIERDE, Ç Le Fusil BrisŽ È in Paix et Coexistence, septembre-octobre 1961, p.20 155 Ainsi par exemple, le tract distribuŽ lors de la manifestation contre les bases allemandes en Belgique du 10 septembre 1960 fut imprimŽ ˆ cinq mille exemplaires (Bulletin de la section belge de lÕI.R..G., n¡76, octobre 1960, p.2) 156 Interview de Jean LEBON 157 s.n., Ç Allocution de Jean VAN LIERDE È in Hommage ˆ Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action n¡40, octobre-novembre 1970, pp.20-21 158 En 1933, LŽo CAMPION et Hem DAY ayant fait leur service militaire, dŽcidrent de renvoyer leur carnet militaire au Ministre de la DŽfense. Ils furent de suite rappelŽs dans leurs rŽgiments dÕorigine. Refusant de sÕy rendre, ils furent passŽs devant le Conseil de Guerre pour dŽsertion. Aprs quelques mois de prison et une forte mobilisation en leur faveur, ils furent renvoyŽs de lÕarmŽe. Pour plus dÕinformations, lire CAMPION-Hem DAY, Autour du procs, Bruxelles-Paris, PensŽe et Action, 1968 ou Didier KAROLINSKI, Le mouvement anarchiste en Wallonie et ˆ Bruxelles, mŽmoire de licence, UniversitŽ de Lige, 1983, pp.114-134 30. indŽpendante159. Par cette activitŽ, elle a pris une part assez importante dans le renouveau du mouvement anarchiste en Belgique francophone. La premire S.I.A. a ŽtŽ crŽŽe en juin 1937 en Espagne pendant la guerre civile. Il sÕagissait dÕun rŽseau international de solidaritŽ contre le fascisme. A cette Žpoque, ses membres entendaient rŽagir aux agissements de certains organismes de secours, qui nՎtaient en fait bien souvent que des appendices de partis politiques pratiquant la solidaritŽ dans une volontŽ de propagande. A lÕinverse, la S.I.A. se proposait de sÕoccuper des Ç victimes du fascisme et de lÕimpŽrialisme multiforme, sans se prŽoccuper de leurs tendances syndicales, politiques ou philosophiques160 È. La section belge de la S.I.A., a.s.b.l. dont les statuts ont ŽtŽ publiŽs dans le Moniteur du 18 mai 1946161, faisait partie de ce vaste rŽseau de lutte contre le fascisme qui comptait plus de cinq cent cinquante sections et douze mille adhŽrents162 et Žtait lÕhŽritier de celui crŽŽ en 1937. Selon ses statuts, et dans la lignŽe philosophique de la premire S.I.A., la section belge se proposait de Ç secourir les individus et les organisations anti-fascistes dans la mesure du possible et sous tous les aspects que peut revtir la solidaritŽ163 È. Le soutien aux antifascistes comportait aussi bien une aide Žconomique que juridique. A lÕorigine de lÕa.s.b.l. Ç Section belge de SolidaritŽ Internationale Anti-fasciste È se trouvait un trio organisateur : Jean DE BOè, qui devint le secrŽtaire et le rŽdacteur responsable de la revue, Joseph DE SMET164, qui sÕoccupait de la comptabilitŽ, et Franois KOECK165, qui en Žtait le trŽsorier. Ces fondateurs eurent ŽnormŽment de pouvoir dans lÕorganisation. A eux trois, ils formaient un comitŽ qui prenait seul la dŽcision dÕautoriser ou pas lÕadhŽsion dÕun nouveau membre. Il est important de souligner lÕappartenance idŽologique de ces fondateurs au courant anarchiste. Comme son nom le laisse suggŽrer, lÕorganisation regroupait tous les anti-fascistes, quelle que soit leur tendance politique, mais dans les faits elle se limitait ˆ rassembler des anti-fascistes non-staliniens. Notons Žgalement que lÕassociation constituait aussi un lieu de rencontre pour les immigrŽs qui avaient fui leur pays et leur rŽgime totalitaire, principalement durant lÕentre-deux-guerres mais aussi aprs la deuxime guerre mondiale. CÕest pourquoi lÕassociation prit aussi la dŽfense des demandeurs dÕasile166. Ainsi, on verra de nombreux Espagnols dans lÕorganisation et il ne fut pas rare que la S.I.A. se rŽunisse et travaille en commun avec les anarcho-syndicalistes espagnols de la ConfŽdŽration Nationale des Travailleurs (C.N.T.)167, une des raisons sans doute de la participation active de Jean DE BOè, qui se rŽclamait aussi de cette tendance. La guerre dÕEspagne et lÕexil rŽpublicain qui la cl™tura amena un peu moins de huit cents personnes ˆ trouver refuge en Belgique, sans compter les trois mille enfants adoptŽs. Cette Ç vague È dÕimmigration constitua les premires bases des organisations anti-franquistes en Belgique168. Au sortir de la deuxime guerre mondiale, le gouvernement espagnol en exil encouragea le rassemblement de toutes les tendances de la gauche espagnole (communistes, socialistes et anarchistes) au sein dÕun seul et mme groupe pour les rendre plus fortes169. Ainsi se crŽa, dans un premier temps, une junte espagnole de libŽration qui publia notamment, 159 Nous avons fait le mme raisonnement quand nous avons traitŽ de lÕI.R.G. 160 Programme du Grand Gala de SolidaritŽ de la S.I.A. du 14 mars 1948 in AGR, fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 161 Invitation ˆ lÕA.G. de la S.I.A. 1960 in AGR, fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 162 Circulaire S.I.A., n¡1, Toulouse, le 12 dŽcembre 1948 in AGR, fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 163 Statuts de lÕa.s.b.l. Section belge de SolidaritŽ Internationale Anti-fasciste (S.I.A.), Moniteur belge, n¡1343, 18 mai 1946 164 Joseph DE SMET, anarchiste individualiste belge, il Žtait alors employŽ 165 Franois KOECK, membre fondateur de la S.I.A. Il Žtait ouvrier 166 Citons notamment lÕaffaire OCTAVIA ALBEROLA in Mundaneum, fonds Hem DAY-CORDIER, T2 17 167 Agenda de Hem DAY in Mundaneum, fonds Hem DAY-CORDIER, bo”te T1 D4 168 Maria-JosŽ SANCHEZ, Ç Les Espagnols en Belgique au XXe sicle È in Anne MORELLI (dir), Histoire des Žtrangers et de l’immigration en Belgique : de la prŽhistoire ˆ nos jours, Bruxelles, Vie ouvrire, 1992, p.256 169 Ibidem, p.261 31. en mai 1945, un tract expliquant lÕintŽrt dÕune union entre tous les anti-fascistes espagnols. Selon eux, cela permettrait Ç dÕaider dÕune manire plus efficace les compatriotes dÕEspagne qui continuent sans cesse ˆ lutter contre lÕodieux rŽgime fasciste È mais aussi Ç de veiller ˆ la dŽfense des intŽrts appartenant aux rŽfugiŽs politiques et autres ŽmigrŽs espagnols È. Ce tract publiŽ en espagnol et en franais mentionnait le fait quÕailleurs dans le monde aussi de nombreuses autres associations de regroupement Žtaient en train de se mettre en place. Ce tract Žtait signŽ par le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, la ConfŽdŽration Nationale du Travail, lÕUnion GŽnŽrale des Travailleurs et le Mouvement Libertaire170. Selon certains historiens, le nombre dÕanarchistes espagnols en Belgique serait minime durant la pŽriode que nous Žtudions, il serait mme quasiment nul. Pourtant, le nombre dÕEspagnols dans le pays depuis la deuxime guerre mondiale ne cessa dÕaugmenter surtout ˆ partir du dŽbut des annŽes soixante171 et si cette immigration nՎtait plus politique mais essentiellement Žconomique, la population espagnole resta toujours trs politisŽe172. Aussi, nous retrouvons les traces de la C.N.T. en 1960 comme Žditeur dÕun tract sorti ˆ lÕoccasion du mariage royal de Baudouin et Fabiola en collaboration avec dÕautres organisations espagnoles (le Club Federico Garcia Lorca et la Fraternelle hispano-belge pour la troisime RŽpublique) et la S.I.A. Celui-ci avait pour but de dŽnoncer aux citoyens belges les pŽnibles conditions de vie du peuple espagnol sous la dictature franquiste et la collaboration passive de la famille royale et des milieux clŽricaux173. Plus tard encore, en novembre 1965, des reprŽsentants de la C.N.T. ouvrirent un nouveau local, le Centre Libertaire, ˆ la rue des Tanneurs ˆ Bruxelles174. Cette activitŽ nous a ŽtŽ confirmŽe lors de nos interviews. Certaines personnes nous ont en effet signalŽ lÕexistence dÕun assez important groupe dÕEspagnols actifs dans les milieux anarchistes et dont la rŽflexion et lÕaction Žtaient centrŽes sur les Žvnements dÕEspagne. Ceux-ci auraient principalement diffusŽ les revues de la C.N.T. en exil et dÕautres groupes anarchistes espagnols. Les bŽnŽfices des diverses activitŽs de la S.I.A. Žtaient destinŽs intŽgralement ˆ aider directement les anti-fascistes espagnols qui souffraient dans les prisons et les h™pitaux dÕEspagne175. Pour coordonner les activitŽs du groupe, une rŽunion trimestrielle Žtait organisŽe avec tous les membres au local de la S.I.A. qui se trouvait au CafŽ des deux BŽcasses ˆ Bruxelles. Une permanence y fut tenue pendant de longues annŽes tous les mardis ˆ 20 heures. En 1950, lÕassociation sortit une publication qui fut principalement rŽdigŽe par Jean DE BOè. Ce petit fascicule traitait presque exclusivement de la rŽpression policire contre les militants anarchistes en Espagne et plus particulirement de lÕassassinat des quatre militants anarchistes espagnols Luciano ALPUENTE, Wenceslao GIMENEZ, Francisco MARTINEZ et JosŽ SABATE qui avait ŽtŽ perpŽtrŽ cette annŽe-lˆ176. Le groupe avait une certaine envergure puisque, si on en croit les archives que nous avons consultŽes, lors de lÕune des premires ftes organisŽes ˆ la salle des Tramways par la section belge de la S.I.A, plus de quatre cents personnes furent prŽsentes et trois cent dix-huit 170 Tract de la Junte Espagnole de LibŽration, ComitŽ de Belgique, Bruxelles, le 25 mai 1945 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 171 Maria-JosŽ SANCHEZ, Ç Les Espagnols en Belgique au XXe sicle È in Morelli (dir), Anne MORELLI (dir), Histoire des Žtrangers et de l’immigration en Belgique : de la prŽhistoire ˆ nos jours, Bruxelles, Vie ouvrire, 1992, p.257 172 Ibidem, p.264 173 Tract Vive lÕEspagne libre in Mundaneum, fonds Hem DAY-CORDIER, dossier T2 A7 174 Centre Libertaire, rue des Tanneurs 114, Bruxelles 175 Affiche datant de 1949 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 176 S.I.A. dans RenŽ BIANCO, RŽpertoire des pŽriodiques anarchistes de langue franaise dans un sicle de presse anarchiste dÕexpression franaise 1880-1983, Thse pour le doctorat dՃtat, Aix-Marseille, 1987, vol.3 32. dÕentre elles payrent un prix rŽduit, avantage sans doute rŽservŽ aux membres177. Pourtant, petit ˆ petit, lÕorganisation va commencer ˆ rencontrer des problmes financiers dus principalement ˆ lÕabsentŽisme de ses membres et ˆ leur abandon de la cause anti-fasciste. La S.I.A. va donc devoir rŽagir et faire des efforts de propagande pour faire revenir les anciens militants. Le 25 janvier 1958, Jean DE BOè rŽdigea un manifeste pour tirer la sonnette dÕalarme178. Un appel Ç au secours de la dignitŽ humaine È est lancŽ pour ramener dÕanciens camarades179 . Ds ses dŽbuts, lÕassociation rassemblait principalement des intellectuels. On comptait dans ses rangs peu de travailleurs ou de jeunes, ce que regrettaient dÕailleurs ses dirigeants180. Pour essayer dÕassurer une relve ˆ la S.I.A., lÕorganisation va Žlargir sa gamme dÕactivitŽs, qui jusque lˆ consistaient surtout en confŽrences ne rencontrant plus gure de succs, en organisant des cinŽ-clubs181. En 1958, un changement important de direction va sÕopŽrer au sein de la S.I.A. puisque Jean DE BOè semble jeter lՎponge. Il dŽcida de laisser la place ˆ la jeunesse, en lÕoccurrence ˆ StŽphan HUVENNE. Un changement de local semble aussi sÕeffectuer ˆ la mme Žpoque, le groupe se rŽunissant dorŽnavant au CafŽ de la Paix182. Le nom du nouveau local du groupe traduit la nouvelle orientation de lÕassociation, qui va Žlargir son champ de prŽoccupations pour sÕinvestir de plus en plus dans les milieux pacifistes. Ainsi, par exemple, le 23 avril 1960, la S.I.A. invita Jacques LEJEUNE, objecteur de conscience et auteur du livre Tu ne tueras point, ˆ venir parler du pŽril atomique lors dÕune confŽrence au Centre International PrŽsence Africaine183. La S.I.A. sÕest encore investie dans diffŽrentes manifestations pacifistes. Ainsi, en 1960, le groupe a envisagŽ dÕapporter son soutien ˆ lÕorganisation de la marche antiatomique de Mol ˆ Anvers. Finalement, la S.I.A. se retira de ce projet pour ne pas tre mlŽe aux Ç trotskistes È184 qui se trouvaient parmi les Jeunes Gardes Socialistes et parce quÕelle ne pouvait dŽcemment sÕassocier ˆ lÕInitiative Bruxelloise pour la DŽtente Internationale, qui comptait faire participer le comitŽ organisateur de la marche ˆ divers groupements patriotiques lors dÕune veillŽe nocturne aux flambeaux autour de la tombe du Soldat inconnu185, chose Žvidemment impensable pour les libertaires de la S.I.A.186 La S.I.A. sÕinvestit aussi dans la coordination dÕactions pour la paix lancŽes par LÕAnti-antitoutiste pour la paix187. Enfin, le groupe entra en relation avec des personnalitŽs comme lÕanarchiste pacifiste franais Louis LECOIN, lequel envoya quatre mille affiches ŽditŽes par le comitŽ pour lÕEspagne libre ˆ Bruxelles, qui seront saisies ˆ leur arrivŽe le 7 mars 1964 par les services de douane belge188, ce qui montre bien le caractre subversif que celles-ci devaient avoir ˆ lՎpoque. 177 Bilan de la fte de la S.I.A. (2 septembre 1946) in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 178 Circulaire sur le cinŽma, s.d. in AGR, fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 179 Programme de 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 180 Rapport de 1959 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 181 Circulaire de 1959 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1 182 CafŽ de la Paix, 46 rue des Chapeliers, Bruxelles 183 En 1958, le centre de documentation internationale dŽmŽnagea au 220 de la rue Belliard et accueillait dans ses locaux les Amis de la PrŽsence Africaine et la libraire Le livre Africain. (Jean VAN LIERDE, Un insoumis, Bruxelles, Labor, 1998, p.184) 184 Ç De 1955 ˆ 1964, les militants trotskystes [É] formrent la majoritŽ au sein du ComitŽ exŽcutif national de la J.G.S. È (Marc LORNEAU, Ç Le mouvement trotskyste belge : septembre 1939-dŽcembre 1964 È in Cahiers Hebdomadaire du C.R.I.S.P., n¡s 1062-1063 du 21 dŽcembre 1984, p.37). Pour plus de renseignements sur la politique dÕentrisme des trotskistes au sein des partis de gauche et principalement du P.S.B. et de ses organisations connexes, voir Marc LORNEAU, Ç Le mouvement trotskyste belge : septembre 1939-dŽcembre 1964 È in Cahiers Hebdomadaire du C.R.I.S.P., n¡s 1062-1063 du 21 dŽcembre 1984, 57p. 185 Lettre de Robert FALONY, du Bureau National des Jeunes Gardes Socialistes, au secrŽtariat de la S.I.A., le 20 mars 1960 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 16, farde 2 186 Manuscrit de Hem DAY in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 16, farde 2 187 Voir infra p.56 188 S.I.A. dans RenŽ BIANCO, RŽpertoire des pŽriodiques anarchistes de langue franaise dans un sicle de presse anarchiste dÕexpression franaise 1880-1983, Thse pour le doctorat dՃtat, Aix-Marseille, 1987, vol. 3 33. Durant cette pŽriode, la S.I.A. travaillait toujours main dans la main avec les organisations anarchistes belges. Ainsi, par exemple, elle organisa des sŽances communes de discussion avec le groupe PensŽe et Action ainsi quÕavec le Cercle la BoŽtie, dont nous parlerons par la suite189. De mme, les confŽrenciers invitŽs ˆ sÕexprimer lors des rŽunions de la S.I.A. furent souvent des personnalitŽs bien connues des milieux libertaires ou du moins des sympathisants. Citons notamment Hem DAY190, Louis BONFANTI191, Georges LORPHéVRE192 ou Jean VAN LIERDE193, tous membres de lÕI.R.G. ou de PensŽe et Action194. A la fin des annŽes 1960, une rupture importante semble avoir lieu au sein de la S.I.A. entre lÕancienne et la nouvelle gŽnŽration dÕanti-fascistes. Certains, emmenŽs par Stephan HUVENNE, Žtaient dÕavis quÕil fallait organiser des actions plus spectaculaires voire violentes, ce qui ne fut pas du gožt de tous et principalement des membres non-violents. CÕest pour cette raison sans doute que les jeunes anti-fascistes espagnols membres de la S.I.A. dŽcidrent de quitter celle-ci et de se retrouver au sein de la FŽdŽration IbŽrique des Jeunesses Libertaires (F.I.J.L.) alors en exil sur notre territoire195 dont nous reparlerons par la suite. 3. 1952-1959 : Unification et Rupture Durant la pŽriode qui prŽcde, certains groupes anarchistes ou rŽunissant des anarchistes se sont formŽs. Des anarchistes Žtaient actifs dans diffŽrents combats, mais on ne peut pas vraiment parler de mouvement anarchiste. En effet, sÕil existait certains liens entre les groupes, on ne peut constater de vŽritable unification. La pŽriode que nous allons maintenant Žtudier, bien quÕassez pauvre en manifestations de lÕanarchisme, est marquŽe par la crŽation dÕun groupe (le seul nŽ durant la pŽriode 1952-1959) caractŽrisŽ par une volontŽ dÕunir les efforts en vue de propager les idŽaux anarchistes. Toutefois, en dŽpit de cet objectif ambitieux, le groupe va lui-mme tre confrontŽ ˆ des dissensions internes, qui prirent des formes parfois vives, et qui causrent un tort considŽrable ˆ lÕanarchisme belge. A la lecture de ce chapitre, on pourra se rendre compte des errements auxquels les milieux anarchistes Žtaient confrontŽs ˆ cette Žpoque, qualifiŽe de Ç traversŽe du dŽsert È196 par certains historiens. ! LÕAction Commune Libertaire (A.C.L.) Alors que le groupe PensŽe et Action sÕessoufflait et ne semblait pas remplir suffisamment son r™le de propagande, un nouveau groupe anarchiste va prendre le relais. En avril 1952, un premier courrier est envoyŽ par Joseph DE SMET pour expliquer la nŽcessitŽ de crŽer un front commun anarchiste. Le choix du nom du groupe, lÕAction Commune Libertaire, traduisait la volontŽ de concilier deux formules organisationnelles : le Bureau, qui organise 189 Invitation de la S.I.A, sŽance commune, 24 octobre 1959 in AGR, fonds Hem DAY, dossier 40 farde 1 190 Notamment une confŽrence du 18 fŽvrier 1958 sur le thme de Ç Droit dÕAsile et SolidaritŽ È (Programme de 1958 in A.G.R., Fonds Hem DAY, dossier 40, farde 1) 191 Par exemple une confŽrence en Ç hommage au GŽnŽral Rondon È le 25 fŽvrier 1958 (Ibidem) 192 Par exemple la projection de GŽnocide le 11 mars 1958 (Ibidem) 193 Notamment une confŽrence du 5 mars 1958 sur la Ç conception libertaire devant lՃtat È (Ibidem) 194 Ibidem 195 La F.I.J.L. Žtait interdite en France depuis le 9 aožt 1963 (Rose-Marie GARCIA Y GOMEZ, Que sont les anarchistes espagnols devenus ?, mŽmoire de licence, U.L.B., 1993, p.49) 196 Gaetano MANFREDONIA, LÕanarchisme en Europe, Paris, Presses universitaires de France (que sais-je ?), pp.108-111 34. des rŽunions et prend des contacts, et lÕEntente, Ç sorte de noyau de la sociŽtŽ future197 È. La premire rŽunion eut lieu le premier mai 1952, ˆ Bruxelles, au CafŽ de la Paix198. A cette occasion, des dŽcisions importantes furent prises quant aux modalitŽs organisationnelles du groupe, au systme de propagande ˆ adopter et aux moyens financiers quÕon y accorderait. Lors de cette rŽunion, un Bureau a dž tre mis sur pied199. Nous nÕavons trouvŽ aucune trace des nominations, mais il semblerait quÕAlfred LEPAPE (Dour) soit devenu le responsable du groupe pour la propagande. Il Žtait en effet lՎditeur responsable de toutes leurs publications. LÕadministration et le secrŽtariat ont dž tre confiŽs ˆ Guy BADOT (Charleroi). A leur c™tŽ, on retrouve dans la correspondance les noms de Hem DAY (Bruxelles), Georges SIMON (Quaregnon), Joseph DE SMET (Gand), Luis BROECKE (Anvers) et ADAMAS (Lige). Pour mieux travailler, il semblerait que le comitŽ se soit scindŽ rŽgionalement pour organiser ses rŽunions et rŽduire les dŽplacements. Le travail se faisait donc entre comitŽs rŽgionaux qui correspondaient entre eux par courrier et qui, ˆ lÕoccasion, se rŽunissaient. Une assemblŽe gŽnŽrale devait avoir lieu au moins une fois par an en prŽsence de tous les membres. Au sortir de la premire rŽunion, un appel fut lancŽ Ç aux amis et camarades libertaires, [et] ˆ tous les esprits libres È pour quÕils rejoignent le groupe et fassent triompher leur idŽal. LÕunion de toutes les Ç forces libres, paralysŽes trop souvent par la dispersion des efforts È devait permettre en toutes occasions de faire entendre la voix libertaire et dÕexercer une influence sur les Žvnements200. Cet appel fut publiŽ dans la presse internationale201 et connut un retentissement assez important. Ainsi, le groupe reut des lettres de soutien, Žmanant notamment dÕanarchistes de lÕancienne gŽnŽration comme Camille MATTART202, et des propositions de collaboration leur furent soumises, par exemple avec un groupe dÕanarchistes de Lille.203 En juillet-aožt 1952 eurent lieu en Belgique les Žvnements connus sous le nom de Ç RŽvolte des Casernes È. Une septantaine de miliciens de diffŽrentes casernes lancrent un mouvement de protestation contre lÕallongement du service militaire ˆ vingt-quatre mois. Ils furent trs vite arrtŽs et durent passer devant le Conseil de Guerre. Cet ŽvŽnement connut un trs grand retentissement. La F.G.T.B. lana mme une journŽe de grve ouvrire pour demander la gr‰ce des prisonniers204. LÕAction Commune Libertaire dŽcida de diffuser un tract expliquant la position des anarchistes ˆ ce sujet, qui consistait en une opposition systŽmatique contre toute forme de service militaire, quÕil soit de vingt-quatre, dix-huit, douze ou six mois : les anarchistes combattent le militarisme, le patriotisme et lՃtat205. Le texte fut diffusŽ un peu partout, notamment dans la presse anarchiste Žtrangre, comme par exemple en Italie206. LÕA.C.L. belge va Žgalement prendre position lors de son assemblŽe gŽnŽrale du 11 janvier 1953 sur les problmes que connaissait la FŽdŽration anarchistes franaise. Ils 197 Lettre de Joseph DE SMET ˆ Hem DAY, s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 198 Souvenons-nous quÕil sÕagit Žgalement du lieu de rendez-vous de la S.I.A. ˆ partir de 1958 (voir supra, p. 43) 199 Guy BADOT, Convocation ˆ la rŽunion du 1er mai, datŽe du 15 avril 1952 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 200 CommuniquŽ Aux amis et camarades libertaires, ˆ tous les esprits libres in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 201 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.57 202 Lettre de Camille MATTART RAVIGNA ˆ Hem DAY, le 20 juin 1952 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 203 Guy BADOT, Communication aux rŽgions, propositions de la 1ire rŽgion de la F.A. de crŽer dÕun journal commun, datŽ du 17 mai 1952 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 204 Carine JANSEN, LÕobjection de conscience en Belgique : 1919-1964, mŽmoire de licence, ULB, 1983, p.193 ou Jean VAN LIERDE, Un insoumis, Bruxelles, Labor, 1998, pp.108-110 205 Alfred LEPAPE pour lÕAction commune libertaire de Belgique, tract RŽvolte dans les casernes, Dour in A.G.R. fonds Hem DAY, dossier 399 206 Alfred LEPAPE, Azione Comune Libertaria del Belgio, Ç La rivolte militari È in LÕAdunata dei refr attari , Sabato 20 dicembre 1952, p.3 35. envoyrent un communiquŽ de protestation afin de le diffuser dans le journal Le Libertaire207. Ce communiquŽ dŽnonait le Ç gangstŽrisme È employŽ par lÕadministration de la F.A. au sein de son organe de presse208. En effet, depuis 1950, la FŽdŽration Anarchiste Franaise tombait sous la coupe dÕun sous-groupe secret dŽveloppant une vision autoritaire de lÕanarchie, lÕOrganisation-PensŽe-Bataille (O.P.B.), qui rŽussit ˆ contr™ler la rŽgion parisienne et ˆ imposer sa ligne idŽologique au Libertaire209. Peu de temps aprs, lÕA.C.L. dŽcida de sortir un tract ˆ lÕattention des travailleurs pour leur expliquer ce quÕest rŽellement lÕanarchisme, au-delˆ des prŽjugŽs. De vives discussions sÕentamrent sur la forme que devait prendre ce texte. Celui-ci dŽfinissait lÕanarchisme comme Ç lÕidŽal le plus humain qui soit210 È et le sort des anarchistes Žtait associŽ ˆ celui des prolŽtaires et de tous les exploitŽs. Il mettait aussi en garde les travailleurs contre les dieux, les partis et les rŽvolutions autoritaristes. Enfin, en contrepartie de leur adhŽsion ˆ leur idŽologie, les anarchistes ne leur promettaient rien, Ç pas de miracles, pas de sauveurs, pas de bonnes places, Tous au combat211 È. Les anarchistes individualistes nÕacceptrent pas lÕensemble du texte212. CÕest Alfred LEPAPE qui calma le jeu en proposant lՎdition dÕun deuxime tract plus clair et plus gŽnŽral sur les diffŽrentes possibilitŽs quÕoffrait lÕanarchisme213. La rŽdaction dÕun nouveau tract intitulŽ Ç Ce que veulent les anarchistes È fut immŽdiatement entamŽe. Les discussions vont encore une fois se polariser entre individualistes et anarcho-syndicalistes. Les individualistes bruxellois emmenŽs par Hem DAY et Joseph DE SMET vont ainsi sÕopposer ˆ la frange rŽgionale wallonne de Guy BADOT et Georges SIMON. Les premiers voulaient que le tract soit le plus complet possible. Les deuximes entendaient privilŽgier la clartŽ pour ne pas Ç assommer le lecteur avec de la thŽorie214 È, signalant sur un ton plein de sous-entendus envers les membres de lÕautre Ç bord È quÕil Žtait pour eux Ç plus intŽressant dÕamener des travailleurs [É] que des snobs en mal de philosophie215 È. Les premiers vont proposer un texte qui sera rejetŽ parce que jugŽ trop long. Les deuximes le transformrent alors compltement, aboutissant ˆ un texte trs vague, lui aussi rejetŽ car trop Ç falot È216. En effet, ˆ force de discussions, le texte initial Ç fut tellement rŽduit quÕil se rŽvŽla par trop ŽmasculŽ217 È. Aprs une abondante correspondance ˆ ce sujet, le projet va finalement tre abandonnŽ. On comprend aisŽment que ce genre de conflit nÕest pas profitable ˆ lÕA.C.L. ; cela a plut™t tendance ˆ faire fuir les sympathisants218. Bruxelles va alors se lancer dans un projet de brochure intitulŽ Ç A.B.C. de lÕanarchisme È. Ce projet sera proposŽ ˆ lÕassemblŽe du 14 juin 1953219 ; lÕintroduction en sera mme Žcrite220. Il semble cependant que cette initiative nÕait abouti ˆ rien. 207 CommuniquŽ, s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 208 Plus dÕinformations dans Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p.103 209 Plus dÕinformations dans Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 1, p.91 ou Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p 103 210 Alfred LEPAPE pour lÕAction commune libertaire de Belgique, tract Les anarchistes parlent aux travailleurs, Dour in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 211 Ibidem 212 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.57 213 Lettre dÕAlfred LEPAPE ˆ Hem DAY, s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 214 Lettre de Guy BADOT ˆ Hem DAY, le 12 janvier 1953 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 215 Lettre de Guy BADOT ˆ hem DAY, le 26 mars 1953 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 216 Lettre de Joseph DE SMET ˆ Hem DAY, le 10 mai 1953 et lettre dÕAlfred LEPAPE ˆ Hem DAY, s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 217 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.57 218 Lettre dÕAlfred LEPAPE ˆ Hem DAY, s.d. in A.G.R. fonds Hem DAY, dossier 399 219 Ordre du jour de lÕAssemblŽe du 14 juin 1953 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 220 s.n., A.B.C., s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 36. Face ˆ ce malaise, Alfred LEPAPE va ˆ nouveau essayer de calmer les esprits en montrant au groupe les possibilitŽs dÕaction quÕil peut avoir. Il ne perd pas foi dans lÕutilitŽ des projets menŽs. Ainsi, il va par exemple afficher un des tracts ŽditŽs ˆ un endroit o il pourrait tre Ç vu par des milliers de personnes È, espŽrant ainsi Ç convertir È le plus de monde possible, quitte ˆ sÕattirer un certain nombre dÕennuis221. Le groupe se lana alors dans un autre projet de publication, un tract de soutien ˆ No‘l PLATTEUW, membre de lÕI.R.G et objecteur de conscience catholique, emprisonnŽ une premire fois en janvier 1954 et condamnŽ le 3 mars en Conseil de Guerre ˆ six mois de prison222. Ce projet est pris en main par Alfred LEPAPE, alors secrŽtaire du groupe du Borinage de lÕI.R.G., et par Hem DAY223. Pour eux, ce genre de prise de position pouvait constituer une bonne vitrine pour les idŽes anarchistes et pacifistes. Notons que cette initiative a ŽtŽ prise avec lÕaccord de No‘l PLATTEUW, qui acceptait le soutien de tous les groupes antimilitaristes, du moment quÕils soient sincres224. Le tract exposait les positions des anarchistes sur lÕaffaire mais, au-delˆ de ce Ç prŽtexte È, il sÕagissait dÕune condamnation globale du militarisme, de la guerre et de ce qui pour eux en constitue la cause : lՃtat. Dans leur tract, les membres de lÕA.C.L., pourtant rŽsolument athŽes, mettaient en avant le bon sens de la morale chrŽtienne de PLATTEUW, qui respectait la parole de JŽsus Ç Aimez-vous les uns les autres225 È. Ce genre de position va amener des critiques de la part de vieux anarchistes comme LŽon TERROIR, qui nÕacceptait pas que lÕon mette en avant la soumission ˆ lՃtat en acceptant la prison. Lui pr™nait dans un pareil cas des actes rŽfractaires ou bien lÕexil. Pour lui, les anarchistes doivent, selon leurs principes de libertŽ, refuser ˆ tout prix la prison et ne surtout pas stigmatiser positivement les actes de soumission ˆ lÕEtat. Notons que ce dŽbat va lÕamener ˆ une brouille avec Hem DAY et le pousser finalement ˆ se retirer du mouvement anarchiste pour rester seul, ˆ faire son petit boulot, isolŽ mais en restant Ç son ma”tre È226. Toujours dans le cadre de lÕ Ç affaire PLATTEUW È, le groupe participa ˆ des actions plus concrtes, notamment lÕorganisation dÕune confŽrence dans le Borinage, plus prŽcisŽment ˆ Hornu227. Cette causerie de Hem DAY, organisŽe dans le but de rŽcolter des fonds pour le procs de No‘l PLATTEUW, devait traiter de la Ç confusion dans le pacifisme228 È. Malheureusement, bien que cette activitŽ ait fait lÕobjet dÕune vaste publicitŽ229, la sŽance nÕeut finalement pas lieu car il semblerait quÕune douzaine de participants aient ŽtŽ arrtŽs par les forces de lÕordre230. Le groupe commena ˆ se dŽcourager, dÕautant plus que certains militants se plaindront de pas avoir ŽtŽ mis au courant suffisamment ˆ lÕavance pour pouvoir organiser des manifestations lors du procs de PLATTEUW231. Aprs cette nouvelle mŽsaventure et en prŽvision des nouvelles Žlections, lÕA.C.L. va entreprendre la rŽdaction dÕun nouveau tract cette fois sur la question du vote et de lÕaction antiparlementaire. De nouveau, les tensions internes vont prendre le dessus entre les groupes crŽŽs prŽcŽdemment. Tous les membres se rendaient alors bien compte que lÕA.C.L., de par sa 221 En tant quՎditeur responsable, il aura en effet la visite de la police, niera les faits et refusera de donner les noms de ses distributeurs (Lettre dÕAlfred LEPAPE ˆ Hem DAY, reue le 5 juillet 1953 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399) 222 Carine JANSEN, LÕobjection de conscience en Belgique : 1919-1964, mŽmoire de licence, ULB, 1983, p.193 223 Lettre dÕAlfred LEPAPE ˆ Hem DAY s.d., in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 224 Ibidem 225 Alfred LEPAPE pour lÕAction commune libertaire de Belgique, Tract No‘l PLATTEUW est en prison, Dour in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 226Lettre de LŽon TERROIR ˆ Alfred LEPAPE, le 19 avril 1953 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 227 Lettre dÕAlfred LEPAPE ˆ Hem DAY, s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 228 Ibidem 229 Mot au verso de lÕinvitation ˆ la rŽunion de lÕA.C.L. du dimanche 20 dŽcembre 1953 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 230 Lettre de Georges Simon ˆ Hem Day, s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 231 Ibidem 37. composition, nՎtait que le Ç rendez-vous des diverses tendances qui sÕaffrontent et non un groupe dÕaction pratique232 È. Les uns dŽnonaient les prises de position autoritaires des communistes libertaires, et les autres le comportement petit-bourgeois conformiste et bavard des individualistes. On finit par en venir aux insultes233. Alfred LEPAPE, excŽdŽ, dŽcida alors de publier le tract en son nom propre et sur ses deniers234 puisque, selon ses dires, les autres nÕen avaient pas le courage et faisaient ainsi Ç honte ˆ lÕanarchisme235. È Il se retrouva alors isolŽ avec en plus une condamnation ˆ payer pour les propos tenus dans le tract. BlessŽ dans son honneur, et surtout par le fait que personne ne lÕait prŽvenu de la mort dÕERNESTAN, il refusa de prendre lÕargent que ses camardes avaient collectŽ pour lui, prŽfŽrant le bržler que de lÕaccepter si on lui envoyait236. Voilˆ consommŽe sa rupture avec le groupe, imputŽe pour certains ˆ sa Ç susceptibilitŽ qui ressemble Žtrangement ˆ lÕintolŽrance clŽricale ou stalinienne237 È. Cette histoire va entra”ner la dissolution de lÕA.C.L. : il devenait Žvident quÕaucune des diffŽrentes tendances de lÕanarchisme ne dŽsirait plus sÕassocier avec les autres. De plus, le r™le de Ç tampon È nՎtait plus jouŽ par Alfred LEPAPE, qui sՎtait retirŽ du groupe. LÕAction Commune Libertaire ne se rŽunira plus et, avant la crŽation du Cercle la BoŽtie, il ne restera plus en Belgique que quelques individualitŽs se rŽclamant de lÕanarchie, dispersŽes dans le pays, ayant plus ou moins dÕinfluence personnelle dans leur milieu propre ou dans certaines organisations comme lÕI.R.G. par exemple238. 232 Lettre de Guy BADOT ˆ Hem DAY, le 25 mars 1954 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 233 Ibidem 234 Alfred LEPAPE, Tract Non, nous ne voterons pour personne in A.G.R. fonds Hem DAY, dossier 399 235 Lettre dÕAlfred LEPAPE ˆ Georges SIMON, (24 mars 1954) in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 236 Ibidem 237 Lettre de Georges SIMON ˆ Alfred LEPAPE, le 26 mars 1954 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 399 238 Joseph DE SMET, rapport belge improvisŽ au congrs anarchiste de Londres, fin juillet 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 38. 4. 1959-1965 : Renouveau des activitŽs anarchistes Aprs le creux constituŽ par la deuxime moitiŽ des annŽes cinquante, on va peu ˆ peu voir rŽappara”tre, ˆ partir de 1959, un dŽbut de renouveau des activitŽs anarchistes en Belgique francophone. Cette Žpoque est assez comparable ˆ celle qui a suivi la fin de la seconde guerre mondiale : il fallait repartir sur de nouvelles bases, se rŽorganiser. Un nouveau groupe anarchiste va se crŽer et les anarchistes vont rŽinvestir les milieux pacifistes. Des actions dÕune certaine envergure seront menŽes. Cette pŽriode de renouveau constitue un prŽlude ˆ lÕexplosion des idŽaux libertaires qui aura lieu ˆ partir de 1965 et surtout ˆ partir de 1968. ! Le Cercle la BoŽtie Le cercle la BoŽtie, du nom de lÕauteur du Discours de la Servitude volontaire, un des tout premiers textes libertaires, a ŽtŽ crŽŽ en 1959. Il prŽsentait une tendance trs nettement anarchiste. Son but Žtait de regrouper tous les Ç socialistes libertaires, organisateurs communautaires, anarchistes et tous esprits indŽpendants des Eglises, des ƒtats et des grands groupes financiers239 È afin de crŽer les bases dÕune Ç FŽdŽration mondiale des peuples et des groupes dÕindividus240 È. Comme on le voit dans cette dŽclaration tirŽe de son journal, LÕOrdre libre, lÕindividu constituait une des bases principales du groupe. Ses membres voulaient que soit sauvegardŽe la personnalitŽ propre et individuelle. Signalons que si la revue Žtait destinŽe aux anarchistes, elle restait ouverte ˆ toutes les tendances241. De mme, les confŽrences organisŽes par le cercle au Parking242, une salle situŽe prs de la place de Brouckre, Žtaient accessibles ˆ tous. Il y avait en fait derrire ce message dÕouverture une volontŽ de Ç convertir È les auditeurs ˆ lÕanarchisme243. LÕorganisation de ces sŽminaires et dŽbats se faisait parfois en collaboration avec dÕautres groupes comme PensŽe et Action244, la S.I.A.245 ou lÕI.R.G.246 Les liens entre ces associations Žtaient trs Žtroits. Dans ses communications, le cercle faisait dÕailleurs parfois rŽfŽrence, pour dŽfinir sa position sur lÕun ou lÕautre fait, ˆ des idŽes Žmises lors de rŽunions de lÕI.R.G., comme si tous les membres Žtaient au courant de ce qui se disait au sein de 239 s.n., Ç Le cercle la BoŽtie È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du cercle la BoŽtie, n¡1, juin 1961, p.1 240 Ibidem, p.1 241 s.n., Ç Avertissement ˆ tous È, LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du cercle la BoŽtie, n¡11, juin 1960, p.1 242 Le Parking, rue de lՃtuve n¡ 16, Bruxelles 243 En parlant dÕun dŽbat sur le parlementarisme et les problmes de lÕautoritŽ et du pouvoir, les organisateurs affirmaient ainsi : Ç Il ne faut pas tre anarchiste ou sympathisant pour cela, il suffit que ces questions vous intŽressent de prs ou de loin È (s.n., Ç LÕautoritŽ et les pouvoirs È in lÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡5, dŽcembre 1959,p.6) 244 Citons la confŽrence de Hem DAY organisŽe par le Cercle la BoŽtie, la S.I.A. et PensŽe et Action sur Francisco FERRER (intitulŽe Ç Son idŽal È) le 6 mai 1959 et une autre sur le thme Ç de lՎcole moderne ˆ la Ruche ; vers lՎducation libertaire È le 22 octobre 1959 (lÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du cercle la BoŽtie, n¡5, dŽcembre 1959, p.4) 245 ConfŽrence sur Isra‘l et les pays Arabes, organisŽe par le cercle la BoŽtie et la S.I.A. le jeudi 3 mars 1960 (LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle La BoŽtie, n¡7, fŽvier 1960, p.2) 246 Ç ConfŽrence sur le pacifisme et le parlementarisme organisŽe par le Cercle la BoŽtie, avec le soutien bienveillant de lÕI.R.G. È (lÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique, du cercle la BoŽtie, n¡6, janvier 1960, p.2) 39. lÕorganisation non-violente. Remarquons que les lecteurs de LÕOrdre Libre Žtaient souvent abonnŽs au bulletin de lÕI.R.G.247 Certaines problŽmatiques importantes internes ˆ lÕI.R.G., dues ˆ lÕopposition entre anarchistes et rŽformistes, vont dÕailleurs se rŽsoudre ou du moins tre dŽbattues au sein du Cercle la BoŽtie. CÕest ainsi que le conflit dŽjˆ ŽvoquŽ entre Hem DAY et Hein VANWIJK ˆ propos de lÕopportunitŽ pour les pacifistes de prendre part aux institutions reprŽsentatives fut cl™turŽ par un dŽbat public au cours duquel chacun resta toutefois sur ses positions248. Le groupe travailla aussi avec dÕautres organes dans les milieux pacifistes. Il collabora notamment au journal LÕAnti-antitoutiste pour la paix de Jack HENRIQUEZ, dont nous reparlerons par aprs, et sÕassocia ˆ la coordination dÕactions lancŽes par le mme groupe. Ainsi, le cercle appela ˆ la mobilisation lors de certaines manifestations pacifistes249. Un des problmes auquel le groupe se trouva confrontŽ fut le dŽsintŽrt des classes ouvrires. En effet, ses membres constataient ˆ regret que les idŽes libertaires nÕintŽressaient plus ˆ cette Žpoque que Ç les intellectuels et quelques travailleurs indŽpendants non encore infŽodŽs dans le pseudo-mouvement des classes moyennes250 È. Il sÕagit dÕune constante durant toute la pŽriode ŽtudiŽe. De juin 1959 ˆ mai 1960, le groupe Ždita vingt numŽros de son journal LÕOrdre libre, un bulletin trs modeste prenant la forme de simples feuilles A4 agrafŽes ensemble251. Un numŽro exceptionnel sortit en 1965, ce qui prouve la longŽvitŽ du groupe. La revue Žtait surtout le fruit du travail de Joseph DE SMET, son Žditeur responsable, secrŽtaire et aussi principal rŽdacteur. On relvera encore la participation assez rŽgulire de Hem DAY. En annexe de certains numŽros, se trouvaient aussi des tracts du W.R.I. LÕOrdre Libre Žtait avant tout un lieu dՎchange, dÕinformation, et de promotion de la pensŽe libre. Il regorgeait dÕarticles faisant rŽfŽrence ˆ des grands penseurs anarchistes comme Domela NIEUWENHUIS, BarthŽlŽmy DE LIGT, Francisco FERRER, Rudolf ROCKER, Victor CONSIDƒRENT (le disciple de FOURIER), ˆ la pensŽe non-violente indienne (KRISNAMURTI ou GANDHI) ainsi quՈ lÕindividualisme de NIETZSCHE et STIRNER. Notons que lÕon retrouvait souvent traitŽs les mmes thmes et les mmes personnalitŽs que dans la revue PensŽe et Action ou, plus tard, dans Les Cahiers de PensŽe et Action, ainsi que dans la bibliothque personnelle, aujourdÕhui ŽparpillŽe mais principalement conservŽe ˆ la Bibliothque Royale, de Hem DAY, grand admirateur de ces penseurs. La revue Žtait bien accueillie tant en Belgique quՈ lՎtranger (France, Hollande, Allemagne, Angleterre,252 ƒtats-Unis, Uruguay 253). Cela ne lÕempcha pas de conna”tre trs t™t des problmes financiers. LÕannŽe 1959 nÕa pas amenŽ de pertes, mais les comptes se sont soldŽs par un rŽsultat nul254, si bien que le cercle se trouva contraint de faire de nombreux appels aux dons pour couvrir les frais que demandait la gestion du groupe et de ses activitŽs255. Ces problmes vont dans un premier temps tre rŽsolus par les dons, mais cette amŽlioration sera de courte durŽe. Un des principaux gŽnŽreux donateurs fut E. GARCET, membre de lÕI.R.G.256 Une fois encore, la principale cause de ces problmes financiers Žtait que de nombreux numŽros Žtaient envoyŽs ˆ titre publicitaire ˆ des sympathisants potentiels 247 Ç La plupart dÕentre vous, abonnŽs au Bulletin de lÕI.R.GÉ. È (s.n., Ç A tous nos amis, camarades, sympathisants, pacifistes È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡6, janvier 1960, p.2) 248 s.n. Ç Annonce du dŽbat È in lÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡6, janvier 1960, p.2 249 Citons par exemple un appel ˆ la manifestation anti-atomique du 10 avril 1960 (lÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡9, avril 1960, pp.4-5) 250 LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡ 7, fŽvrier 1960, p.1 251 Signalons que les deux derniers numŽros (n¡19 et n¡20) sont jumelŽs pour terminer la sŽrie de dix numŽros, correspondant ˆ un abonnement, plus vite et ˆ moindre frais 252 s.n. Ç Notre dŽclaration È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡1, juin 1959, p.1 253 s.n. Ç Mise au point È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡18, avril 1961, p.1 254 LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡6, janvier 1960, p.1 255 s.n., Ç Nouvel appel È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡8, mars 1960, p.1 256 s.n., Ç Appel du trŽsorier È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡9, avril 1960, p.1 40. ou amis. On dŽcida de stopper cette politique, si bien quՈ partir du douzime numŽro, le bulletin ne fut plus envoyŽ quÕaux membres en ordre de cotisation. Pour continuer nŽanmoins la propagande, le groupe va Žditer des tracts reprenant les principales idŽologies dŽveloppŽes par le groupe, qui seront vendus ˆ des distributeurs dŽsireux de propager lÕidŽal anarchiste257. En dŽpit de tous ces efforts, les finances ne vont pas sÕamŽliorer. Ainsi, le bulletin devra conserver sa prŽsentation rudimentaire pour limiter les cožts de publication258, ce qui donna lieu ˆ des plaintes de certains lecteurs259. Ces remarques nŽgatives furent peut-tre lÕune des causes de la suppression de la revue, qui constituait, selon son Žditeur, une mauvaise faade publicitaire pour le cercle260. ! LÕAnti-antitoutiste pour la paix Cette revue Žtait avant tout une publication pacifiste. Elle a ŽtŽ crŽŽe par Jack HENRIQUEZ261, qui en Žtait le principal animateur. Celui-ci invitait ˆ venir sÕexprimer dans les pages de son journal dÕautres pacifistes se rŽclamant quasiment tous de la frange libertaire. Ainsi, les principaux collaborateurs de la revue Žtaient, outre J. BADIEN, lՎpouse dÕHENRIQUEZ (qui elle nՎtait pas anarchiste) et Hem DAY. La revue bŽnŽficia aussi de la participation de Joseph DE SMET, Eugne RELGIS ou Pierre-Valentin BERTHIER262. On trouvait aussi des articles sur des grands personnages pacifistes anarchistes comme BarthŽlemy de LIGT ou Louis LECOIN. La spŽcificitŽ idŽologique de la revue rŽsidait dans sa croyance en la possibilitŽ dÕun pacifisme mondial par la crŽation dÕune nouvelle morale qui, par-delˆ les nations et les diffŽrences, serait identique pour tous. Cette morale serait basŽe sur le respect des autres et, avant toute chose, de la vie humaine : Ç une morale unique, valable pour les peuples comme pour les individus, dŽfendant de tuer un homme pour quelque motif que ce soit263 È. Ainsi, selon cette idŽologie, Ç tout acte doit tre voulu dans lÕintŽrt de lÕespce humaine toute entire264 È. La revue pr™nait donc la dŽsobŽissance civile et la crŽation dÕun nouvel ordre mondial. Toutefois, mme si ce type de raisonnement le rapproche du libertarisme, Jack HENRIQUEZ ne se proclamait pas anarchiste265. La publication sÕest Žtendue de janvier 1960 ˆ juin 1963. Le but initial de son crŽateur Žtait de faire para”tre quatre numŽros par an. Pour lancer sa revue, Jack HENRIQUEZ proposa un abonnement ˆ lÕannŽe ˆ un prix avantageux. A partir du troisime numŽro, il proposa mme en cadeau le livre de Jacques LEJEUNE, Tu ne tueras point. Ds le cinquime numŽro, un prix spŽcifique pour la France apparut, ce qui montre que la revue arrivait ˆ sÕexporter. En 1961, la revue fit para”tre un numŽro supplŽmentaire spŽcial mais, ˆ partir de 1962, elle se retrouva dans lÕobligation de grouper ses numŽros pour rŽduire les cožts. Le titre de la revue, LÕAnti-antitoutiste pour la paix, est trs rŽvŽlateur de lՎtat dÕesprit de son crŽateur et de ses animateurs. Ce nŽologisme a ŽtŽ construit par Jack HENRIQUEZ et choisi comme titre dans le but de signifier que lÕambition du journal Žtait 257 s.n. Ç Avertissement ˆ tous È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡11, juin 1960, p1 258 s.n. Ç Mise au point È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡18, avril 1959, p.1 259 On relve de nombreuses rŽponses ˆ des plaintes de lecteurs sur la forme du journal. (voir par exemple, s.n., Ç Excuses et vÏux È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du Cercle la BoŽtie, n¡16, janvier 191) 260 s.n. Ç Mise au point È in LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du cercle la BoŽtie, n¡ 18, avril 1961, p.1 261 Jack HENRIQUEZ (dŽcŽdŽ le 10 mars 2002). Il signait aussi parfois sous le pseudonyme de KIWIST 262 Pierre-Valentin BERTHIER (nŽ le 11 septembre 1911). Militant libertaire pacifiste, ouvrier puis correcteur et enfin Žcrivain. Il collabora ˆ de nombreuses revues libertaires et pacifistes. (Jean MAITRON, Ç BERTHIER Pierre-Valentin È in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier franais [ressource Žlectronique], Paris, Editions de lÕAtelier, Editions ouvrires, 1997 263 LÕAnti-antitoutiste, Ç Un but pour une action È in LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡6, avril juin 1961, p.2 264 LÕAnti-antitoutiste, Ç Rappel du but poursuivi È in LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡2, avril-juin 1960, p.2 265 Voir par exemple, KI WIST, Ç Le droit de contr™le des Žlecteurs È in LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡3, juillet-septembre 1960, pp.6-8 41. dÕaller ˆ lÕencontre de la tendance ˆ protester contre tout sans jamais chercher ˆ construire quelque chose de positif. Selon lui, il ne suffit pas de contester, il faut au contraire lutter pour lÕaccomplissement dÕun projet constructif : Ç si ce nom a ŽtŽ choisi cÕest justement parce que tout le monde accepte trop facilement dÕagir contre quelque chose, et cÕest sans doute lˆ lÕun des tics humains quÕil ne convient pas de flatter, cette hantise de dŽtruire, ce dŽsir de nuire au prochain parce quÕil est catholique, protestant, libre penseur, musulman, hindou ou papou, ou mme militaire. Il ne faut pas tre contre les hommes, pour quÕils comprennent mieux o est la vŽritŽ, la morale que leur conscience accepte266 È. Pour LÕAnti-antitoutiste pour la paix, Ç la nŽgation de tout ce qui est nŽgatif est une affirmation nette de ce qui est positif267 È. Cette vision positive et constructive Žtait surtout appliquŽe ˆ propos du problme du pacifisme : il sÕagissait plus de se battre pour la paix que contre la guerre. La revue se lana ainsi dans diffŽrentes actions, par exemple la diffusion de huit cents affiches pr™nant des principes pacifistes268, une pŽtition de refus de collaboration aux efforts militaires269 ou encore des appels ˆ manifester pour la paix270. De plus, LÕAnti-antitoutiste pour la paix va faire para”tre dans ses pages de nombreuses annonces pour les autres associations pacifistes de toutes tendances271 et pour leurs activitŽs272. Son but Žtait dÕamener le dŽbat et de crŽer un dialogue entre les diffŽrents acteurs du mouvement pacifiste, avec pour objectif premier de dŽboucher sur lÕorganisation dÕactions concrtes273. Dans cette optique, Jack HENRIQUEZ invita par courrier diffŽrentes organisations ˆ se joindre, le samedi 15 octobre 1960, ˆ une rŽunion privŽe organisŽe ˆ son domicile274 situŽ ˆ Bruxelles prs de la place Meyser. De nombreux groupements pacifistes ont ainsi ŽtŽ invitŽs. LÕordre du jour de cette rencontre Žtait dÕessayer de crŽer une Ç coordination en vue dÕune action commune pour des campagnes pŽriodiques dÕaffichage pour la paix 275 È et dÕorganiser des sŽminaires dՎtudes ou dÕautres actions communes non-violentes (cortges,É)276. Marcel DIEU ne pouvant se rendre ˆ la rŽunion, Jack HENRIQUEZ lui fit parvenir amicalement les Ç bases dÕentente È pour quÕil puisse lui donner son avis avant la rencontre277. Par lÕadoption de ce texte de base, qui ne conna”tra que de lŽgres modifications, tous les adhŽrents ˆ lÕentente pour une collaboration entre les mouvements pacifistes affirmaient que les principes suivants devaient sans dŽlai tre respectŽs : Ç le respect de la vie humaine È, Ç le droit ˆ 266 LÕAnti-antitoutiste, Ç Moins par moins Žgale plus È in LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡s 14-15, juin 1963, p.2 267 Quatrime de couverture de tous les numŽros de LÕAnti-antitoutiste pour la paix 268 Ç La paix se construira sur une morale unique, dŽfendant de tuer un homme pour quelques motifs que ce soit È, affiche en deux couleurs rouge et noir avec un lino de RenŽ MELS, sur 50 X 30 cm (LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡2, avril juin 1960, p.12) 269 LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡3, juillet septembre 1960, p.8 270 s.n., Ç Marche atomique de Mol È in LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡2, avril-juin 1960, p.3 ou Ç Marche atomique des jeunes È, le 24 mars 1963, organisŽe par la fŽdŽration des initiatives pour la dŽtente internationale in LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡14/15, janvier-juin 1963, p.2 271 Voir premire page de tous les numŽros : Ç Si vous manquez de confiance envers lÕAnti-antitoutiste, versez votre cotisation au mouvement pacifiste qui correspond ˆ vos aspirations, ou mieux encore, agissez par vousm mes, mais ne restez pas inactifs. È. On trouve aussi dans quasiment tous les numŽros des rubriques intitulŽes Ç PublicitŽ pour autres groupes et journaux È, Ç Lisez et faites lire È, Ç Liste des mouvements ayant la paix ou lÕentraide parmi leurs objectifs È 272 La marche non-violente pour la paix de San Francisco ˆ Moscou, la marche atomique des jeunes , É 273 LÕAnti-antitoutiste, Ç Le dŽbat È in LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡4, octobre-dŽcembre 1960, pp.15-18 274 Jack HENRIQUEZ, avenue de lÕEmmeraude, 39, Bruxelles 275 Invitation ˆ lÕentente du 6 octobre 1960, in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 16, farde 1 276 Ibidem 277 Lettre de KIWIST ˆ Hem DAY, le 9 octobre 1960 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 16, farde 1 42. lÕobjection de conscience, lÕurgence capitale de mettre tout en Ïuvre afin dՎviter une nouvelle guerre È et Ç la nŽcessitŽ de tendre ˆ trouver la solution non-violente de tous les conflits entre les Žtats278 È. Parmi les groupes conviŽs ayant pris part ˆ cette alliance, on retrouve des groupes tels que le Cercle la BoŽtie, reprŽsentŽ par Joseph DE SMET, la S.I.A, reprŽsentŽe par StŽphane HUVENNE (absent lors de la premire rŽunion), le groupe PensŽe et Action, reprŽsentŽ par Marcel DIEU (absent lui aussi) et enfin lÕI.R.G., reprŽsentŽe par Corrado PERISSINO. Outre ces organisations libertaires, on trouve Žgalement des groupes pacifistes chrŽtiens tels que Pax Christi, les Plerins dÕEmmaŸs et le M.I.R. Les Jeunes Gardes Socialistes se joignirent Žgalement ˆ lÕentente, ainsi que la FŽdŽration nationale des initiatives pour une contribution belge ˆ la dŽtente internationale, ces deux groupes Žtant reprŽsentŽs par Robert FALONY. Celui-ci nՎtait pas inconnu des milieux anarchistes pacifistes en raison des dissensions quÕil avait connues avec la S.I.A. lors dÕune marche antiatomique279. Bien dÕautres groupes reprŽsentant de nombreuses mouvances prirent part au mouvement280. Toutes les associations qui dŽsiraient participer ˆ la coordination dÕactions pour la paix devaient se faire membres en versant une cotisation mensuelle de cinquante francs servant ˆ couvrir les frais dÕadministration du Bureau de coordination. Les positions et mesures ˆ prendre par lÕentente faisaient lÕobjet dÕun vote, pour lequel chaque association avait droit ˆ une voix. Les dŽcisions Žtaient si possible adoptŽes ˆ lÕunanimitŽ. Lors de la premire rencontre du groupe, un texte sÕopposant aux fusŽes Polaris en Belgique fut rŽdigŽ pour tre diffusŽ sous forme dÕaffiches, de placards dans les journaux et de tracts. Un projet dÕaffiche281 fut aussi proposŽ par Jack HENRIQUEZ, affiche sur laquelle figuraient tous les noms des organisations qui acceptaient les bases de lÕentente282. Les rŽunions suivantes se passrent au cafŽ Ç La fleur en papier dorŽ È, prs de lÕEglise de la Chapelle283. Celles-ci avaient lieu tous les deux mois. Lors de la deuxime rŽunion du 26 dŽcembre 1960, un nouveau projet dÕaffiche fut mis en chantier284, de mme quՈ la rŽunion du mois de 278 Texte Žtabli lors de la rŽunion du 15 octobre 1960 et envoyŽ ˆ tous les intŽressŽs le 16 octobre 1960 par Jack HENRIQUEZ in A.G.R,. fonds Hem DAY, dossier 16, farde 1 279 Voir supra p.43 280 LÕUnion FŽdŽrale, la FŽdŽration Nationale des initiatives pour une contribution belge ˆ la dŽtente internationale, le Service Civil International, lÕAction civique non-violente, Coexistence, les Amis des Marolles, le Centre liŽgeois dՎtudes pour la non-violence, les Jocistes, les Petits riens, le Rassemblement des Femmes pour la Paix, lÕUnion Belge pour la DŽfense de la Paix furent aussi convoquŽs ˆ la premire rŽunion ( rapport de la rŽunion de lÕentente, le 16 octobre 1960 in A.G.R., fonds Hem Day, dossier 16, farde 1) 281 Le texte de lÕaffiche est le suivant : Ç La Paix se construira sur une morale unique valable pour le peuples comme pour les individus, dŽfendant tout homicide. Abolissons les guerres et leur prŽparation, aidons les dŽshŽritŽs ici comme partout ! È (LÕAnti-antitoutiste pour la paix, n¡9, octobre-dŽcembre 1961, p.34) 282 Rapport de la rŽunion de lÕentente, le 16 octobre 1960 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 16, farde 1 283 CafŽ La fleur en papier dorŽ, rue des Alexiens, 53, Bruxelles 284 Lettre de Jack HENRIQUEZ ˆ Hem DAY, le 27 dŽcembre 1960 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 16, farde 1 43. fŽvrier285. Nous ne connaissons ni la raison de la rupture de ces travaux, ni la date de fin dÕexistence du groupe. Une action importante qui va tre trs suivie et mise en avant par LÕAnti-antitoutiste pour la paix286 concerne la marche non-violente pour la paix de San Francisco ˆ Moscou. Les diffŽrents groupes pacifistes faisant partie de lÕentente crŽŽe par LÕAnti-antitoutiste vont beaucoup sÕinvestir dans cette action, en collaboration avec dÕautres groupements. Cette marche non-violente pour la paix avait ŽtŽ lancŽe le 1er dŽcembre 1960 par le Ç Committee for Non-violent Action È287. Aprs avoir traversŽ les ƒtats-Unis, treize marcheurs amŽricains prirent lÕavion ˆ New York pour se rendre ˆ Londres. Lˆ, ils furent rejoints par des marcheurs europŽens (Britanniques, Franais, Allemands, NorvŽgiens, SuŽdois, Finlandais, Hollandais, BelgesÉ). Le voyage devait se poursuivre par la France, mais aucun marcheur ne put mettre le pied sur le sol franais, empchŽs par les forces de lÕordre, et ce malgrŽ les protestations du ComitŽ de Parrainage franais, qui comprenait diverses personnalitŽs (professeurs dÕuniversitŽ, pasteurs, ŽcrivainsÉ). Pendant ce temps, cinq marcheurs franais et un marcheur algŽrien poursuivirent la marche vers Paris, puis atteignirent la frontire franco-belge ˆ hauteur du poste-frontire de Ç Risquons tout È, lieu o la marche internationale put reprendre son cours normal le 2 juillet 1961. La traversŽe de la Belgique se dŽroulera en douze jours. La marche passa par les villes de Mouscron, Courtrai, Audenarde, Gand, Alost, Bruxelles288, Louvain, Tirlemont, Saint-Trond, Lige et Verviers. Aprs la traversŽe de la Belgique, les marcheurs partirent pour Bonn, Berlin, Varsovie et enfin Moscou.289 Deux Belges se joignirent ˆ la marche en Europe : un nŽerlandophone originaire de Hoboken, Hugo VAN MARCKE, Žditeur de De Mensenvriend, et un francophone de Marcinelle, Franz DECOEUR, collaborateur du groupe EmmaŸs290. Le soutien de lÕentente ˆ cette action fut important et demanda une certaine prŽparation. Pour coordonner les choses, une rŽunion fut organisŽe le 17 mai 1961 au cafŽ de lÕHorloge. Celle-ci rassembla de nombreuses associations sous les auspices de lÕUnion FŽdŽrale et de LÕAnti-antitoutiste pour la paix. A lÕissue de la rŽunion, un Ç comitŽ belge dÕaccueil aux Marcheurs pour la paix È fut crŽŽ. CÕest LŽa PROVO qui sÕoccupa du secrŽtariat. CÕest elle aussi qui se mit en rapport avec le bureau europŽen de Londres291 qui supervisait la marche en Europe. Le comitŽ Žtait composŽ de nombreuses personnalitŽs telles que les professeurs HALKIN et FLORQUIN de lÕuniversitŽ de Lige, Millem PEE des universitŽs de Gand et Lige, les Žcrivains Jules BOSMANT et ILLECYN, le dŽputŽ de Charleroi Ernest GLINNE, lÕancien Recteur de lÕUniversitŽ de Bruxelles Henri JANNE, le chanoine Jacques LECLERCQ, le Pasteur Mathieu SCHYNS, le prŽsident de la Ligue Belge des Droits de lÕHomme, Georges ARONSTEIN,É Il semblerait que Hem DAY ait aussi participŽ ˆ cette action en tant que reprŽsentant du groupe PensŽe et Action et de lÕI.R.G. puisquÕon retrouve une forte correspondance ˆ ce sujet dans ses archives. De plus, on lÕaperoit aux c™tŽs des marcheurs et des membres du comitŽ belge sur des photos prises lors du passage de la marche 285 Lettre de Jack HENRIQUEZ ˆ Hem DAY, le 9 fŽvrier 1961 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 16, farde 1 286 Une partie importante de la correspondance du comitŽ belge se faisait sur papier ˆ entte de lÕAnti-antitoutiste 287 Le Ç Committee for Non-Violent action È est un groupe dÕAmŽricains qui, inspirŽs des quakers mais de toutes croyances philosophiques ou politiques, se sont rŽunis pour expŽrimenter les moyens dÕactions non-violentes qui peuvent empcher la guerre. Ce groupe a soutenu plusieurs actions anti-guerrires, telles que lՎquipŽe du Ç Golden Rule È qui tenta de pŽnŽtrer dans la zone rŽservŽe aux expŽriences nuclŽaires dans le Pacifique, des manifestations contre les fusŽes Polaris,É(ComitŽ dÕaction aux marcheurs pour la Paix San Francisco-Moscou, CommuniquŽ 2, le 21 juin 1961 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 36) 288 Avec notamment la visite dÕune dŽlŽgation au palais de Laeken 289 ComitŽ dÕaction aux marcheurs pour la paix San Franscisco-Moscou, communiquŽ 2 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 36 290 Fascicule dÕinformation, la marche non-violente San FranciscoÐMoscou pour la paix en Belgique in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 36 291 Bureau europŽen : 87, Chancery Lane, London W.C. 2 44. en Belgique292. Le comitŽ national subvenait aux besoins de ses marcheurs et pourvoyait au transport des bagages, des malades ou des blessŽs. Il gŽrait aussi les rŽunions publiques et distribuait des tracts et des pancartes. A cet Žgard, il est intŽressant de constater que lÕutilisation de slogans Žtait strictement contr™lŽe par le comitŽ afin que la manifestation ne puisse tre Ç rŽcupŽrŽe È, quÕelle ne prenne pas une autre tournure que celle voulue par les marcheurs293. Pour les marcheurs, la course aux armements ne conduisait pas ˆ la sŽcuritŽ et ˆ la libertŽ, mais favorisait plut™t le totalitarisme et ne pouvait que mener ˆ la guerre et ˆ la destruction du genre humain. Leur action entendait signifier aux pays du monde entier quÕil fallait renoncer ˆ la force armŽe et construire une dŽfense basŽe sur la rŽsistance non-violente. Ils exigeaient un dŽsarmement inconditionnel ainsi quÕun transfert des budgets militaires vers des programmes de lutte contre des flŽaux tels que la pauvretŽ, les maladies, la sousalimentation, lÕignorance et le ch™mage294. Cet exemple montre bien la force mobilisatrice que put avoir LÕAnti-antitoutiste pour la paix. Cependant, en 1963, la publication sÕarrta pour une raison qui nous est encore inconnue. Jack HENRIQUEZ se sera sans doute tournŽ vers dÕautres groupes pacifistes avec lesquels il avait travaillŽ. 292 Photographie, s.d. in A.G.R., fonds HEM DAY, dossier 36 293 ComitŽ dÕaction aux marcheurs pour la paix San Francisco - Moscou, communiquŽ 2 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 36 294 Ibidem 45. 5. 1965-1970 : La relve ? La fin de la pŽriode que nous avons choisi dՎtudier dans ce mŽmoire se caractŽrise par une profusion de manifestations dans lesquelles on peut tre tentŽ de voir une rŽsurgence des idŽes libertaires : mouvement provo, mai 68, contestation Žtudiante, groupes antimilitaristes,É Nous aborderons ceux-ci de faon peu approfondie. En effet, cela constituerait le sujet dÕun mŽmoire de licence ˆ part entire. De plus, une question se pose ˆ propos de ces nouveaux groupes : certes contestataires, ceux-ci peuvent-ils rŽellement se revendiquer de lÕanarchisme ? Au cours de notre exposŽ, nous mettrons en Žvidence ce qui les en approche et ce qui les en sŽpare. Il est en tout cas Žvident que cÕest un tout autre esprit qui souffle dans ces milieux, un autre type de fonctionnement, dÕautres dŽbats, ou en tout cas abordŽs dÕune autre manire. Dans le mme temps, des groupes anarchistes plus Ç traditionnels È subsistent ou mme apparaissent. Ceux-ci continuent ˆ raisonner selon leurs schŽmas habituels (lÕopposition entre individualistes et anarcho-communistes), mme si des personnalitŽs nouvelles apparaissent. Les prŽoccupations anarchistes Ç classiques È sont toujours dÕactualitŽ. Dans ce chapitre, nous tenterons de voir comment ces deux tendances (sous-entendu gŽnŽrations) cohabitent. Nous examinerons aussi les liens quÕelles entretiennent entre elles et montrerons par le biais de quelles personnes ceux-ci ont pu tre Žtablis. ! Les Provos Si le mouvement Provo, dÕorigine hollandaise, se rŽpandit dans un premier temps en Flandre, il toucha rapidement la partie francophone du pays et plus spŽcialement Bruxelles. On ne peut cependant pas dire quÕil ait rŽellement existŽ de groupes provos organisŽs, en Belgique ni dans aucun pays par ailleurs. En effet, les provos fonctionnaient sans organisation, sans structure. Pour organiser leurs actions et discuter de politique, ils avaient pour point de rendez-vous des cafŽs (au Pili Pili295, au Music Bar la Maison bleue296, au Welcome, au Saloon, au Bicule, chez Florio297É) ou le domicile dÕun des leurs. LÕinformation sÕeffectuait presque exclusivement par le bouche-ˆ-oreille298. 295 Le Pili pili, situŽ rue dÕune personne ˆ Bruxelles, prs de la grand place (RŽvo, Bruxelles, s.d., n¡1, p.13) 296 Music-Bar de la Maison Bleue, rue neuve ˆ Bruxelles, in Tract Ç semaine provo du soldat È, in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 360, farde 7. 297 Jean DE MEUR, LÕanarchisme en Belgique, la contestation permanente, Paris-Bruxelles, Pierre De MŽyre, p.135 298 Christian VASSART, AimŽe RACINE, Provos et provotariat, un an de recherche participante en milieu provo, Centre dՎtude de la dŽlinquance juvŽnile, Bruxelles , publication n¡21, 1968, p.36 46. Ils organisaient de nombreuses activitŽs, qui Žtaient appelŽes happenings. Le happening est une Ç manifestation spontanŽe de crŽativitŽ collective qui revt un caractre provoquant dans une sociŽtŽ hostile ˆ la crŽativitŽ, et dans laquelle la police participe souvent comme partenaire au jeu299 È. A la fin de lÕannŽe 1966, ce genre de manifestation avait lieu chaque semaine, presque toujours ˆ la place de Brouckre, rebaptisŽe par eux Ç Happenings Plein È. Les provos organisaient ces actions principalement le samedi, jour o le public Žtait le plus nombreux300, afin de se faire remarquer par le plus de monde possible. Ce genre dÕactivitŽ ne plaisait Žvidemment pas aux forces de police qui devaient sans cesse intervenir pour tenter de maintenir lÕordre alors que les provos avaient au contraire pour objectif de rŽpandre le dŽsordre. Leurs happenings, de faon symbolique, vŽhiculaient toujours un message dÕordre politique. Ainsi, par leurs actions, ils entendaient protester sur des sujets aussi variŽs que lÕimplantation du Shape en Belgique301, la dictature franquiste et la condamnation dÕanarchistes espagnols ˆ mort302, la guerre en gŽnŽral303 et principalement celle du Vietnam304,É Les provos voulaient avant tout lutter pour la libertŽ dÕexpression305, dont ils estimaient quÕelle nՎtait quÕun leurre dans la sociŽtŽ actuelle. Leurs actions prenaient des formes parfois loufoques. Ainsi, ils organisrent pour la Saint-Nicolas une distribution de pommes blanches306, symbole du mouvement provo et Ç premier produit libre307 È. Ils montrent Ç lÕopŽration canne blanche È, qui consista ˆ rŽcolter de lÕargent pour rŽcupŽrer le montant dŽrobŽ ˆ un aveugle, vendeur de billets de tombola308. Ils organisrent aussi des manifestations dÕune ampleur plus importante comme la Ç Semaine Provo du Soldat È, qui eut lieu du 11 au 17 fŽvrier 1967309. On retrouvait aussi les provos dans des manifestations plus Ç sŽrieuses È, officielles, telles que des marches pour la paix, contre lÕarmement atomique, ou contre la guerre du Vietnam. Il leur arrivait de sÕintroduire dans des cortges de grŽvistes, de minoritŽs linguistiques ou idŽologiques, ou encore dans des dŽfilŽs patriotiques royaux et princiers ! Les provos cherchaient ce faisant ˆ perturber le bon dŽroulement des manifestations en scandant leurs propres slogans et en distribuant leurs propres tracts (on lÕimagine aisŽment, trs ŽloignŽs de ceux des participants initiaux aux cortges). Ainsi par exemple, une cinquantaine de provos participrent ˆ la marche anti-atomique du 24 avril 1966 ˆ Bruxelles. Ils y distriburent des tracts dŽnonant la marche, quÕils prŽsentaient comme un dŽrivatif fourni par le pouvoir ˆ la jeunesse, sÕopposant ainsi au Ç pacifiste du week-end310È. De mme, il Žtait frŽquent que les provos rendent visite aux services dÕinformation de lÕarmŽe 299 Denis Durand (ˆ partir de textes de Hem DAY et Marcel VIAUD), Ç Happening È, Anarchisme et Non- Violence, n¡11-12, janvier-fŽvrier 1968, p.1 300 Christian VASSART, AimŽe RACINE, Provos et provotariat, un an de recherche participante en milieu provo, Centre dՎtude de la dŽlinquance juvŽnile, Bruxelles , publication n¡21, 1968, p.41-42 301 Tract bilingue Ç shape Go home È, invitation au happening du samedi 22 octobre 1966 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 360, farde 7 302 Happenings du 19 novembre 1966 mimant lÕexŽcution des anarchistes espagnols (texte dactylographiŽ, Happenings chez les provos, p.2 in A.G.R., fonds, Hem DAY, dossier 360, farde 2) 303 Tract pour le happening du samedi 8 octobre 1966 in A.G.R,. fonds hem DAY, dossier 360, farde 7 304 Cette action se solda par lÕarrestation de quelques provos mais aussi dÕune dizaine de curieux. Plus dÕinformation dans Christian VASSART, AimŽe RACINE, Provos et provotariat, un an de recherche participante en milieu provo, Centre dՎtude de la dŽlinquance juvŽnile, Bruxelles , publication n¡21, 1968, pp.43-45 et dans texte dactylographiŽ, Happenings chez les provos, p.4 in A.G.R., fonds, Hem DAY, dossier 360, farde 2 305 Tract provo, bilingue, dÕappel au happening du 3 dŽcembre 1966 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 360, farde 7 et texte dactylographiŽ, Happenings chez les provos, p.3 in A.G.R., fonds, Hem DAY, dossier 360, farde 2 306 texte dactylographiŽ, Happenings chez les provos, p.3 in A.G.R., fonds, Hem DAY, dossier 360, farde 2 307 Tract provo, Provocation n¡12, s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 360, farde 7 308 Argent saisi par la police et jamais rendu in texte dactylographiŽ, Happenings chez les provos, p.3 in A.G.R., fonds, Hem DAY, dossier 360, farde 2 309 Tract bilingue, Semaine provo du soldat, s.d. in A.G.R. fonds Hem DAY, dossier 360, farde 7 310 Christian VASSART, AimŽe RACINE, Provos et provotariat, un an de recherche participante en milieu provo, Centre dՎtude de la dŽlinquance juvŽnile, Bruxelles , publication n¡21, 1968, p.38-39 47. belge et au bureau de recrutement de volontaires militaires pour y dŽposer une bombe (vraie ou fausse) ou lancer une brique dans la vitre311. Outre ces activitŽs spectaculaires, les provos Žditrent aussi des revues. La Belgique connut diffŽrentes revues provos ŽditŽes principalement dans les villes de Flandre, comme Eidelijk de Gand, Bom de Alost, Anar dÕAnvers, ainsi que des revues ŽditŽes en collaboration avec la Hollande312. Il y eut aussi des Ç pŽriodiques È bruxellois qui sortirent soit en franais, soit en nŽerlandais. RŽvo est un pŽriodique bruxellois qui parut dans un premier temps en nŽerlandais, en mai 1966, puis en franais en novembre 1966. La publication a ŽtŽ composŽe de deux sŽries. Pour sa composition, deux Žquipes diffŽrentes de rŽdacteurs Žtaient mises en place, qui Žpaulaient un noyau rŽdactionnel commun313. Nous ne connaissons pas exactement le nombre de numŽros qui sortirent en franais. Nous avons nŽanmoins rŽussi ˆ mettre la main sur le premier numŽro de cette revue, qui date de novembre 1966, ainsi que sur un numŽro de la nouvelle sŽrie. Dans les deux exemplaires, les rŽdacteurs se rŽclamaient clairement de lÕanarchie, comme le montre lÕusage de slogans tels que Ç LÕennemi, cÕest lՃtat314 È ou Ç La police contre le provotariat = la hiŽrarchie contre lÕanarchie315 È. En 1967, le mouvement provo Ždita aussi de nombreux numŽros spŽciaux principalement composŽs de dessins satiriques, dont un exemplaire est spŽcialement consacrŽ ˆ la marche anti-atomique316 et un autre aborde lÕanti-militarisme. Ce dernier, rŽdigŽ en franais et en nŽerlandais, mentionnait comme Žditeur responsable le GŽnŽral JANSSENS, commandant en chef de la Force Publique au Congo belge. Il sÕagissait Žvidemment dÕune plaisanterie destinŽe ˆ tourner en dŽrision le systme militaire et, en mme temps, ˆ permettre aux auteurs de garder lÕanonymat le plus complet pour se protŽger au maximum de toutes les poursuites judiciaires que pouvaient entra”ner les dessins injurieux envers les autoritŽs et le Roi317. Que ce soit pour les numŽros spŽciaux ou pour les publications plus Ç officielles È, jamais le nom des auteurs nՎtait citŽ si ce nÕest, comme le fait remarquer Hem DAY, le commissaire de Bruxelles, le Roi, le PrŽsident JOHNSON, FRANCO, De GAULLE, Mgr SUENENS et le Bon Dieu318 ! La seule adresse mentionnŽe par la revue Žtait une bo”te postale au nom de RŽvo, de mme quÕun compte-chques, toujours ouvert au nom de RŽvo. Cette extrme discrŽtion nous met dans lÕimpossibilitŽ de savoir si, au sein de ce mouvement, se retrouvaient de vieux anarchistes ou de futurs anarchistes. Toutefois, il existait sans aucun doute des liens entre ce nouveau mouvement de contestation et les anarchistes de la vieille Žcole. Ainsi par exemple, la revue Provo, et plus encore dans la nouvelle sŽrie, contenait parfois des textes dŽcrivant les activitŽs de groupes anarchistes de lՎpoque. Ainsi, on trouve des communiquŽs de la FŽdŽration IbŽrique des Jeunesses Libertaires319, de la FŽdŽration des groupes Socialistes Libertaires320 et du groupe lÕAlliance321. LՎmergence du mouvement provo en Belgique suscita un intŽrt particulier dans les milieux anarchistes belges. Ainsi, en 1965, trois pages sur quatre du deuxime numŽro exceptionnel de LÕOrdre libre Žtaient consacrŽes aux provos dÕAmsterdam, qualifiŽs de Ç jeunes anarchistes-activistes322 È. De plus, plusieurs rencontres de discussion et de prŽsentation furent organisŽes entre les anarchistes et les provos. Le Cercle libertaire social et culturel de Lige organisa, en avril 1967, une confŽrence ayant pour titre Ç Provo et 311 Ibidem, p.38-39 312 Ibidem, p.50 313 Ibidem, p.54 314 RŽvo, nouvelle sŽrie, s.d., p. 1 315 RŽvo, n¡1, novembre 1966, p.22 316 Provo spŽcial, n¡1, avril 1967, 16 p. 317 RŽvo dans RenŽ BIANCO, RŽpertoire des pŽriodiques anarchistes de langue franaise dans un sicle de presse anarchiste dÕexpression franaise 1880-1983, Thse pour le doctorat dՃtat, Aix-Marseille, 1987, vol.3 318 Petit manuscrit de Hem DAY sur les provos in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 360, farde 5 319 RŽvo, n¡1, novembre 1966, p.33 320 Ibidem, p.14 321 RŽvo, nouvelle sŽrie, s.d., p.24 322 LÕOrdre libre, Bulletin pŽriodique du cercle la BoŽtie, Bruxelles, n¡ exceptionnel 2, novembre 1965, p.1 48. anarchisme323 È, ˆ lÕoccasion de laquelle une certaine LETAWE, Ç reprŽsentante È des provos bruxellois, prit la parole et dŽbattit avec Hem DAY324. Une autre confŽrence fut organisŽe en 1967, cette fois par Georges SIMON, dans un cafŽ de Quaregnon sur le thme de Ç la rŽvolte des Provos dÕAmsterdam et de Bruxelles È, qui rassembla une vingtaine de personnes325. Au cours de ces deux confŽrences, des points communs et des divergences apparurent entre ce nouveau mouvement et la pensŽe anarchiste. Ainsi, lorsque les provos rŽclamaient la suppression de lՃtat et de la propriŽtŽ privŽe, la dŽcentralisation, la collectivisation, la dŽmilitarisation et le dŽsarmement de la sociŽtŽ, ils Žtaient soutenus par les anarchistes326. Au contraire, ceux-ci dŽsapprouvaient lÕattitude ambigu‘ des provos ˆ propos de la participation ˆ lՃtat. En effet, certains membres du mouvement vont tre tentŽs par la participation aux Žlections. Ainsi, en Hollande, certaines figures de proue du mouvement provo se sont prŽsentŽes aux Žlections communales. En Belgique, un leader provo anversois participa ˆ des activitŽs politiques au sein dÕun groupe de jeunes communistes327. Ds lors, les anarchistes leur reprochrent ce comportement ambigu, consistant ˆ la fois en une critique de la sociŽtŽ et une volontŽ dÕen tirer profit, attitude qualifiŽe dÕÇ arrivisme politico-parlementaire328 È. Une distinction importante qui va tout de suite irriter une partie des anarchistes vient du fait que les provos nÕacceptaient pas lÕidŽe de la division de la sociŽtŽ en classes. On constatait mme parfois dans leurs propos un certain dŽnigrement du prolŽtariat329, attitude dont sÕindignaient les anarchistes. Si les provos admettaient que dans le passŽ la sociŽtŽ Žtait divisŽe en deux classes sociales, les capitalistes et les travailleurs, il fallait ˆ leur avis distinguer ˆ prŽsent Ç trois classes Žthiques, les autoritŽs, le klootjesvolk (le peuple de couillons) et le provotariat330 È. Selon eux, Ç La rŽvolution sociale des travailleurs touche ˆ sa fin. La rŽvolution Žthique des provos est commencŽe331 È. Les provos stigmatisaient lÕembourgeoisement des travailleurs, qui se comportent comme des esclaves et des moutons. Ce nՎtait donc certainement pas de leur c™tŽ quÕil fallait espŽrer voir surgir un mouvement rŽvolutionnaire. Pour eux, seul le provotariat amnera ˆ la rŽvolution. MalgrŽ ces divergences dÕopinions, les anarchistes de lÕancienne Žcole gardaient espoir dans ces mouvements qui, comme lՎcrivit Louis LOUVET, Ç sans tre anarchistes, [É] ont quelque chose dÕintŽressant pour nous332 È. Selon Roland BIARD, ils Žtaient dÕailleurs le signe avant-coureur des Žvnements de 1968 et Ç si lÕagitation provo ne fut quÕun feu de paille et rentra dans une phaseÉ plus classique (Žlections municipales), elle en marqua nŽanmoins profondŽment la gŽnŽration qui se formait ˆ cette Žpoque333 È. Certains lÕavaient compris et cÕest donc avec un enthousiasme certain que Hem DAY pouvait Žcrire : Ç Provos, RŽvos, bravo ! Demain sonnera le rendez-vous sur le chemin de lÕanarchie334 È. 323 Christian VASSART, AimŽe RACINE, Provos et provotariat, un an de recherche participante en milieu provo, Centre dՎtude de la dŽlinquance juvŽnile, Bruxelles , publication n¡21, 1968, p.65 324 Hem DAY, manuscrit ConfŽrence de Lige Provo-anarchisme in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 360, farde 7 325 Interview de Franois DESTRYKER 326 voir lÕarticle de Hem DAY, Provo Ð rŽvo Ð anarchie in dŽfense de lÕHomme, n¡215 septembre 1966, pp.19-10 327 Christian VASSART, AimŽe RACINE, Provos et provotariat, un an de recherche participante en milieu provo, Centre dՎtude de la dŽlinquance juvŽnile, Bruxelles , publication n¡21, 1968, p.67 328 Lettre de Patrick CASTELIJN, lecteur du Monde libertaire, ˆ HemDAY, s.d. in Mundaneum, fonds Hem DAYCORDIER, bo”te T1 C3 329 Christian VASSART, AimŽe RACINE, Provos et provotariat, un an de recherche participante en milieu provo, Centre dՎtude de la dŽlinquance juvŽnile, Bruxelles , publication n¡21, 1968, p.65 330 RŽvo, n¡1, Bruxelles, novembre 1966, p.23 331 Ibidem, p.23 332 Lettre de Louis LOUVET ˆ Hem DAY, Paris, 16 septembre 1966 in Mundaneum, fonds Hem DAY-CORDIER, bo”te T1C3 333 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p.53 334 Coupure de presse Hem DAY, Ç Provos-rŽvos, quÕest le provotariat ? È, s.t., s.d. in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 360, farde 4 49. ! XYZ Bien quÕil sÕagisse dÕune revue qui ne se dŽclare pas ouvertement anarchiste, son Žtude nous a paru intŽressante car cette publication a connu une Žvolution importante, qui comprend trois phases, au cours de laquelle la pensŽe anarchiste va prendre de plus en plus dÕimportance. Dans un premier temps, cÕest-ˆ-dire pour les trois premiers numŽros de la revue, qui parurent en 1967, XYZ se limitait ˆ tre le Ç Bulletin des Objecteurs de Conscience en service civil È. Elle avait pour fonction dÕinformer les objecteurs de conscience et leurs sympathisants sur leur statut et lÕavancement de celui-ci dans les autres pays335. La revue dŽveloppa aussi une rŽflexion sur le pacifisme, et plus prŽcisŽment sur la guerre du Vietnam336. Enfin, et ce fut surtout lˆ sa vocation premire, elle informait ses lecteurs des conditions de travail des objecteurs de conscience en service civil, notamment sur leur r™le au sein de la protection civile. CÕest ainsi que furent mis en Žvidence les diffŽrents problmes auxquels les objecteurs Žtaient confrontŽs dans cette institution de type militariste. La notion mme de service civil, cÕest-ˆ-dire dÕune contribution obligatoire ˆ lՃtat, commena ˆ tre remise en cause337. Suite ˆ ce genre de position, la revue va prendre un ton plus radical et plus revendicatif. Il sÕagissait de plus en plus de convaincre les jeunes de refuser le service militaire. LÕassociation diffusa un tract intitulŽ Ç Toi jeune È qui allait dans ce sens et qui fut publiŽ dans diffŽrentes revues pacifistes. Les rŽdacteurs de la revue Žtaient trs proches des mouvements pacifistes Ç traditionnels È et avaient le soutien des grands acteurs du pacifisme et de la non-violence de lՎpoque338. Le lien avec le M.I.R.-I.R.G. Žtait dÕautant plus grand que Jacques FORTON, alors responsable de la revue, rentra au Ç prŽsidium de lÕI.R.G. et du S.C.I. [Service Civil International]339 È. A partir de 1968, le journal entra dans sa deuxime phase et devint Ç le bulletin des objecteurs de conscience belges È, ce qui sous-entendait quÕil nՎtait plus seulement destinŽ aux objecteurs en service civil, mais Ç ˆ tous les objecteurs (et objectrices !), croyants ou agnostiques, nouveaux et anciens non-combattantsÉ340 È. Ds cet instant, de nouvelles personnes sÕimpliqurent dans la revue. Parmi elles, nous retrouverons occasionnellement la signature de Hem DAY341. Paralllement ˆ cette transformation fut crŽŽ le SecrŽtariat des Objecteurs de Conscience (S.O.C.), qui se chargeait dՎditer le bulletin. Le journal sortit ainsi si on peut dire de son anonymat puisquÕon conna”t dorŽnavant les noms des responsables de celui-ci. De mme, les articles furent la plupart du temps signŽs. A partir de 1968, le journal devint un bimensuel. Ses objectifs devinrent Žgalement plus ambitieux. Il sÕagissait dÕencadrer les objecteurs de conscience, de crŽer des liens entre eux et de leur fournir toutes les informations nŽcessaires pour contrecarrer lÕisolement et le sentiment dÕabandon auxquels les objecteurs de conscience ou ceux qui envisageaient de le devenir Žtaient bien souvent confrontŽs. Dans un mme temps, le nouveau secrŽtariat se proposait de promouvoir activement lÕobjection de conscience auprs des futurs jeunes appelŽs. Ils constataient en effet quÕun gros travail devait encore tre rŽalisŽ dans cette direction car, en dŽpit du fait que les manifestations pacifistes rencontraient un succs croissant, le nombre effectif dÕobjecteurs 335 Citons par exemple Ç Le conseil de lÕEurope appelle ˆ une reconnaissance des objecteurs de conscience È in XYZ, Bulletin des objecteurs de Conscience en service civil, n¡2, juin 1967, p.1 336 Citons par exemple Ç Discussion avec un ami vietnamien È in XYZ, Bulletin des objecteurs de Conscience en service civil, n¡2, juin 1967, pp.2-3 337 Citons par exemple Ç Les objecteurs au service de lÕarmŽe È in XYZ, Bulletin des objecteurs de Conscience en service civil, n¡3, octobre 1967, p.1 338 Si bien que les principaux bailleurs de fonds de la revue sont ˆ lՎpoque Jean VAN LIERDE, M. DE MEULEMEESTER, Žditeur de la revue Paix et Coexistence, Hein VANWIJK,, mais aussi le Centre libertaire, social et culturel de Lige (voir infra, p.70 ) 339 XYZ, Bulletin des Objecteurs de Conscience en service civil, n¡2, juin 1967, p.3 340 XYZ, Bulletin des Objecteurs de Conscience Belges, ŽditŽ par le S.O.C., n¡ 4, (1967), p.1 341 Ibidem, pp.4-5 50. restait trs minime342. Leur action va donc se tourner de plus en plus vers la propagande, ˆ travers notamment la mise sur pied dÕun service de librairie visant ˆ diffuser la littŽrature non-violente, lÕorganisation de rencontres dans les Žcoles mettant en prŽsence jeunes futurs appelŽs et anciens non-combattants, la tenue de permanences,É La revue Žtait alors entre les mains du couple TORTON, Jean lՎditeur responsable et Anne responsable du secrŽtariat, assistŽs par Jean-Franois LECOCQ. Bref, ˆ partir de cette Žpoque, la revue sÕaccompagnait dÕun groupe bien structurŽ et trs actif, et offrait une vitrine ˆ lÕobjection de conscience ˆ un public toujours grandissant. La majoritŽ des articles parus traitaient encore de lÕobjection de conscience, ce qui ne fut plus le cas par aprs. A la fin de lÕannŽe 1968, la revue avait fortement ŽvoluŽ, elle entrait dans sa troisime et dernire phase dՎvolution, marquŽe par une plus grande sensibilitŽ pour les idŽes libertaires ou en tout cas contestataires. Ses responsables nՎtaient plus les mmes. Ainsi, si on retrouvait toujours Jean-Franois LECOCQ ˆ la correspondance, la responsabilitŽ du bulletin avait changŽ et avait ŽtŽ confiŽe ˆ Michel CARPEAU. A ses c™tŽs travaillait Žgalement un nouveau groupe de rŽdacteurs trs prŽsents et trs actifs, et ce jusquՈ la fin de la parution de la revue. Avec ce changement de responsables, la revue prit une toute nouvelle tournure. A partir du neuvime numŽro de la sŽrie de 1969, XYZ devint le Ç Bulletin libre des Objecteurs de conscience È, ŽditŽ par le Groupe Libre des Objecteurs de Conscience (G.L.O.C.). La notion de libertŽ venait ainsi sÕajouter. La revue se voulant un lieu de dialogue et de rencontre, elle ouvrit ses colonnes ˆ qui le voulait, ce qui donna lieu ˆ des prises de position hŽtŽroclites, sur des sujets parfois assez ŽloignŽs de son objet initial. Cependant, pour garantir sa neutralitŽ politique, la revue se voulant exempte de doctrine et respectueuse des opinions de chacun, toutes les personnes qui sÕexprimaient dans ses pages le faisaient sous leur seule responsabilitŽ : Ç les objecteurs de conscience Žtant seuls ma”tres de leurs opinions, il nÕy a pas lieu de voir dans XYZ le reflet dÕune doctrine, les idŽes Žmises sont lÕexpression libre de la pensŽe des auteurs et nÕengagent quÕeux-mmes343 È. La revue se dŽsolidarisait ainsi de toutes les idŽologies vŽhiculŽes dans ses colonnes. On peut constater que les articles parus ˆ partir de cette Žpoque Žtaient de plus en plus tournŽs vers des problŽmatiques sociales. Des idŽes rŽvolutionnaires Žtaient souvent exprimŽes. Paralllement, dans ce contexte de libŽration de lÕesprit caractŽristique de la pŽriode post 1968, on retrouve de nombreux textes sur des pratiques culturelles novatrices comme le Linving Theatre. On remarque Žgalement un grand intŽrt pour la pensŽe anarchiste et lÕactualitŽ de ce mouvement. Ainsi, la revue dŽnona les arrestations Ç arbitraires È des anarchistes italiens suite aux attentats de Milan dÕavril 1969344. Cet intŽrt se marqua Žgalement par la publication du DŽcalogue du consommateur, Žcrit par Jacques FOLLON, o celui-ci Žnonait, sur le mode ironique, les lois que devait respecter le consommateur modle cher ˆ la sociŽtŽ capitaliste, parmi lesquelles figurait le fait dՎviter ˆ tout prix de c™toyer les anarchistes. Le groupe se dŽfinissait comme rŽvolutionnaire et sÕopposait donc aussi aux partis communistes et aux syndicalismes345. Il ne voulait pas tre associŽ ˆ une quelconque idŽologie et considŽrait pour cette raison que leur bulletin Žtait le seul qui puisse revendiquer de parler au nom de tous les objecteurs en service civil en Belgique francophone, contrairement ˆ des publications ˆ objet similaire mais plus Ç politisŽes È comme la revue RŽvolution, le pŽriodique du Groupement politique des Objecteurs de Conscience. Suite ˆ cette Žvolution de la ligne Žditoriale de la revue, certains lecteurs se plaignirent du fait que celle-ci Žtait devenue, selon leurs propres termes, un bulletin Ç contestataire sans foi ni loi 346 È. Ces mŽcontents Žtaient dÕavis que le journal aurait dž changer de nom pour 342 En 1968 il y avait trente-trois objecteurs de conscience pour toute la Belgique in Carine JANSEN, LÕobjection de Conscience en Belgique 1919-1964, mŽmoire de licence, ULB, 1982-1983, p.205 343 Ç Avertissement È in XYZ, Bulletin des objecteurs de conscience, n¡8, juin 1969, p.1 344 voir infra p.87 et pp.110-111 345 G.L.O.C., Ç LÕobjection È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.6 346 Ç Courrier È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡ 14, Mai 1970, p.8 51. sÕappeler dŽsormais Ç pŽriodique de la contestation en tous genres347 È. Il est indŽniable que le ton de la revue Žtait devenu de plus en plus contestataire. De lÕobjection ˆ lÕarmŽe, on Žtait passŽ ˆ un refus gŽnŽralisŽ de tout ce qui participait de lÕinjustice de la sociŽtŽ, ˆ savoir pour eux Ç [É] la censure, [É] la publicitŽ, [É] la rŽpression sexuelle, [É] la pollution de la nature ou [É] lÕexploitation Žconomique348 È. Ce nouveau type de contestation atteignit son apogŽe avec les treizime et quatorzime numŽros dÕXYZ, o le groupe sÕattaqua Ç aux critres moraux que le citoyen [trouvait] dans lÕenseignement de son Žglise ou dans son code bourgeois de savoir-vivre et qui lui [faisaient] admettre le bien-fondŽ de lÕordre Žtabli349 È. Dans ces articles, un accent particulier Žtait mis sur la dŽfense des homosexuels, ce qui donna lieu ˆ de vives rŽactions de la part de certains lecteurs, qui estimaient quÕen profŽrant des propos aussi Ç choquants È et en sՎloignant ainsi de ses buts initiaux350, la revue ne servait plus la cause de lÕobjection351. A cause de ce changement de vision, le groupe se brouilla Žgalement avec Jean VAN LIERDE, qui comptait pourtant au dŽpart parmi les principaux soutiens de la revue. Dans un premier temps, celui-ci sՎtait en effet rŽjoui de la crŽation dÕXYZ, dans laquelle il voyait la relve des anciens pacifistes, ˆ tel point quÕil leur permit de sÕinstaller ˆ la Maison de la Paix. Quand lÕorientation de la revue changea, celui-ci considŽra que le pŽriodique ne rŽpondait plus directement ˆ lÕobjet des associations prŽsentes dans la maison352 et leur demanda donc de bien vouloir la quitter. Le groupe de personnes qui dirigeaient XYZ entra alors en conflit ouvert avec les autres pacifistes, et plus particulirement avec Jean VAN LIERDE, quÕils considŽraient comme trop omniprŽsent dans le mouvement puisquÕil combinait la fonction dÕadministrateur de la Maison avec des responsabilitŽs au sein de nombreux autres groupes (prŽsident du M.I.R., secrŽtaire de lÕI.R.G., secrŽtaire du CRISP,É).353 Leur vision du service civil Žtait Žgalement diffŽrente. Les responsables du Groupe Libre des Objecteurs de Conscience (G.L.O.C.) sÕopposaient au groupe Service Civil de la Jeunesse (S.C.J.), crŽŽ par Jean VAN LIERDE354. Pour eux, le service civil Žtait un service rendu ˆ lՃtat, ˆ la sociŽtŽ, ce quÕils refusaient, leur but final Žtant la fin de lÕoppression355. Toute tractation lŽgale, comme le faisait Jean VAN LIERDE, Žtait ˆ leur avis Ç une abdication de leur combat pour la libertŽ et la paix356 È. Les nouveaux responsables dÕXYZ dŽfendaient donc les mmes idŽes que les anarchistes des anciennes gŽnŽrations, mais sans la tolŽrance et le respect du travail des autres. De plus, les nouveaux auteurs, dans leur vision rŽvolutionnaire, contestaient mme le principe de non-violence. Leur opposition ˆ lÕarmŽe Žtait une opposition ˆ lՃtat, car lÕarmŽe nÕavait dÕautre but que la dŽfense de la sociŽtŽ357. Mais pour eux, tous les moyens Žtaient bons pour arriver ˆ leurs fins. La non-violence pouvait sÕavŽrer un des moyens pour atteindre leur but mais pas nŽcessairement le plus appropriŽ. Face ˆ la violence de lՃtat, il ne fallait, selon 347 Ç Courrier de TOUSSAINT-ROMNƒE au G.L.O.C. È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.18 348 G.L.O.C., Ç LÕobjection È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.6 349Guy DECHESNE, Ç Le pacifisme ne passera pas È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.22 350 Ç Courrier de Jeanne HUBAUX È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡17, dŽcembre 1970, s.p. 351 Ç Courrier de TOUSSAINT-ROMNƒE au G.L.O.C. È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.18 352 I.R.G., le MIR, Ad Lucem, mais aussi la librairie le livre africain, et le CRISP. 353 G.L.O.C., Ç Le super-bazar de la paixÈ, in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, pp.4-5 354 G.L.O.C., Ç LÕobjection È, in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.6 355 Guy DECHESNE, Ç Le pacifisme ne passera pas È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.23 356 Nelly URBAIN (MIR-I.R.G.), Ç Servir la paix, quÕest ce que cÕest ? È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.20 357 Guy DECHESNE, Ç Le pacifisme ne passera pas È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.23 52. eux, pas se gner pour employer la violence. Pour eux, Ç Etre non-violent, cÕest faire le jeu du pouvoir358 È. Au fil du temps, on a vu une Žvolution flagrante de lÕidŽologie de la revue. En effet, la constitution du G.L.O.C. et surtout les Žcrits de Guy DESCHENE et de Jacques FOLLON ont durci le mouvement au point de lÕisoler des groupes pacifistes traditionnels, chose que les libertaires de lÕancienne gŽnŽration avaient intelligemment rŽussi ˆ Žviter. ! Socialisme et LibertŽ En 1966, le cercle Socialisme et LibertŽ fut crŽŽ ˆ Bruxelles par de jeunes anarchistes en partie issus de lÕU.L.B. Ce groupe qui comptait trois ˆ quatre personnes tout au plus Žtait ˆ la base une petite bande de copains emmenŽs par Franois DESTRYKER, trs vite rejoints par Claude LEMAIRE359. Ils se prŽsentaient comme un groupe dÕaction syndicale rŽvolutionnaire et non-violent qui sÕopposait Ç ˆ la phrasŽologie pseudo-scientifique des marxistes autoritaires, des bureaucrates syndiquŽs, [et] des rŽformistes de tout genre360 È. Ce groupe anarcho-communiste rŽvolutionnaire361 prŽconisait Ç un socialisme libertaire, qui vis[ait] ˆ lՎmancipation totale de lÕindividu et sa libŽration par lՎgalitŽ Žconomique et sociale, [É] lÕautogestion de lՎconomie par les travailleurs, [É] la socialisation des moyens de production, [et] le fŽdŽralisme Žconomique, social et culturel362 È. LÕadresse du groupe fut dans un premier temps situŽe ˆ Bruxelles, au domicile de Franois DESTRYKER. Trs vite, le groupe dŽcida de prendre contact avec des anciens anarchistes du mouvement et de relancer le travail au niveau national. Le nouveau groupe bŽnŽficia de lÕaide toujours bienveillante de Hem DAY, qui leur fournit des livres pour leur permettre de lancer leur bibliothque. A la suite de ce premier contact, dÕautres allaient suivre. Ainsi, des relations assez Žtroites se nourent avec NATALIS363, qui prit une part trs active dans la vie de lÕassociation et constitua un groupe Socialisme et LibertŽ ˆ Lige. Le 17 mars 1967, fut crŽŽ le Ç Cercle libertaire, social et culturel È, lieu de rencontre de ce groupe, dont le local Žtait situŽ ˆ son domicile364. Le cercle de Lige va dÕailleurs devenir de plus en plus actif. Il organisa des confŽrences, dont celle dŽjˆ ŽvoquŽe sur le thme Ç provo et anarchisme365 È. 358 Guy DECHESNE, Ç Le pacifisme ne passera pas È in XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡15, juin 1970, p.22 359 Claude LEMAIRE ( nŽ le 12 juillet 1941). Il entama une licence et un doctorat en mathŽmatiques ˆ lÕU.L.B. A la fin de lÕannŽe 1966, il entra en contact avec les milieux anarchistes et surtout avec Franois DESTRYKER, suite ˆ la propagande de Socialisme et LibertŽ sur le campus de lÕU.L.B. En 1968, pendant les ŽvŽnements de mai, il Žtait au service militaire. Bien quÕanarchiste ˆ tendance individualiste, il fut trs influencŽ par les dirigeants de lÕI.C.O. En 1970, il quitta la Belgique et partit enseigner au Canada o, sans renier compltement ses idŽes, il nÕeut plus aucun contact avec le mouvement libertaire (interview de Claude Lemaire) 360 Ç Socialisme et libertŽ È in Anarchisme et non-violence, n¡5, juillet 1966, p.13 361 Ibidem, p.13 362 Socialisme et libertŽ, Ç Contre lÕautoritŽ, Perspectives Libertaires È in RŽvo n¡1, novembre 1966, pp.14-15 363Hubert NATALIS (1926-1992). Il utilisait aussi les pseudonymes de Califix, Caluade et Saintal. Pendant la deuxime guerre mondiale, ˆ 15 ans, il tenta de rejoindre lÕAngleterre pour sÕengager dans lÕarmŽe des AlliŽes. Aprs diffŽrentes pŽripŽties, il finit par entrer dans la brigade Piron dont il fut le plus jeune engagŽ. De retour en Belgique, il se lana dans le commerce de machines dÕimprimerie et commena sa formation libertaire en autodidacte. En 1961, alors trs proche de Franois PERRIN, il participa ˆ la crŽation du mouvement populaire wallon. Il en fut le secrŽtaire pour la rŽgion de Lige). Les idŽes de NATALIS se radicalisrent, il quitta alors ce mouvements et participa ˆ la nouvelle fŽdŽration libertaire de Belgique. Pendant les Žvnements de contestation Žtudiante ˆ Lige en 1969, il fit la connaissance de No‘l GODIN. A la fin de la fŽdŽration, dŽu, il ne sÕimpliqua plus du tout dans le mouvement belge et ne garda des contacts quÕavec la FŽdŽration Anarchistes Franaise, et plus particulirement avec Maurice LAISANT, dont il Žtait trs proche (Interview de Michel NATALIS) 364 Lettre du Groupe Socialisme Libertaire ˆ Alfred LEPAPE, le 7 avril 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 365 Ibidem 53. Gr‰ce au carnet dÕadresses dÕHem DAY, les anarchistes de la nouvelle fŽdŽration prirent contact avec les Ç vieux camarades È du Hainaut comme Georges SIMON et Alfred LEPAPE366. De cette rencontre naquit une premire FŽdŽration des groupes socialistes libertaires367. Ce nՎtait pas rŽellement une organisation ; il serait plus exact de parler dÕassociation. Celle-ci se caractŽrisait par un absence de structures et nÕorganisa dÕailleurs aucune action concrte. Il sÕagissait plut™t dÕun organe de coordination informel. Au sein de celui-ci, des Žchanges de fichiers dÕadresses avaient lieu entre militants368. La premire grande rencontre du groupe eut lieu ˆ Ixelles, non loin de lÕuniversitŽ, le 23 avril 1967, jour de la marche anti-atomique369. CÕest dorŽnavant cette adresse qui servira de point de ralliement au groupe de Bruxelles370. Cette premire rŽunion devait permettre de jeter les bases dÕune nouvelle alliance nationale. Une commission de coordination libertaire de Belgique, dirigŽe par Claude LEMAIRE, vit ensuite le jour371. A lÕissue de cette rŽunion, les militants partirent ˆ la manifestation antinuclŽaire, pour y former un cortge anarchiste, tous unis derrire un drapeau noir. Ils profitrent de cette manifestation pour vendre des journaux anarchistes, principalement Le Monde libertaire, journal de la FŽdŽration anarchiste franaise372. Alfred LEPAPE dŽcida lui aussi de sÕimpliquer dans cette nouvelle organisation et crŽa un groupe, Paix et LibertŽ, qui sÕinscrivait dans ce rŽseau. Afin dÕaccro”tre la force du mouvement libertaire belge, NATALIS poussa les individus venant dÕun maximum de rŽgions diffŽrentes ˆ former des groupes locaux devant servir de point de contact aux nouveaux lecteurs avides de sÕintŽgrer au mouvement anarchiste373. Il fut question alors de crŽer un groupe ˆ Anvers et ˆ Angleur374. NATALIS, qui travaillait dans le milieu de lÕimprimerie (il Žtait vendeur de machines dÕimpression), proposa alors aux diffŽrents groupes de se lancer dans la publication dÕun journal commun. Le premier numŽro du Libertaire fut ŽditŽ en juin 1967 ˆ Lige et fut tirŽ ˆ plus de trois mille exemplaires. Une bonne partie des ventes Žtaient rŽalisŽes sous la forme dÕabonnements. La revue Žtait Žgalement vendue dans la rue, lors de manifestations, dans les cafŽs, les maisons du peuple ou sur les places de marchŽ. Des points de vente fixes furent aussi crŽŽs. Bien Žvidemment, on pouvait se procurer Le Libertaire dans les lieux de rencontre de chaque groupe, mais aussi dans certaines librairies. Le journal sÕimplanta assez bien dans les milieux anarchistes, comme en tŽmoignent les nombreuses revues reues par le cercle et mises ˆ la disposition de tous au local de Lige. Parmi ces publications, qui Žtaient ŽnumŽrŽes dans Le Libertaire, on trouvait des revues anarchistes belges mais aussi des journaux Žmanant de groupes pacifistes comme XYZ, le bulletin de lÕI.R.G., ainsi que des revues Žtrangres venant de France375, dÕItalie376, dÕautres Žcrites en espagnol377, en nŽerlandais378, en anglais379 et mme en japonais380 ! Le Libertaire publiait Žgalement 366 Ibidem 367 Socialisme et LibertŽ, Ç Contre lÕautoritŽ, Perspectives Libertaires È in RŽvo, n¡1, novembre 1966, p.15 368 Lettre de Claude LEMAIRE, pour la Commission de coordination libertaire, au groupe Ç Paix et LibertŽ È, le 10 mai 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 369 Lettre du Cercle libertaire, social et culturel ˆ Alfred LEPAPE, le 18 avril 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 370 voir par exemple, le journal Le Libertaire, organe anarchiste mensuel, n¡3, octobre-novembre 1967, p.4 371 Lettre de Claude LEMAIRE, pour la Commission de coordination libertaire, au groupe Ç Paix et LibertŽ È, le 10 mai 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 372 Lettre du Cercle libertaire, social et culturel ˆ Alfred LEPAPE, le 18 avril 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 373 Lettre du Groupe Socialisme Libertaire ˆ Alfred LEPAPE, le 16 mai 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 374 Ç Groupes Libertaires È in Le Libertaire, organe anarchiste mensuel, n¡3, octobre-novembre 1967, p.4 375 Citons les plus importantes : Le Libertaire, Le Monde libertaire, organe de la FŽdŽration anarchiste, Anarchisme et non-violence, LibertŽ (de Louis Lecoin), LÕanarchie (lÕorgane de lÕA.O.A.), le Bulletin du C.I.R.A. 376 LÕAgitazione del sud Palermo, Quaderni degli amici di eugenio Relgis,É 377 Riera y libertad (Mexico), Ruta (VŽnŽzuela), 378 De Vrije (Rotterdam), Recht voor allen (brochure de la FŽdŽration socialistes libres de Hollande, Amsterdam) 54. rŽgulirement dans ses pages des annonces pour tous les groupes anarchistes de Belgique (Liaisons de Lige, de Bruxelles, lÕAllianceÉ). Ce vaste rŽseau de relations dŽmontre bien la grande solidaritŽ qui existait entre tous les groupes. Cela nous donne Žgalement une idŽe de lÕampleur et de lÕimportance que prenait le mouvement libertaire dans le monde. Celui-ci Žtait en voie de rŽorganisation au niveau international. Ainsi, on pouvait voir dans le journal des annonces pour des rencontres internationales anarchistes, comme lÕEuropŽenne des jeunes anarchistes aux Pays-Bas381 ou le Congrs international des fŽdŽrations anarchistes de Carrare382. Il Žtait dÕailleurs initialement prŽvu quÕune dŽlŽgation belge de la FŽdŽration Socialisme et LibertŽ assiste ˆ cette dernire rencontre, mais cela ne sÕest finalement pas concrŽtisŽ383. A la base, Le Libertaire devait para”tre mensuellement mais, en dŽpit du grand succs quÕil rencontrait, le cožt des publications fut tel quÕil ne parut que trs irrŽgulirement384. Sur une pŽriode de prs de deux ans, seulement huit numŽros furent publiŽs. LՎditeur responsable fut dans un premier temps A. SPOO, domiciliŽ ˆ Angleur, puis, ˆ partir du quatrime numŽro, F. ZACHARY. Le bureau de rŽdaction resta toujours domiciliŽ au mme endroit ˆ Lige, ˆ lÕadresse de lÕadministrateur Hubert NATALIS, qui fut aussi le rŽdacteur le plus assidu du journal. Ce journal affichait trs clairement son appartenance ˆ lÕidŽologie anarchiste. Son titre Žtait dŽjˆ en lui-mme Žvidemment trs explicite. On relvera cependant un changement de sous-titre, qui dŽnote une Žvolution de la stratŽgie Žditoriale de la revue. Dans un premier temps (juin 1968385), le journal se prŽsentait comme un organe anarchiste puis, pour le sixime numŽro, comme un organe de contestation386, modification qui avait sans doute pour but de convertir les contestataires issus des universitŽs. Cependant, les deux derniers numŽros de 1969 rŽaffirmrent leur rŽfŽrence directe ˆ lÕanarchie, en se proclamant journal anarchiste387. LÕappartenance ˆ ce mouvement se marque encore par le fait que, dans le premier numŽro, fut insŽrŽ le tract Ç Ce que veulent les anarchistes È diffusŽ par lÕA.C.L. dans les annŽes cinquante. Les thmes abordŽs dans le journal tŽmoignent Žgalement de cette influence. Le leitmotiv du Libertaire Žtait la lutte contre lÕautoritarisme de droite comme de gauche. Ainsi, ses auteurs dŽnonaient la politique amŽricaine388 mais aussi celle mise en place par les bolcheviques et par tous les staliniens389. Le thme du refus de voter revint aussi frŽquemment (un numŽro quasiment consacrŽ exclusivement ˆ ce sujet parut en mars 1968390), tout comme celui de lÕanti-militarisme391 et du pacifisme392. A c™tŽ de ces articles de 379 Solidarity for workerÕs power (Kent), Black Mask (New York), Freedom (journal anarchiste de Grande-Bretagne) 380 Libera Feracio, organe de Anarkista Federacio Japana, Tokyo, Japon 381 Ç Rencontre europŽenne des jeunes anarchistes È in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (je ne voterai pas), mars 1968, p.2 382 Ç La commission prŽparatoire È in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (je ne voterai pas), mars 1968, p.4 383 Ç "La commission de coordination libertaire" de Belgique È in Bulletin de la commission prŽparatoire, Paris, n¡3, juin 1967, p.12 (Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1) 384 Lettre du journal Le Libertaire ˆ Alfred LEPAPE, le 4 juillet 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 385 Le Libertaire, organe anarchiste, n¡1, juin 1967 386 Le Libertaire, organe de contestation, n¡ 6, juin 1968 387 Le Libertaire, journal anarchiste, n¡7, fŽvrier 1969 388 CALUADE, Ç N comme NEGROES È in Le Libertaire, organe anarchiste ; n¡3, octobre-novembre 1967, p.1 ou Franois DESTRYKER, Ç Pax AmŽricana È in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (consacrŽ ˆ la marche pour leVietnam), mars 1968, p.2 389 Voir par exemple les articles de CALIFIX, Ç 50 ans aprs la rŽvolution russe È in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡3, octobre-novembre 1967 ou M-C GILLES, Ç Heureux anniversaire È in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (consacrŽ ˆ la marche pour le Vietnam), mars 1968 p.3 390 Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (je ne voterai pas), mars 1968 391 Voir les articles in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (consacrŽ ˆ la marche pour le Vietnam), mars 1968 ou bien encore SAINTAL, Ç SHAPE-NEWS, mŽfaits divers È in Le Libertaire, organe anarchiste n¡3, octobrenovembre 1967, p.1 et p.3 392 s.n. Ç No more war È, in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡3, octobre-novembre 1967, p.1 ou les articles du journal Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (consacrŽ ˆ la marche pour le Vietnam), mars 1968 55. fonds, on trouvait une rubrique intitulŽe Ç les classiques de lÕanarchisme È sur la dernire page de tous les numŽros, dans laquelle Žtaient prŽsentŽs certains aspects de la pensŽe anarchiste et des grands noms de cette mouvance, dans la but dÕÏuvrer ˆ la Ç vulgarisation È de cette pensŽe. On peut lŽgitimement se demander pourquoi ce journal (et ce groupe), qui apparemment fonctionnait bien et Žtait bien implantŽ, stoppa sa parution aprs deux ans dÕexistence. Il est possible que le journal, comme toutes les autres revues ŽtudiŽes, ait connu des difficultŽs financires393. Mais la cause de la cessation semble une fois encore surtout rŽsider dans les brouilles qui naquirent entre anarchistes. Ainsi, des tensions apparurent ˆ propos de la possibilitŽ pour tous de sÕexprimer dans les pages du Libertaire. En effet, bien que le journal se disait ouvert aux diffŽrentes tendances et affirmait avoir la volontŽ de concilier toutes les susceptibilitŽs personnelles394, dans les faits, un certain dogmatisme rŽgnait. Un comitŽ de lecture Žtait chargŽ de dŽcider si un article pouvait para”tre ou pas. Au sein de celui-ci, les articles Žmanant des anciens anarchistes ne furent pas trs bien acceptŽs. Aussi, certains articles de vieux militants furent ŽcartŽs, notamment ceux dÕAlfred LEPAPE sur le thme de la guerre du Vietnam, qui avaient le tort de ne pas partager lÕopinion des membres du comitŽ de lecture ˆ ce sujet. Ds le dŽbut du conflit, le journal se positionna clairement en faveur du peuple vietnamien contre lÕimpŽrialisme amŽricain. Cela ne plut pas aux anarchistes non-violents et pacifistes intŽgraux qui mettaient en Žvidence le fait quÕen voulant sÕattaquer ˆ un rŽgime prŽcis, les anarchistes finissaient par prendre la dŽfense dÕun autre rŽgime tout aussi dangereux et violent, en lÕoccurrence les dirigeants communistes autoritaires. On retrouve ici le mme dŽbat que celui rencontrŽ au sein de lÕI.R.G. lors de la guerre dÕAlgŽrie. Au mme moment, le journal se f‰cha aussi avec les anciens anarchistes Žtrangers de la S.I.A. et de la C.N.T., plus particulirement avec Pietro MONTARESSI395. Par contre, le comitŽ de lecture laissait rŽgulirement sÕexprimer dans ses colonnes le groupe de la F.I.J.L.396. Alfred LEPAPE dŽnona cette attitude et cette bienveillance envers un groupe qui Ç entret[enait] des contacts trs Žtroits avec les communistes tendance PŽkin397 È et dŽveloppait des propositions marxisantes. Selon lui, les positions que dŽfendait le journal Žtaient incompatibles avec lÕanarchisme398. Il sÕinterdit donc toute activitŽ au sein du groupe et exigea de ne plus figurer parmi ses contacts. Le comitŽ de lecture repoussera aussi la proposition de Georges SIMON de rŽserver une page du journal ˆ lÕanarcho-syndicalisme. A cette Žpoque, le comitŽ semblait tre sous lÕemprise de la nouvelle gŽnŽration anarcho-communiste et de NATALIS, qui Žtait plut™t de tendance individualiste. Ceux-ci nÕavaient que peu dÕaffinitŽs pour lÕanarcho-syndicalisme et nÕentendaient pas que cette tendance puisse sÕexprimer dans les pages de Ç leur È journal. Aprs sՐtre f‰chŽ avec les vieux anarchistes et suite au dŽsintŽrt progressif des anarcho-communistes de la nouvelle gŽnŽration, NATALIS lÕindividualiste nÕeut sans doute plus la possibilitŽ dՎcouler ses journaux ni mme de les publier. Il se retrouva bien esseulŽ pour gŽrer sa publication, les jeunes gŽnŽrations prŽfŽrant se lancer dans dÕautres voies, en 393 Lettre du Libertaire ˆ Alfred LEPAPE, Lige, le 4 juillet 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 394 Lettre du Groupe du Socialisme Libertaire ˆ Alfred LEPAPE, Lige, le 10 aožt 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 395 Pietro MONTARESSI, (nŽ en 1905). ImmigrŽ italien, mŽcanicien automobile, il se rŽfugia dÕabord ˆ Marseille en 1925, puis fut expulsŽ de France. A son arrivŽe ˆ Bruxelles en 1930, il fut pris en main par la communautŽ anarchiste italienne de Belgique et rentre en contact avec Hem DAY, CAMPION, ERNESTAN. En 1936, il partit pour lÕEspagne se battre dans le bataillon italien de la colonne ASCASO sur le front dÕAragon. Il fut dŽmobilisŽ en 1938 et rentra ˆ Bruxelles. En mai 1940, alors quÕil vouait partir pour Marseille rejoindre sa famille, il fut arrtŽ par les autoritŽs franaises et internŽ au camp du Vernet pendant 17 mois avant dՐtre livrŽ aux autoritŽs italiennes qui le condamnrent ˆ quatre ans de relŽgation. Il fut libŽrŽ par les AmŽricains en 1943 et sÕengagea alors comme mŽcanicien dans lÕarmŽe de libŽration. (Stefan VAN DEN ZEGEL, YÕen a pas un sur cent, parcours de militants libertaires autour de la guerre dÕEspagne, mŽmoire de licence, U.L.B., 1985, pp.57-60) 396 F.I.J.L. Bruxelles, Ç La F.I.JL. et le mouvement de solidaritŽ rŽvolutionnaire È in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (consacrŽ ˆ la marche pour le Vietnam), mars 1968, p.2 397 Lettre de Alfred LEPAPE au Libertaire, Dour, le 8 aožt 1967 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 398 Ibidem 56. particulier le communisme libertaire. Ce nouvel intŽrt avait pour origine les contacts quÕavait Žtablis Socialisme et LibertŽ avec des groupes Žtrangers pour recevoir leurs publications. Parmi celles-ci, Le Noir et Rouge ainsi que Informations et Correspondances Ouvrires (I.C.O.) interpellrent plus particulirement les jeunes. Noir et Rouge Žtait ˆ la base le journal du Groupe Anarchiste dÕAction RŽvolutionnaire (G.A.A.R.), une organisation communiste libertaire crŽŽe lors de la scission de la FŽdŽration Anarchiste franaise des annŽes 1950399. En 1960, celle-ci se scinda encore en une branche politique et une branche intellectuelle, qui conserva le journal. Les personnes qui en faisaient partie remettaient en cause les positions anarchistes traditionnelles, notamment sur les thmes de la franc-maonnerie et de lÕindividualisme, et manifestaient un grand enthousiasme pour lÕautogestion. A la fin des annŽes 1960, des anarchistes de Nanterre entrrent dans ce groupe qui participera activement aux journŽes de mai. A la fin de lÕannŽe 1968, Noir et Rouge collabora ˆ lÕI.C.O. Le groupe Informations et Correspondances Ouvrires (I.C.O.) avait ŽtŽ crŽŽ en France en 1960 dans le but de rŽunir les travailleurs en rupture avec les organisations ouvrires classiques, partis ou syndicats, et de leur permettre de sÕinformer mutuellement de leurs conditions de travail et de lutte, plus particulirement lorsque celle-ci visait la destruction des appareils Žconomiques et politiques. LÕI.C.O. tendait ˆ la prise en main collective des entreprises et ˆ leur gestion directe400. Cette idŽologie fortement axŽe sur le principe de lutte des classes intŽressa beaucoup les jeunes anarchistes, principalement ceux de Bruxelles. Leur petite bibliothque interne commena ˆ grossir et le groupe organisa ses propres rŽunions de discussion ˆ propos de leurs lectures. Celles-ci les amenrent ˆ sÕorienter de plus en plus vers le communisme libertaire et leur donnrent envie de collaborer avec lÕI.C.O. CÕest dÕailleurs au dŽpart de ce groupe que va sÕorganiser la confŽrence internationale de lÕI.C.O ˆ Bruxelles en juillet 1969. Plus de cent cinquante personnes, issues de nombreuses tendances, assistrent ˆ cette rŽunion, mais trs peu de Belges401. Les dŽbats devaient porter sur la signification des ŽvŽnements de 1968. Les positions dŽfendues par les groupes tels que Noir et Rouge ou les EnragŽs de Nanterre, proches des situationnistes et du groupe du 22 mars de COHN-BENDIT, vont aboutir cette annŽe-lˆ ˆ leur exclusion du groupe. A partir de cette Žpoque, lÕI.C.O. sÕorienta de plus en plus vers le conseillisme402. Dans ce contexte, Socialisme et LibertŽ va dispara”tre au profit dÕun nouveau groupe appelŽ Liaisons403. 399 Voir infra p.98 400 Roland BIARD, Dictionnaire de l’extrme-gauche de 1945 ˆ nos jours, Paris, Belfond, 1978, pp.183-184 401 Interview de Franois DESTRYKER 402 Roland BIARD, Dictionnaire de l’extrme-gauche de 1945 ˆ nos jours, Paris, Belfond, 1978, pp.183- 184 403 Voir infra pp.82-85 57. ! Les mouvements Žtudiants de 1968 et leurs manifestations dans les universitŽs belges LÕannŽe 1968 rŽvle un peu partout dans le monde une crise importante de la sociŽtŽ. Dans de nombreux pays, des mouvements de contestations vont voir le jour. En Belgique comme en France, ce mouvement dŽmarra dans les universitŽs. Le drapeau noir de lÕanarchie y sera hissŽ. Il nous a semblŽ important de consacrer un chapitre ˆ ces mouvements de contestation qui au premier abord semblaient sÕinspirer directement des idŽaux libertaires. Toutefois, comme nous le verrons dans ce chapitre, si les mouvements Žtudiants de 1968 se voulaient contestataires, leurs revendications nÕentraient pas dans le cadre des idŽes anarchistes. Nous nous pencherons sur deux exemples bien diffŽrents de contestation, ˆ Lige404 et ˆ Bruxelles405, en essayant de distinguer la contribution des anarchistes, quand celle-ci existait. Le mouvement de contestation a ŽtŽ initiŽ au dŽpart dans la capitale, au sein des milieux Žtudiants et plus prŽcisŽment ˆ lÕU.L.B. On notera avec intŽrt quÕen 1968, il nÕy avait plus vraiment dÕanarchistes actifs sur les campus, du moins il nÕy avait plus de groupes officiellement constituŽs qui sÕen rŽclamaient. Si ˆ cette Žpoque, comme nous lÕavons vu, le mouvement anarchiste belge venait encore une fois dÕessayer de se reconstruire, de sÕunifier, des groupes sՎtant formŽs, principalement ˆ Lige et ˆ Bruxelles, ceux-ci nՎtaient pas trs actifs dans les milieux Žtudiants. LÕactivitŽ politique Žtait pourtant intense sur les campus durant cette pŽriode. Ainsi, on retrouvait au sein de la mouvance Žtudiante de gauche de nombreuses tendances, qui sÕexprimaient dans diffŽrents cercles politiques : il y avait deux cercles socialistes dont lÕun Žtait proche du parti et lÕautre plus indŽpendant, quatre cercles communistes, dont lÕun Žvoluait dans le giron du parti tandis que les trois autres Žtaient nŽs des scissions et exclusions au sein de celui-ci. Il faut encore mentionner lÕexistence de nombreux groupuscules, dont deux de tendance trotskiste et un se rŽclamant du situationnisme. On comptait aussi des organisations qui se rŽclamaient du syndicalisme. LÕun Žtait de tendance Ç pro-chinoise È, lÕautre faisait partie de la F.G.T.B. Parmi ces groupes, aucun ne faisait rŽfŽrence ˆ lÕanarchisme. A c™tŽ de ces groupes clairement positionnŽs politiquement, certains observateurs ont pu constater une politisation croissante des Žtudiants, indŽpendamment de leur adhŽsion ou non ˆ un cercle ou groupe politique. Ainsi par exemple, lÕAssociation GŽnŽrale des Etudiants, (A.G.) et le Cercle du libre-examen manifestaient un engouement certain pour les dŽbats politiques406. Le mme phŽnomne Žtait constatŽ ˆ lige. Lˆ non plus cependant aucun mouvement anarchiste nՎtait ˆ signaler. Alors quÕen France, le mouvement de contestation issu de Nanterre et du mouvement du 22 mars sՎtendait aux autres universitŽs, lÕU.L.B. commena, le 13 mai 1968, sa Ç rŽvolution È. Trs vite, le mouvement de contestation se dota dÕune assemblŽe libre. Certains chercheurs et professeurs approuvrent les Žtudiants. Le pouvoir du conseil dÕadministration Žtait remis en cause, lÕuniversitŽ, sa fonction et son fonctionnement aussi. Certains voulaient Žtendre le dŽbat au fonctionnement de la sociŽtŽ dans son ensemble. LÕuniversitŽ et son assemblŽe libre sÕouvrirent alors ˆ lÕextŽrieur. CÕest alors que les anarchistes entrrent en scne, mais dÕune faon assez discrte toutefois. Cette participation des anarchistes au mouvement se fit par le biais du groupe Socialisme et LibertŽ de Bruxelles portŽ, comme nous lÕavons vu, par Franois DESTRYKER et ses amis, qui Žtaient pour la 404 Richard PAULISSEN, La contestation ˆ lÕuniversitŽ de Lige: 1967-1971, mŽmoire de licence, UniversitŽ de Lige, 1992, 110p. 405 Serge GOVAERT, C’Žtait au temps o Bruxelles contestait, Bruxelles, Politique et Histoire, 1990 406 Ç Le mouvement de contestation ˆ l’UniversitŽ Libre de Bruxelles È in Courrier Hebdomadaire du CRISP, Bruxelles, n¡419-420, 1968, pp.12-13 58. plupart sortis de lÕU.L.B. et qui logeaient encore dans le quartier universitaire. Ceux-ci se mlrent aux assemblŽes libres et participrent aux dŽbats. Ils entretenaient des contacts privilŽgiŽs avec certains membres du groupe dÕextrme gauche les Ç EnragŽs È, qui Žtaient sous lÕinfluence du situationnisme. Avec eux, ils entendaient Žtendre la contestation ˆ lÕensemble de la sociŽtŽ. Les assemblŽes libres Žtaient avant tout des lieux de discussion et de rŽflexion, peu de mesures concrtes en sortirent. La voix des anarchistes fut noyŽe dans le flot des utopies dŽversŽes par lÕensemble des Žtudiants contestataires et par les autres groupes de gauche. A Lige, la contestation prit une autre tournure. A partir de mai 1968, un premier groupe dՎtudiants contestataires se forma ˆ lÕU.L.G. Dans un premier temps, il Ždita un journal dont le titre parodiait le cŽlbre quotidien de Lige, La Meuse, en le transformant en La Gueuse. Il sÕagissait dÕun journal franchement libertaire, avec notamment des articles de contestation sur lÕappareil judiciaire belge. A la fin de lÕannŽe acadŽmique de 1968, ces mmes Žtudiants se rassemblrent dans un groupe nommŽ Ç Boule de neige È407. Durant toute la pŽriode de trouble universitaire, cÕest-ˆ-dire de 1968 ˆ la fin de lÕannŽe 1969, ces personnes furent ˆ la tte de toutes les manifestations anti-autoritŽ ˆ lÕU.L.G. A lՎpoque, chaque facultŽ possŽdait ses propres organisations reprŽsentatives Žtudiantes, qui elles-mmes Žtaient regroupŽes au sein de lÕUnion GŽnŽrale des Žtudiants. CÕest au sein de ces associations que le mouvement contestataire prit forme. Les jeunes protestataires qui Žtaient responsables de La Gueuse sÕimmiscrent dans ces instances. Ainsi, Thierry GRISAR devint prŽsident de lÕUnion GŽnŽrale des Etudiants (U.G.E.) et Ludovic WIRIX, prŽsident du Mouvement Universitaire Belge dÕExpression Franaise (M.U.B.E.F.). On peut donc remarquer que, mme sÕil nÕy avait pas de mouvement libertaire ou anarchiste officiellement proclamŽ ˆ lÕUniversitŽ de Lige, des individualitŽs de tendance libertaire sՎtaient intŽgrŽs dans les structures reprŽsentatives universitaires dans le but, selon les dires de Thierry GRISAR, dÕÇ affronter le pouvoir dans les meilleurs conditions408 È. Leur r™le de dŽlŽguŽs leur permettait de se trouver en premire ligne dans les dŽbats et prises de dŽcision mais aussi de se tenir au courant de tout ce qui se passait sur le campus. Ces personnes ne sÕaffichaient pas ouvertement comme libertaires ou anarchistes mais leur idŽologie Žtait connue de tous. Cela ne plaisait Žvidemment pas aux autoritŽs acadŽmiques et mme ˆ certains Žtudiants dŽsireux de voir leurs dŽlŽguŽs sÕoccuper simplement des t‰ches qui leur reviennent habituellement (Ždition de syllabus, vente de pennes,É). En effet, ce comitŽ Žtudiant dŽlaissa compltement les anciennes activitŽs pour Ç taquiner le pouvoir È. Hormis les personnes dŽjˆ citŽes, on peut relever parmi les acteurs les plus actifs Guy QUADEN409, alors assistant en science Žconomique ˆ lÕU.L.G. et dŽjˆ grand orateur, ainsi que No‘l GODIN, le futur Ç entarteur È, qui se rŽclamait quant ˆ lui du situationniste410. Ce petit groupe Ždita une revue hebdomadaire, qui portait le nom de LÕOeil Žcoute. De dŽcembre 1968 ˆ mars 1969, dix-sept numŽros sortirent sous la responsabilitŽ du prŽsident de lÕU.G.E., qui en Žtait aussi un des principaux rŽdacteurs411. Cette revue Žtait subsidiŽe par lÕuniversitŽ en tant quÕorgane de presse des Žtudiants et Žtait tirŽe ˆ quatre mille exemplaires gr‰ce aux outils de reproduction mis ˆ disposition par lÕuniversitŽ, chiffre assez important puisque cela signifiait quÕil Žtait prŽvu un peu moins dÕun numŽro pour deux Žtudiants. Cette revue Žmanant des reprŽsentants Žtudiants de lÕUniversitŽ de Lige, elle ne devait pas a priori manifester de tendance politique prŽcise, et encore moins anarchiste. Toutefois, nous nous y intŽressons en raison des dŽrives libertaires et de lÕopposition ˆ toute forme dÕautoritŽ qui ne vont pas tarder ˆ appara”tre dans ses pages. La revue Žtait illustrŽe de dessins rŽalisŽs par 407 Interview de Thierry GRISAR 408 Ibidem 409 Guy QUADEN, (nŽ en 1945). Futur directeur de la Banque nationale et professeur ˆ lÕUniversitŽ de Lige. 410 Leur principal activitŽ va tre lÕorganisation de manifestations, de sŽminaires et de dŽbats, lՎdition de tracts et dÕaffichesÉ 411 La revue nÕest conservŽe dans aucun centre dÕarchives. Aussi, nous nÕavons pu la consulter que chez des particuliers ayant collaborŽ ˆ sa rŽdaction 59. Pierre DEMEYST, qui signait sous le pseudonyme de CHUCK412. Trs vite, cette revue tout ce quÕil y de plus officielle va devenir un journal satirique prenant pour cible les autoritŽs en place et principalement le recteur de lÕU.L.G., Monsieur DUBUISSON, qui Žtait considŽrŽ par les Žtudiants comme le stŽrŽotype des anciennes traditions honnies par tous les contestataires de 1968. Face ˆ cette autoritŽ, la politique du groupe fut toujours de Ç demander lÕimpossible È, cÕest-ˆ-dire de poser des exigences dont ils savaient pertinemment quÕelles ne pouvaient aboutir, leur but Žtant de crŽer un dŽbat sur la notion mme dÕautoritŽ, sur les valeurs de lÕuniversitŽ et, dans une vision plus large, sur lÕensemble de la sociŽtŽ. Sur un ton humoristique, ils poussrent ainsi constamment les autoritŽs acadŽmiques dans leurs propres contradictions. Ils exigeaient ainsi notamment des choses quÕils ne dŽsiraient pas rŽellement, comme par exemple la prŽsence de reprŽsentants Žtudiants au sein du conseil dÕadministration, dans lÕunique but dÕennuyer les autoritŽs. Aprs cette pŽriode de trouble universitaire, on retrouvera certains de ces acteurs dans une nouvelle revue intitulŽe Le Saisi. Celle-ci Žtait dirigŽe par Ludovic WIRIX. On retrouvait aussi le dessinateur CHUCK. Aucun article nՎtait signŽ. Il nÕy eut que deux numŽros de cette revue qui parut en 1970 et qui fut distribuŽe dans les casernes belges dÕAllemagne et de Belgique. Son contenu Žtait toujours trs provocateur, mais cette fois la satire des auteurs sÕexerait ˆ lÕencontre de lÕarmŽe et du service militaire. CÕest dÕailleurs pour Žviter des problmes avec la justice que la revue cessa de para”tre. Comme nous venons de le voir, la contestation prit une forme tout ˆ fait diffŽrente ˆ Bruxelles et ˆ Lige. La participation des anarchistes au mouvement fut Žgalement dÕun autre type dans les deux universitŽs. A Lige, lÕaction Žmanait dÕun petit groupe qui, dans la lignŽe des Žvnements de France et de Bruxelles, voulait se mesurer ˆ lÕautoritŽ. Ils organisrent la contestation presque tout seuls, de faon assez efficace, mais sans possŽder de vŽritables revendications. Ce mouvement prit vite la tte des organisations Žtudiantes dŽlaissŽes par les Žtudiants politisŽs qui consacraient toute leur Žnergie ˆ des associations politiques. Une fois au Ç pouvoir È, ce groupe en profita pour faire valoir ses idŽes libertaires. Cependant, ils nՎtaient nullement intŽressŽes par le fait de construire un travail sŽrieux et suivi, si bien que lorsquÕon proposa ˆ ces Žtudiants de siŽger comme reprŽsentants dans les hautes instances de lÕuniversitŽ, vŽritables organes de dŽcision, ils sÕarrangrent pour ne pas devoir accepter. A Bruxelles en revanche, il y eut une rŽelle volontŽ de se faire entendre et de participer aux rŽformes (que les anarchistes envisageaient quant ˆ eux comme une vŽritable rŽvolution) mais, comme nous lÕavons vu, le point de vue anarchiste ne rŽussit pas ˆ sÕimposer, noyŽ dans la masse des idŽes dÕextrme gauche. En fin de compte, ds quÕon fžt parvenu ˆ des avancŽes dŽmocratiques suffisantes, mais bien dŽcevantes pour les anarchistes, le mouvement s’essouffla et finit par dispara”tre. En dŽpit de ces diffŽrences, il faut souligner un point commun aux deux mouvements contestataires : lÕimportance des idŽes situationnistes. Ainsi, les critiques libertaires, puisquÕelles nՎmanaient pas de groupes anarchistes officiels, ceux-ci Žtant absents des campus, semblent souvent provenir de ce courant de pensŽe, ˆ la fois si proche et si diffŽrent de lÕanarchisme. Les situationnistes Žtaient ˆ la base regroupŽs dans une internationale trs fermŽe. Issus des milieux artistiques, ils commencrent par contester les formes artistiques de leur Žpoque, puis radicalisrent leur critique pour lՎtendre ˆ lÕensemble de la sociŽtŽ. Leurs contestations visaient la hiŽrarchie de spŽcialistes qui dirigent le monde. De nombreux contestataires ou groupes de contestation voulurent adhŽrer ˆ lÕInternationale Situationniste (I.S.), ou en tout cas sÕen rŽclamrent. Le lien entre la pensŽe situationniste et anarchiste fut tellement Žtroit, notamment en France, que trois groupes affiliŽs ˆ la FŽdŽration Anarchiste la quittrent pour devenir des groupes situationnistes413. Le situationnisme se voulait une critique de la critique. Cette critique va notamment porter sur les autres mouvements de 412 Interview de Thierry GRISAR 413 Roland BIARD, Dictionnaire de l’extrme-gauche de 1945 ˆ nos jours, Paris, Belfond, 1978, pp.188-192 60. gauche, chose que les anarchistes apprŽciaient, sauf lorsque les situationnistes se mirent ˆ sÕattaquer directement ˆ eux. Il faudra attendre 1970 pour que de vŽritables Ç organisations È anarchistes apparaissent sur le campus. Dans un premier temps, la vente de revues anarchistes sÕorganisa ˆ lÕU.L.B., puis le cercle Bte et MŽchant fut crŽŽ par Jean-Marie NEYTS414 et un petit groupe de ses amis. Il ne faut pas oublier que les lycŽens avaient aussi ŽtŽ touchŽs par les ŽvŽnements de 1968, mme si ce nÕest pas avec la mme ampleur que dans les universitŽs415. Il est donc trs probable que ceux-ci aient aussi eu envie de faire leur Ç rŽvolution È une fois arrivŽs ˆ lÕuniversitŽ. Ils rejoignirent donc les anarchistes, en sÕintŽgrant notamment aux groupes Liaisons. ! Liaisons Comme nous lÕavons dŽjˆ signalŽ, le groupe Liaisons est issu en grande partie de lÕancien groupe Socialisme et LibertŽ et de sympathisants de Lige qui Žtaient entrŽs en contact avec lÕI.C.O. ˆ la fin des annŽes 1960. Un responsable de lÕI.C.O. sÕest mme dŽplacŽ ˆ Bruxelles pour assister ˆ la premire rŽunion du groupe. Les camarades de Lige crŽrent aussi leur groupe. A partir de dŽcembre 1969, les groupes vont commencer ˆ publier un pŽriodique auquel ils donnrent simplement le titre de Liaisons. LՎditeur responsable Žtait Joseph DE SMET jusquÕen 1972, puis Philippe DOGUET, qui faisait partie du groupe de Lige. La gestion du journal Žtait confiŽe ˆ Jacques LEROI, qui occupait le poste dÕadministrateur, et ˆ Marie- Claire GILLES416, qui sÕoccupait de la correspondance (Philippe DOGUET sÕen occupa par la suite). Il y eut vingt-sept numŽros de la revue jusquÕen 1975, qui Žtaient en gŽnŽral tirŽs ˆ cinq cents exemplaires417. A c™tŽ de la revue, le groupe Žditait parfois en Ç supplŽments È418 des numŽros non-numŽrotŽs, bulletins intŽrieurs419 et ce quÕon appelait Les Cahiers de Liaisons420. Ces diffŽrents types de publications avaient chacun une fonction diffŽrente, mme si cette distinction nՎtait pas toujours trs claire. Il appara”t en tout cas Žvident que le bulletin intŽrieur sÕadressait plut™t aux militants. Nous ne savons pas ˆ quel prix le pŽriodique Žtait vendu, le montant ne figurant pas sur le journal. Nous savons seulement que lÕabonnement cožtait cinquante francs, puis quÕil passa ˆ cent francs. La pŽriodicitŽ nՎtait pas trs rŽgulire, ce qui est encore une fois dž ˆ des problmes financiers, mais aussi ˆ un manque dÕarticles421. Le groupe sÕintŽressait principalement au syndicalisme et au mouvement ouvrier. Il se dŽfendait dÕailleurs de faire rŽdiger sa revue par un comitŽ de rŽdaction composŽ de Ç pontifes rŽvolutionnaires422 È. Ses membres se voulaient en effet proches de la base et ouvraient donc 414 Jean-Marie NEYTS (nŽ en 1950). Il entama ses Žtudes de journalisme ˆ lÕULB en 1969. Il Žtait trs influencŽ par le journal satirique Charlie hebdo et Hara Kiri auquel il consacra dÕailleurs son mŽmoire de licence. En 1971, il fonda le cercle Bte et MŽchant. Le but de celui-ci Žtait de tout critiquer en sÕamusant. 415 Serge GOVAERT, C’Žtait au temps o Bruxelles contestait, Bruxelles, Politique et Histoire, 1990, pp.105-117 416 Marie-Claire GILLES (nŽ en 1943). Issue dÕune famille catholique, elle fit des Žtudes de traduction dans une succursale bruxelloise de lÕU.C.L. En 1963, elle Žpousa Claude LEMAIRE avec lequel elle eut deux enfants. Ensemble, ils sÕinvestirent dans le mouvement libertaire ˆ la fin de lÕannŽe 1966. En 1970, elle partit avec son mari au Canada (interview de Claude LEMAIRE) 417 Ç Comment se porte Liaisons È in Bulletin IntŽrieur de Liaisons, Bruxelles, n¡1, janvier 1971, s.p. 418 Par exemple, Les Cahiers de Liaisons, Bruxelles, n¡1, juin 1971, s.p. sorti en mme temps que Liaisons, Bruxelles, n¡12, s.d. (juin 1971), s.p. 419Ce bulletin intŽrieur parut sous le titre de Bulletin IntŽrieur de Liaisons. Nous connaissons le n¡1 de janvier 1971 et un autre non-numŽro du 5 novembre 1971 420 Il existe des Liaisons non numŽrotŽes par exemple Liaisons, s.n. et s.d. (juin 1971), 28p. 421 Ç Voilˆ, cÕest reparti È in Liaisons, Bruxelles, n¡14, (s.d), p.1 422 Ç Qui Žcrit Liaisons È in Liaisons, Bruxelles, n¡2, s.d. (janvier 1970), p.17 61. leurs colonnes ˆ tous les Ç groupes, comitŽs dÕaction, de grve,[É] issus de la base, et qui veulent, sans tre noyautŽs par une secte, exprimer leur point de vue, diffuser leurs informations et leurs communiquŽs423 È. Ainsi, les textes qui paraissent dans Liaisons avaient principalement un caractre informatif : renseignements sur le dŽroulement des grves, sur la situation dans les usines et dans les mines, bref, informations pouvant Ç tre utile[s] dans la lutte quotidienne424 È. des travailleurs. Liaisons constituait avant tout un lieu de contact entre les individus ou les groupes, au sein duquel ceux-ci pouvaient rapprocher leurs expŽriences et donc gagner en efficacitŽ425. Soulignons que lÕambition de Liaisons nՎtait pas de devenir un lieu dÕactivisme ou dÕintellectualisme. Leur projet initial Žtait de centrer leur publication sur lÕinformation ouvrire, en mettant lÕaccent sur lÕautonomie des luttes qui se dŽroulaient sur les lieux de production. Ainsi, le groupe (et sa revue) prenait pour base de discussion un texte dont le titre nՎtait autre que la cŽlbre phrase de Marx Ç LՎmancipation des travailleurs sera lÕÏuvre des travailleurs eux-mmes È426. Selon eux en effet, la rŽvolution ne pouvait venir que dÕun mouvement rŽvolutionnaire prolŽtarien. Les autres catŽgories socio-Žconomiques et leurs mouvements de rŽvolte nÕauraient dans ce cadre quÕun r™le dÕappoint minime, proportionnel ˆ leur niveau dÕexploitation par le capitalisme. Le groupe portait de grands espoirs dans la notion dÕautogestion et les conseils ouvriers, Žmanation directe du pouvoir ouvrier. Les organisations traditionnelles de la classe ouvrire, cÕest-ˆ-dire les partis et syndicats, faisaient au contraire lÕobjet dÕun certain mŽpris : les membres de Liaisons y voyaient des ŽlŽments de stabilisation et de conservation du rŽgime dÕexploitation. Ainsi affirmaient-ils : Ces Ç soidisant partis et avant-gardes rŽvolutionnaires, qui se prŽtendent seuls dŽtenteurs de la conscience de classe et de la voie vers la rŽvolution, [..] reproduisent la distinction traditionnelle entre dirigeants et dirigŽs, [et] ne peuvent aboutir au maximum quՈ une nouvelle situation de domination et dÕexploitation ne modifiant en rien les rapports de production427 È. Sur ce thme, Liaisons publia de nombreux Ç articles de combat, des analyses de situations et des Žtudes thŽoriques428 È dŽnonant les mŽfaits de lՎconomie capitaliste429 et des bureaucraties syndicales430. Face ˆ cette inefficacitŽ des moyens de lutte traditionnels, les conseils ouvriers prŽsenteraient ˆ leur avis lÕavantage dՐtre sous le contr™le immŽdiat et permanent de lÕensemble des travailleurs. A la lecture de ces principes directeurs, on comprend que lÕidŽal du groupe semble laisser une place ˆ lÕanarcho-syndicalisme. Liaisons publia dÕailleurs en 1970 un texte en espagnol sur les bases du syndicalisme rŽvolutionnaire de la C.N.T.431 È. Le groupe Liaisons, dont on a expliquŽ les liens avec lÕI.C.O. et la part active que ses membres ont prise dans la rŽunion de dŽlŽguŽs de groupes europŽens en 1969432, va vouloir lui aussi, ds fŽvrier 1970433, lancer un nouveau bulletin ˆ ambition internationaliste. Cela aboutira ˆ la crŽation de la revue Liaisons Internationales. Son but Žtait dՎtablir des liens entre les diffŽrents groupes qui se rŽfŽraient aux luttes ouvrires ˆ travers le monde. Dans ce cadre, le groupe essayait de mettre ˆ la disposition de chacun les publications des autres pays. Ainsi, le journal publiait les sommaires de diffŽrentes revues proches de leur idŽologie, 423 Ibidem, p.17 424 Ibidem, p.17 425 Ibidem, p.17 426 Ç Base de discutions, lՎmancipation des travailleurs sera lÕÏuvre des travailleurs eux-mmes È in Liaisons, Bruxelles, n¡2, s.d. (janvier 1970), p.18 427 Ibidem, p.18 428 Ibidem, p.18 429 Ç Economie capitalistes et mouvement sociaux È in Liaisons, Lige, n¡7, s.d., pp.4-7 430 Citons par exemple : Ç Nos amis les bureaucrates syndicaux È in Liaisons, Bruxelles, n¡4, (juin 1970), pp.13-15 ou Ç Les syndicats È in Liaisons, SpŽcial grve sauvage, Bruxelles, n¡5, (juillet-aožt 1970), p.2, ou encore le numŽro spŽcial sur les grves de 1960-1961, (Liaisons, Les grves 60-61 en Belgique, Bruxelles, n¡8, janvier 1971, 20p.) 431 Ç A propos du syndicalisme rŽvolutionnaire È in Liaisons, Bruxelles, n¡4, juin 1970, pp.10-13 432 Interview de Franois DESTRYKER 433 Liaisons internationales, Bruxelles, n¡1, fŽvrier 1970, 4p. 62. notamment des revues franaises comme Anarchisme et non-violence, Archinoir ou Le monde libertaire. Bient™t, de nouveaux sympathisants arrivrent au sein du groupe, ce qui ne fut pas sans poser un certain nombre de problmes. En effet, si dans un premier temps la principale question que se posait le groupe Žtait lÕutilitŽ de sa revue d’information, des dŽbats plus fondamentaux ne tardrent pas ˆ appara”tre suite ˆ lÕarrivŽe de ces nouvelles personnes. On discuta notamment beaucoup du r™le que devaient jouer les minoritŽs rŽvolutionnaires. Un double courant se faisait jour au sein du groupe. Une partie des membres, qui venaient principalement de la capitale et qui se revendiquaient du communisme de conseil, insistait sur la nŽcessitŽ d’une intervention organisŽe. D’autres, principalement ˆ Lige, dŽfendaient une conception conseilliste refusant toute intervention pratique au sein de la classe ouvrire. Pour ces derniers, Liaisons ne constituait quÕune simple Ç bo”te aux lettres È au moyen de laquelle les informations sur les luttes ouvrires Žtaient transmises. Ils refusaient tout dirigisme, la conscience des ouvriers devant progresser spontanŽment. Cette conception Žvacuait tout engagement militant. Ce dŽbat aboutit ˆ la constitution au sein de Liaisons dÕun groupe de tendance communiste libertaire : le Groupe du 18 fŽvrier434, que nous Žtudierons par la suite. Celui-ci sera tolŽrŽ, on peut mme retrouver des informations sur la revue ŽditŽe par ce groupe dans les pages de Liaisons435. Cependant, comme nous le verrons, le groupe du 18 fŽvrier va assez vite se dŽsagrŽger, ce qui amena la tendance communiste libertaire ˆ se rŽinvestir au sein de Liaisons. Cette dissolution, en fŽvrier 1971, fut saluŽe par le groupe Liaisons de Bruxelles : ils se fŽlicitrent de sՐtre enfin dŽbarrassŽs de camarades aux positions Ç petit bourgeois È et Ç spontanŽistes È qui, selon eux, avaient bloquŽ lÕaction du groupe en assimilant son travail au Ç folklore anar, provo ou autres hippiesÉ436 È. Le malaise restera cependant latent et, ˆ lÕapproche des Žlections, un groupe Communiste Libertaire437 (G.C.L.), plus politique, sera crŽŽ, faisant sŽcession avec Liaisons. ! Le groupe du 18 fŽvrier Comme nous lÕavons expliquŽ plus haut, le groupe du 18 fŽvrier est une dissidence de Liaisons, ou plut™t un sous-groupe, crŽŽ suite ˆ un dŽsaccord idŽologique. Ses membres voulaient prŽciser la thŽorie anarchiste tout en continuant ˆ participer au travail d’information de Liaisons. Le groupe gardait nŽanmoins un intŽrt certain pour les prŽoccupations sociales de Liaisons. Il dŽclarait en effet vouloir Ç participer aux luttes du prolŽtariat, en cherchant ˆ sauvegarder lÕunitŽ dÕaction par des moyens (conseils ouvriers, comitŽs de quartier, dՎtudiants, etcÉ) que les travailleurs auront crŽŽs eux-mmes et dont ils assumeront en permanence le contr™le438 È. Le groupe se rŽunissait dans une maison de la rue des Renards ˆ Bruxelles chez Philippe DOGUET. Hormis cet h™te et lՎditeur responsable du groupe, nous ne connaissons pas lÕidentitŽ des personnes qui y ont pris part, les articles parus dans les publications du groupe nՎtant jamais signŽs. Toutefois, nous savons que Franois DESTRYKER a pris part ˆ ces activitŽs puisquÕil a mme ŽtŽ le responsable de son compte-chques439 È. Mis ˆ part ces personnes, le groupe se dit composŽ de travailleurs et dՎtudiants se rŽfŽrant ˆ une pensŽe anarchiste mais non dogmatique. Ceux-ci ne croyaient pas en la crŽation dÕun groupe rŽvolutionnaire et se mŽfiait des sclŽroses bureaucratiques et du dŽviationnisme autoritaire 434 voir infra pp.85-89 435 On trouve dans le numŽro 6 de Liaisons une publicitŽ pour une brochure anti-Žlection ŽditŽe par Les Cahiers du 18 fŽvrier (Ç A lire È in Liaisons, Bruxelles, n¡6, s.d. (1970), p.24) 436 Bulletin IntŽrieur de Liaisons, Bruxelles, n¡1, janvier 1971, s.p. 437 voir infra p.98 438 Ç 18 fŽvrier : premiers aperusÉ È in Rebelle, Bruxelles, n¡1, s.d (mars 1970), p2 439 Les Cahiers du 18 fŽvrier, Bruxelles, (n¡1 consacrŽ ˆ la rŽpression en Belgique), s.d.(1970), s.p. 63. des pratiques staliniennes qui, selon eux, ne peuvent que mener le mouvement ouvrier rŽvolutionnaire dans lÕimpasse de lՎlectoralisme440. Les essais de thŽorisation entrepris par le groupe eurent pour tribune des publications ŽphŽmres comme Rebelle et Les Cahiers du 18 fŽvrier441. Le but de celles-ci Žtait de constituer une tribune libre des Žtudes politiques, sociales ou Žconomiques et, en final, de dŽmystifier lÕanarchie de sorte que celle-ci ne rime plus avec Ç utopie ou bombe442 È. Comme dans Liaisons, les pages Žtaient ouvertes ˆ tous et chacun Žtait responsable de ses Žcrits. Les deux publications furent ŽditŽes sous la responsabilitŽ de Joseph DE SMET, ce qui montre que les anciennes gŽnŽrations de militants anarchistes restaient attentives aux activitŽs des plus jeunes. Il y eut trois numŽros de Rebelle qui parurent entre 1970 et 1971. Le premier numŽro sÕinterrogeait sur la violence et la rŽpression policire et militaire dans le monde, principalement dans les pays autoritaires comme la Grce, mais aussi en Belgique. Ce numŽro traitait aussi de la violence de certains anarchistes, de la situation sociale de lÕItalie et de la guerre du Vietnam. Le groupe ne se cantonnait cependant pas ˆ lՎdition de sa revue, il Žditait aussi des tracts. Ainsi, concernant le Vietnam, qui Žtait un sujet bržlant ˆ lՎpoque, le groupe va distribuer un tract dŽfinissant sa position face au F.N.L. lors de la marche anti-OTAN du 15 octobre 1969443. Le deuxime numŽro de Rebelle traitait intŽgralement de lÕobjection de conscience et de lÕanti-militarisme. Il prŽsentait les nouveaux statuts, les positions des anarchistes ˆ ce sujet et Žlaborait une stratŽgie globale concernant lÕanti-militarisme rŽvolutionnaire444. Si on en croit Franois DESTRYKER, la composition de ce numŽro de Rebelle sÕest dŽroulŽe dans une certaine tension entre les membres du groupe, des dissensions Žtant apparues ˆ propos des positions ˆ prendre, ce qui a provoquŽ une sorte de scission au sein du groupe du 18 fŽvrier. Un nouveau groupe fut donc crŽŽ pour lÕoccasion, Objection Libertaire et Contre Violence (O.L.C.V.), qui assuma la responsabilitŽ de la rŽdaction de ce numŽro445. Notons que cette Ç dissidence È Žtait toujours emmenŽe par Franois DESTRYKER et se retrouvait ˆ lÕavenue Geyskens, chez Janine DE MIOMANDRE, avant de dŽmŽnager ˆ la Maison de la Paix, rue Van Elewyck446. Son but Žtait de rassembler les objecteurs et les futurs objecteurs de conscience anarchistes447, mais aussi de conscientiser les jeunes travailleurs et Žtudiants aux problmes engendrŽs par lÕobligation du service militaire, quÕils interprŽtaient comme un Ç encasernement au service de la bourgeoisie È, et de les amener ˆ poser un acte antimilitariste et anti-impŽrialiste en devenant objecteurs de conscience et en travaillant en liaison directe avec le mouvement ouvrier rŽvolutionnaire448. Toutes ces tensions nÕont pas ŽtŽ positives pour le groupe, qui va Žprouver des difficultŽs ˆ boucler le troisime numŽro de Rebelle. Celui-ci ne comptait dÕailleurs plus que quatre pages. Bien que la revue connaisse un changement de titre, puisquÕelle est dorŽnavant intitulŽe les Cahiers du 18 fŽvrier, il est important de constater que le mot dÕordre de celle-ci resta inchangŽ. Le texte de base du groupe Žtait Žgalement identique ˆ celui adoptŽ ˆ ses dŽbuts. 440 Ç Les Cahiers du 18 fŽvrier È in Les Cahiers du 18 fŽvrier, Bruxelles, (n¡1consacrŽ ˆ la rŽpression en Belgique), s.d. (1970), s.p. 441 RenŽ BIANCO a ŽtŽ mal informŽ sur ces groupes puisquÕil inverse chronologiquement la sortie de Rebelle et des Cahiers du 18 fŽvrier. En effet, il Žtait difficile de conna”tre lÕordre de sortie des diffŽrentes revues puisque aucune dÕelles nՎtait datŽe. Toutefois, ici encore les souvenirs de Franois DESTRYKER nous mirent sur la bonne voie. Cette chronologie nous a de plus ŽtŽ dŽmontrŽe par les thmes abordŽs dans les diffŽrents articles. 442 Ç Rebelle : premiers aperusÉ È in Rebelle, Bruxelles, n¡1, s.d (mars 1970), p3. 443 Ç Vietnam È in Rebelle, n¡1, s.d (mars 1970), p.11 444 Ç Essai dՎlaboration dÕune stratŽgie globale pour lÕanti-militarisme rŽvolutionnaire È in Rebelle, n¡2 (consacrŽ ˆ lÕanarchisme et lÕobjection de conscience), (juillet 1970), s.p. 445 Ibidem 446 Ç LÕobjection de conscience È in Les cahiers du 18 fŽvrier, (n¡1, consacrŽ ˆ la rŽpression en Belgique), s.d. (1970), s.p. 447 Cahiers dՎtudes Ç anarchisme et non-violence È, Bruxelles, (juillet 1970), p.2 448 Ibidem, p.4 64. Le premier numŽro des Cahiers du 18 fŽvrier Žtait quasiment entirement consacrŽ ˆ lÕaffaire DELLA SAVIA. Yvo DELLA SAVIA Žtait un anarchiste italien, anti-fasciste et objecteur de conscience. DŽserteur, il se rŽfugia en Belgique en 1969. Il logea pendant tout un temps ˆ la rue de Washington, dans une communautŽ Žtudiante. En 1970, des attentats ˆ la bombe Žclatrent en Italie et Yvo DELLA SAVIA fut souponnŽ par les autoritŽs italiennes dÕavoir fourni les explosifs. Dans le mme temps, lÕItalien fit une demande pour bŽnŽficier du statut de rŽfugiŽ politique en temps quÕobjecteur de conscience. La police belge lÕarrta et le condamna pour sŽjour illŽgal en Belgique ˆ trois mois de prison. LÕItalie introduit une demande dÕextradition. Un comitŽ dÕaide DELLA SAVIA fut alors mis sur pied. Il lana des appels dans la presse pour tenter dÕalerter lÕopinion publique sur leur cause. DiffŽrents organismes rŽpondirent prŽsents et sÕassocirent ˆ la lutte : les Jeunesses Ouvrires ChrŽtiennes, le Mouvement ChrŽtien pour la Paix, le Front Socialiste UnifiŽ, le Centre dÕAction Directe Non-violente, LÕaction DŽmocrate, lÕI.R.G., Amnesty InternationalÉ Le numŽro spŽcial des Cahiers du 18 fŽvrier a dÕailleurs ŽtŽ rŽdigŽ en collaboration avec le ComitŽ dÕaide DELLA SAVIA et avec lÕI.R.G. Des fonds furent rŽcoltŽs pour soutenir lÕobjecteur. CÕest Franois DESTRYKER qui gŽrait les finances. Une pŽtition a mme ŽtŽ lancŽe449. Toute lÕorganisation du soutien ˆ cet anarchiste Žmanait de la Maison de la Paix ˆ Ixelles. CÕest ˆ partir de cette collaboration que le O.L.C.V. se Ç domicilia È ˆ la Maison de la Paix. Les sources de ce numŽro spŽcialement consacrŽ ˆ la rŽpression en Belgique ont dÕailleurs ŽtŽ consultŽes ˆ la bibliothque de lÕAlliance (Maison de la Paix)450. Le deuxime numŽro de la revue Žtait quant ˆ lui consacrŽ au thme des Žlections. Dans les articles, les auteurs dŽnonaient Ç les activitŽs parlementaires451 È et le Ç mythe des partis de gauche452 È. Comme Liaisons, ce groupe croyait que la rŽvolution Žtait possible et y aspirait. Il voulait apporter une contribution ˆ cet avnement. En lÕoccurrence, il sÕagissait pour le groupe de favoriser la liaison et de multiplier les contacts entre les travailleurs. La diffŽrence fondamentale entre les deux groupes, mis ˆ part que le groupe du 18 fŽvrier se dŽclarait ouvertement anarchiste, rŽsidait dans le fait que les membres de lÕO.L.C.V. considŽraient que le r™le de chaque acteur Žtait important dans lÕentreprise rŽvolutionnaire : Ç LÕefficacitŽ du mouvement rŽvolutionnaire dŽpend de lÕeffort de chacun dÕentre nous453 È. Le groupe Žtait convaincu dÕavoir un r™le ˆ jouer dans la rŽvolution en tant quÕavant-garde rŽvolutionnaire. Elle sÕopposait en cela au spontanŽiste de Liaisons de Lige. Finalement, les tensions au sein du groupe du 18 fŽvrier vont devenir trop fortes entre les communistes libertaires et les anarchistes individualistes. Le groupe cessa ses activitŽs. Certains, comme nous lÕavons vu, rŽintŽgrrent Liaisons tandis que les communistes libertaires, aprs une expŽrience communautaire, rŽalisrent un numŽro unique dÕun journal qui avait pour titre Graffiti, et ˆ propos duquel nous nÕavons trouvŽ aucune information454. ! LÕAlliance CÕest le 7 janvier 1969 que fut crŽŽe cette a.s.b.l.455, sous lÕimpulsion de Joseph DE SMET, Franois DESTRYKER, Claude LEMAIRE et ThŽodore DE LIPPE. Le nom de lÕassociation faisait rŽfŽrence au nom du groupe crŽŽ par BAKOUNINE au sein de la Premire 449 Lettre de lÕI.R.G. ˆ tous les sympathisants, s.d. in Mundaneum, fonds Hem DAY-CORDIER, dossier T2 A7 450 Les Cahiers du 18 fŽvrier, Bruxelles, (n¡1, consacrŽ ˆ la rŽpression en Belgique), s.d.(1970), s.p. 451 Les artifices parlementaires classiques, in Les Cahiers du 18 fŽvrier, (n¡2, Voter ? Pourquoi ?) s.d., s.p. 452 Ç Partis de gauche et Žlections È in Les cahiers du 18 fŽvrier, (n¡2, Voter ? Pourquoi ?), s.d. s.p. 453 Ç Les Cahiers du 18 fŽvrier È in Les cahiers du 18 fŽvrier, (n¡1, consacrŽ ˆ la rŽpression en Belgique), Bruxelles, s.d.(1970), s.p. 454 Interview de Franois DESTRYKER 455 Statut de lÕa.s.b.l. LÕAlliance, Annexe au Moniteur du 6 fŽvrier 1969, p.306, n¡621 65. Internationale456. LÕassociation se fixait comme but Ç dÕÏuvrer sur le plan culturel au libre Žpanouissement de la personne humaine457 È. De manire concrte, le groupe avait pour mission de fournir une documentation la plus prŽcise et la plus complte possible aux militants, sympathisants, Žtudiants ou chercheurs dŽsireux de se renseigner sur le mouvement anarchiste, sa presse, sa littŽrature et ses actions458. Pour ce faire, elle mit sur pied une bibliothque contenant un grand nombre dÕouvrages et publications sur ce sujet. Son action comprenait Žgalement lՎdition de publications pŽriodiques ou non, lÕorganisation de confŽrences, de dŽbats, de rŽunions et de sŽminaires. Enfin, lÕassociation soutenait des centres dՎducation libre ou des maisons communautaires459. Au dŽpart, LÕAlliance devait financer ses activitŽs par les contributions libres de ses membres ou de personnes extŽrieures460, mais ces fonds se rŽvŽlrent insuffisants pour couvrir les frais de lÕassociation. A la fin de lÕannŽe 1971, une cotisation annuelle de cent francs fut donc demandŽe aux membres, moyennant laquelle ceux-ci avaient le droit dÕaccŽder ˆ la bibliothque461. Tout membre impliquŽ dans le groupe pouvait devenir membre effectif et, en introduisant une demande lors dÕune assemblŽe gŽnŽrale, entrer dans le conseil dÕadministration. La gestion quotidienne et financire de lÕa.s.b.l. Žtait confiŽe ˆ un des membres du conseil dÕadministration choisi par lÕassemblŽe gŽnŽrale. Les membres de lÕAlliance essayaient de prendre les dŽcisions ˆ lÕunanimitŽ462. Ainsi, un premier conseil dÕadministration fut crŽŽ. Marcel DIEU fut acceptŽ comme membre effectif et entra au conseil aux c™tŽs de ses acolytes anarchistes. Franois DESTRYKER fut nommŽ administrateur dŽlŽguŽ des finances et du compte-chques de lÕassociation. Il fut remplacŽ en 1972 par Christine HUC. Claude LEMAIRE devint administrateur dŽlŽguŽ chargŽ des formalitŽs lŽgales et des communications aux membres463. Le groupe va aussi parrainer une section locale, la maison communautaire, situŽe ˆ la rue de Washington, qui sera reprŽsentŽ dans le groupe par Charles HERSHKOWITZ, un Žtudiant amŽricain464. Dans cette maison, les participants essayaient dՎtablir une gestion libertaire cohŽrente et commune. La maison Žtait toujours accessible et ouverte465. Le sige social de lÕAlliance fut fixŽ dans un premier temps chez Claude LEMAIRE, ˆ la rue Augustin Delporte ˆ Ixelles. Le groupe va trs vite obtenir un local ˆ la Maison de la Paix dÕIxelles pour y dŽposer sa bibliothque. En octobre 1970, le sige social y est transfŽrŽ466. Assez rapidement, lÕAlliance commena ˆ sÕorganiser. Sa bibliothque sÕagrandit, principalement gr‰ce ˆ lÕapport de livres et de revues de vieux anarchistes comme Hem DAY et Yvan KEUHENNE, mais aussi par le don de lՎbauche de bibliothque qui avait ŽtŽ constituŽe par le groupe Socialisme et LibertŽ. Les animateurs du groupe ne mŽnagrent pas leurs efforts pour constituer ˆ Bruxelles une structure culturelle du mouvement libertaire, cÕest-ˆ-dire un centre de documentation et une bibliothque bien achalandŽs. Le groupe entra donc en contact avec le Centre International de Recherche sur lÕAnarchisme (C.I.R.A.), ˆ Lausanne, et sÕy affilia467. Cela impliquait des dŽplacements importants mais va leur permettre de complŽter leur bibliothque. En 1971, celle-ci comptait plus de huit cents 456 Interview de Franois DESTRYKER. (Plus dÕinformation, Daniel GUƒRIN, Ni DIEU ni ma”tre : anthologie historique du mouvement anarchiste, Paris, La DŽcouverte & Syros, tome 1, p.148) 457 a.s.b.l. LÕAlliance, Annexe au Moniteur du 6 fŽvrier 1969, p.306, n¡621 458 Fascicule de LÕAlliance, s.d. in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 459 a.s.b.l. LÕAlliance, Annexe au Moniteur du 6 fŽvrier 1969, p.306, n¡621 460 art 3, statuts de lÕ a.s.b.l. LÕAlliance, Annexe au Moniteur du 6 fŽvrier 1969, p.306, n¡621 461 RŽunion du conseil dÕadministration de lÕAlliance du 13 octobre 1971, in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 462 art. 5, statuts de lÕ a.s.b.l. LÕAlliance, Annexe au Moniteur du 6 fŽvrier 1969, p.306, n¡621 463 Nomination Ð conseil dÕadministration, a.s.b.l. LÕAlliance, Annexe au Moniteur du 6 fŽvrier 1969, p.306, n¡622 464 Annexe au Moniteur du 3 avril 1969, p.904, n¡2065 465 RŽvo, nouvelle sŽrie, Bruxelles, s.d., p.24 466 a.s.b.l. LÕAlliance, Annexe au Moniteur du 29 octobre 1970, p.2975, n¡6331 467 Jean DE MEUR, LÕanarchisme en Belgique, la contestation permanente, Paris-Bruxelles, Pierre De MŽyre, p.125 66. ouvrages. La possession dÕune telle collection demandait un important travail de catalogage pour tre efficace. Le C.I.RA. envoya donc pendant un mois un bibliothŽcaire ˆ Bruxelles pour les aider ˆ organiser le classement des livres et ˆ constituer un fichier. Lors de ce voyage, le bibliothŽcaire amena une copie du fichier de la bibliothque du C.I.R.A pour rendre plus aisŽs les Žchanges de livres et donc la collaboration internationale468. A c™tŽ de cette activitŽ, le groupe commena ˆ Žditer en mai 1969 ses propres publications dÕinformations. Il publiait Žgalement des brochures reproduisant des textes de grands penseurs comme par exemple Ç Pour lÕanarchisme È de Nicolas WALTER, Ç Des faux principes de notre Žducation È de Max STIRNER ou Ç La Commune È de Michel BAKOUNINE. Un bulletin, modeste dans un premier temps, contenant des listes bibliographiques, va aussi tre ŽditŽ. La publication de la premire sŽrie de ce bulletin, qui comprit cinq numŽros, sՎtala de mai 1969 ˆ dŽcembre 1971. LÕAlliance investit quasiment tout son budget de fonctionnement dans lÕachat dÕune machine de reproduction des textes469. Une nouvelle sŽrie de ce bulletin sortit un mois plus tard470, sous forme dÕun pŽriodique mensuel dÕinformation. Seulement sept numŽros furent publiŽs entre le dŽbut de la sŽrie et sa disparition en dŽcembre 1972. Ce journal abordait tant™t des questions thŽoriques, par exemple le marxisme libertaire471, tant™t des faits historiques dÕactualitŽ comme lÕaffaire SACCO et VANZETTI472. Claude LEMAIRE fut le responsable de la premire sŽrie, Janine MIOMANDRE de la seconde. Mis ˆ part ces quelques noms, le reste de lÕinformation dont nous disposons sur cette publication est assez mince puisque les articles ne sont pour la plupart pas signŽs. Des changements survinrent dans le conseil dÕadministration lorsque, ˆ la mort de Hem DAY en aožt 1969, ThŽodore DE LIPPE dŽcida de dŽmissionner473. Une nouvelle assemblŽe gŽnŽrale fut organisŽe en fŽvrier 1970, qui proclama lÕentrŽe dans le groupe de Herman CLEYS, propriŽtaire de la libraire Malpertuis, Janine DEMIOMANDRE et lÕavocat Jean THYS. Une commission de gestion de la bibliothque fut Žgalement mise sur pied cette annŽel ˆ. Cette commission Žtait sous la responsabilitŽ de Janine DEMIOMANDRE, de Yvan KEUHENNE474 et de Jean COURTIN. Son r™le Žtait de sÕoccuper de toutes les t‰ches quÕexigeaient la tenue de la bibliothque et de permettre ainsi aux personnes chargŽes des permanences de pouvoir accueillir convenablement les visiteurs475. Un comitŽ Fonds Hem DAY fut aussi crŽŽ afin de gŽrer les documents offerts par lÕanarchiste. Il Žtait composŽ de Jean CORDIER, son exŽcuteur testamentaire, Jean VAN LIERDE, Jean THYS et Franois DESTRYKER476. En effet, avant sa mort, lÕanarchiste avait Žmis le souhait que ses collections soient confiŽes ˆ la Bibliothque Royale. Le comitŽ chargŽ de ce fonds au sein de lÕAlliance effectua toute une sŽrie de dŽmarches pour que celles-ci soient intŽgrŽes au plus vite dans les collections de lÕAlbertine. Ils allrent jusquՈ proposer aux responsables de la Bibliothque Royale de leur fournir lÕaide dÕun objecteur libertaire pour accŽlŽrer le classement de cette collection477. Le conseil dÕadministration suivant sera composŽ du Docteur CORDIER, qui semble sՐtre beaucoup investi dans lÕassociation, de Karl DE SMET, le fils de Joseph DE SMET, du docteur GODARD, de Christine HUC, de Janine DE MIOMANDRE, de lÕavocat THIJS et de Jean VAN LIERDE. 468 Rapport de lÕAssemblŽe gŽnŽrale de lÕAlliance de dŽcembre 1972 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 469 Bilan de lÕalliance, de septembre 1971 in Mundaneum, fonds VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 470 LÕAlliance, pŽriodique mensuel dÕinformation, n¡1 nouvelle sŽrie, janvier 1972 471 LÕAlliance, pŽriodique mensuel dÕinformation, n¡2 nouvelle sŽrie, mai 1972, 10p. 472 LÕAlliance, pŽriodique mensuel dÕinformation, n¡3 nouvelle sŽrie, septembre 1972, 8p. 473 Annexe au Moniteur du 5 fŽvrier 1970, p. 295, n¡569 474 Yvan KEUHENNE (1886-1995). Anarchiste belge, originaire de Verviers. Il fit de nombreux petits boulots, un peu partout en Belgique, dans le nord de la France et en Hollande. Il sÕessaya aussi tout un temps ˆ la cambriole. 475 Fascicule de lÕAlliance, s.d. in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 476 Annexe au Moniteur du 2 juillet 1970, p. 1787, N¡ 3971 477 Rapport de lÕAssemblŽe gŽnŽrale de lÕAlliance de dŽcembre 1972 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 67. LÕAlliance devint un lieu de rencontre assez important. SÕy c™toyaient des personnes appartenant aux tendances de lÕanarchisme ainsi que des sympathisants libertaires. Le groupe sÕagrandit notamment suite ˆ lÕarrivŽe dÕun petit groupe dՎtudiants de lÕU.L.B. et de quelques lycŽens en 1970. Des permanences du groupe se tenaient tous les samedis aprsmidi. Des rŽunions de gestions avaient Žgalement lieu chaque semaine478. LÕAlliance fut confrontŽe ˆ certains problmes dus ˆ la confusion qui rŽgnait parfois dans les esprits au sujet de ses objectifs et de sa spŽcificitŽ. En effet, une grande partie des membres de lÕAlliance faisait Žgalement partie du groupe Liaison ou de lÕI.R.G. Ces diffŽrentes associations finissaient par se confondre, dÕautant plus quÕelles se partageaient les mmes locaux. Ds lors, une mise au point sÕimposait au sein du groupe. Ses buts furent rŽaffirmŽs. Il sÕagissait avant tout dÕun travail dÕinformation et de documentation sur le mouvement anarchiste. Le r™le de lÕAlliance se limitait ˆ rŽcolter tous les documents ŽditŽs par et sur le mouvement anti-autoritaire en Belgique et de les classer pour en constituer un fonds dÕarchive. LÕAlliance nՎtait donc certainement pas lÕexpression dÕun groupe politique ou dÕun individu, mais lÕÏuvre collective de tous ceux qui, conscients de la nŽcessitŽ de conserver les traces de lÕaction du mouvement, entendaient rŽaliser un travail vŽritablement scientifique479. LÕengagement politique constituait mme pour certains un obstacle ˆ la bonne rŽalisation de cette mission. LÕAlliance se devait de garder une neutralitŽ irrŽprochable ˆ lՎgard de toutes les tendances du mouvement anarchiste, exigence Žgalement prŽsente au C.I.R.A.480 Cette exigence de neutralitŽ, si elle se justifiait compltement, rendait difficiles les prises de position et donc dÕinitiatives. En 1970 fut crŽŽe une sous-section de lÕAlliance appelŽe Ç SolidaritŽ È. Il sÕagissait de Ç passer ˆ lÕaction È. CÕest Janine DEMIOMANDRE qui sÕen occupa principalement481, avec le soutien de Philippe DOGUET, Christine HUC, Jean COURTIN et Michel VEEVAETE482. Le but de cette organisation Žtait de venir en aide aux victimes de la rŽpression nÕappartenant ˆ aucune organisation politique ou ne pouvant disposer de son aide. Elle sÕadressait principalement aux insoumis, dŽserteurs, rŽfugiŽs politiques, demandeurs dÕasile, prisonniers politiques,É LÕassociation fournissait ˆ ces personnes Ç une assistance juridique, sociale, mŽdicale et matŽrielle de premire nŽcessitŽ483 È. SolidaritŽ agissait en collaboration avec dÕautres comitŽs existants. En Belgique, septante-deux personnes ont bŽnŽficiŽ de lÕaide de SolidaritŽ. Le groupe a aussi beaucoup travaillŽ ˆ lՎtranger. Ainsi par exemple, des colis de nourriture et de vtements Žtaient envoyŽs par leur soin ˆ des prisonniers politiques et des objecteurs espagnols, italiens ou franais484. Le groupe contribua au travail de propagande en parvenant ˆ diffuser la presse libertaire dans les milieux Žtudiants et particulirement sur le campus de lÕU.L.B gr‰ce ˆ lÕaide de jeunes issus de cette universitŽ qui frŽquentaient lÕAlliance comme notamment Jean- Marie NEYTS. Forte de cette rŽussite, lÕassociation voulut alors rŽaliser un travail de diffusion identique en direction du monde ouvrier. Dans cette optique, le groupe organisa des confŽrences sur des sujets divers, le plus souvent ˆ la Maison de la Paix. Une des plus importantes fut sans doute celle que Daniel GUƒRIN fut invitŽ ˆ donner ˆ la Ferme de WolluwŽ-Saint-Lambert sur le marxisme libertaire. 478 Interview de Franois DESTRYKER. 479 LÕAlliance, compte rendu de lÕAssemblŽe gŽnŽrale du 27 novembre 1971, le 15 dŽcembre 1971 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 480 Rapport dÕactivitŽs prŽsentŽ au conseil dÕadministration, prŽparation de lÕassemblŽe gŽnŽrale, s.d. (bilan 1970) in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 481 Interview de Franois DESTRYKER. 482 Philippe DOGUET, rapport sur lÕactivitŽ de solidaritŽ in rapport de lÕassemblŽe gŽnŽrale, dŽcembre 1972 (Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1) 483 Fascicule SolidaritŽ in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 484 Circulaire SolidaritŽ, novembre 1973 in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1 68. Cette tendance influena trs fortement une partie du groupe principalement emmenŽ par Franois DESTRYKER. La visite dÕun membre de lÕOrganisation RŽvolutionnaire Anarchiste (O.R.A.) et la rencontre de conseillistes anversois se rŽclamant de PANNEKOEKE seront aussi dŽterminantes dans lՎvolution du groupe. Trs vite, des discussions apparurent sur la raison dՐtre de la bibliothque. A lՎpoque, les idŽes dՎducation populaire et dՎducation de rue connaissaient un certain succs. En 1972Ð1973, le groupe dŽcida de sÕimplanter dans un quartier populaire de Saint-Gilles, ˆ la rue de lՃglise. La location dÕun rez-de-chaussŽe cožtait cher alors que lÕoccupation par la bibliothque ˆ la Maison de la Paix Žtait gratuite. Ces nouveaux frais crŽrent un gros gouffre dans les budgets. Cette initiative aboutit ˆ un Žchec. En effet, les jeunes de lÕAlliance qui voulaient se rapprocher du peuple nÕavaient rien de commun avec les habitants de ce quartier485. Aucun dÕeux nÕy rŽsidait. Cette nouvelle orientation politique de lÕAlliance ne plaisait pas ˆ tout le monde. Les anarchistes individualistes ou les anarcho-syndicalistes ne se sentaient plus ˆ leur place dans le groupe. Lors de lÕassemblŽe gŽnŽrale de 1974, qui eut lieu aprs lÕentrŽe dans le groupe dÕune dizaine de conseillistes flamands, lÕexclusion de quatre membres parmi lesquels Jean- Marie NEYTS et Jean Pierre SCRYVE fut votŽe486. Ces jeunes anarchistes, grands lecteurs de Charlie Hebdo et de Hara Kiri, Žtaient peu apprŽciŽs dans le groupe et considŽrŽs comme des Ç je mÕenfoutiste petit bourgeois È487. LÕAlliance fut gravement ŽbranlŽe par cette rupture et ne sÕen relvera pas. Certains membres partirent dans dÕautres groupes crŽŽs entre temps ou qui allaient na”tre. DÕautres quittrent purement et simplement le mouvement anarchiste. Aprs la scission, Franois DESTRYKER, entourŽ de lycŽens (dont le petit-fils de Jean DE BOè), prit contact avec lÕOrganisation Communiste Libertaire et, malgrŽ sa mŽfiance envers FONTENIS, un groupe commun, lÕOrganisation RŽvolutionnaire Anarchiste (O.R.A.), fut fondŽ en 1974 ˆ Bruxelles. Mais la composante anarchiste ne tarda pas ˆ dispara”tre compltement de ce nouveau groupe, qui se tourna vers les idŽes marxistes. Le destin de la bibliothque de lÕAlliance suite ˆ la dissolution du groupe est entourŽ dÕun grand mystre. Selon certains, elle aurait ŽtŽ donnŽe ˆ la Bibliothque Royale pour rejoindre les collections de Hem DAY. Nous nÕavons cependant pu retrouver aucune trace de ce don. Pour dÕautres, cette collection aurait ŽtŽ vendue ˆ des bouquinistes, hypothse qui nous a dÕailleurs ŽtŽ confirmŽe par certains tŽmoignages oraux et qui nous semble en tout cas la plus probable Žtant donnŽ lՎtat dÕesprit qui rŽgnait dans le groupe ˆ ce moment (la volontŽ de conservation ˆ tout prix du patrimoine du dŽbut nՎtait plus vraiment dÕactualitŽ). 485 Interview de Franois DESTRYKER 486 Interview de Jean-Marie NEYTS 487 Interview de Franois DESTRYKER 69. V. LES ANARCHISTES BELGES ET LEUR ACTION AU NIVEAU INTERNATIONAL On lÕa vu, lÕactivitŽ anarchiste en Belgique francophone pendant la pŽriode ŽtudiŽe fut, sinon constructive, du moins assez importante. A la mme Žpoque, les anarchistes belges Žtaient Žgalement actifs sur le plan international. Comme nous avons dŽjˆ pu le constater auparavant, les relations entre les anarchistes venant de pays diffŽrents Žtaient assez dŽveloppŽes. La notion de solidaritŽ (notamment contre le fascisme) Žtait trs importante chez les anarchistes. Dans ce chapitre, nous examinerons lÕactivitŽ des anarchistes belges au niveau international. Nous aborderons successivement la participation belge aux grands congrs anarchistes internationaux et aux associations ˆ caractre transfrontalier. Dans chaque cas, nous exposerons brivement la nature et les caractŽristiques de ces rencontres et de ces groupes. Nous verrons si les phŽnomnes observŽs dans le chapitre prŽcŽdent (liens Žtroits entre les groupes, organisation assez dŽficiente, conflits entre les diffŽrentes tendance de lÕanarchie, conflits de gŽnŽration) se retrouvent dans la lutte internationale. Nous t‰cherons surtout de toujours bien mettre en Žvidence le r™le que la Belgique francophone a pu exercer au sein de ceux-ci. Nous pourrons ainsi Žvaluer lÕimportance et lÕinfluence de lÕaction belge au niveau international et confronter cette activitŽ ˆ ce qui se passait sur notre territoire. 1. Les congrs internationaux anarchistes Le mouvement anarchiste international, pour essayer de renforcer son action, fut tentŽ dÕorganiser de grandes rencontres, au cours desquelles certaines dŽcisions devaient tre prises, notamment la mise sur pied dÕorganes de coordination internationale. Si les rŽunions rassemblant des anarchistes venant de diffŽrents pays furent Žvidemment plus nombreuses, on compte pour cette pŽriode trois grands congrs, que nous allons passer en revue. Nous expliquerons comment ceux-ci furent mis sur pied (et la part que la Belgique francophone y prit), ce qui sÕy passa, les dŽcisions quÕon y prit. Bref, nous tenterons dÕen restituer Ç lÕambiance È, avec une attention particulire pour la position belge (ou plus exactement les positions des Belges) dans les dŽbats qui y eurent cours. Nous mentionnerons aussi, ˆ chaque fois que nous le pourrons, le nom des militants anarchistes belges qui y prirent part. 70. ! Le premier congrs international anarchiste (Paris, 1948) La reprise des relations internationales entre les organisations et militants anarchistes sÕest faite directement aprs la seconde guerre mondiale. La premire initiative a ŽtŽ initiŽe en France par le Mouvement libertaire espagnol en exil et le Mouvement libertaire franais alors en voie de reconstruction488. Le but dÕun rassemblement international Žtait de sÕinterroger sur la situation et les possibilitŽs dÕaction des mouvements anarchistes dans le monde et, enfin, de crŽer des liens et un rŽseau de solidaritŽ internationale. Une commission pro-congrs international fut mme crŽŽe, mais les conflits internes au mouvement franais vont ralentir le mouvement. Pour repartir sur de nouvelles bases, lÕidŽe dÕune premire confŽrence anarchiste europŽenne est lancŽe en fŽvrier 1947489. Celle-ci aura lieu du 15 au 17 mai 1948 ˆ Paris490. Plusieurs pays y furent reprŽsentŽs : la France avec la FŽdŽration Anarchiste franaise, lÕAngleterre, la FŽdŽration Anarchiste italienne, des Suisses, les groupes exilŽs bulgares, le Mouvement libertaire espagnol et le Groupe libertaire juif de Paris. Nous savons que Hem DAY y a participŽ491. Un SecrŽtariat provisoire des relations internationales (S.P.R.I.) fut crŽŽ avec pour t‰che de prŽparer sŽrieusement un congrs mondial qui devait avoir lieu le plus rapidement possible. Mais des tensions Žclatrent au niveau international ˆ propos de la forme de regroupement ˆ adopter. Certains considŽraient celui-ci comme une internationale rigide et monolithique excluant tous les non-conformistes, tandis que dÕautres prŽfŽraient y voir un simple instrument de travail sans prŽtention reprŽsentative et sans pouvoir de dŽcision propre, bref, comme une organisation dŽcentralisŽe et dŽbureaucratisŽe qui se tiendrait en relation avec toutes les tendances de lÕanarchisme militant et nÕen favoriserait aucune492. Cette deuxime option fut finalement adoptŽe et le premier congrs anarchiste international eut lieu ˆ Paris en novembre 1949493. MŽcontente de cet arrangement, la dŽlŽgation bulgare se retira494. De nombreuses dŽlŽgations venues du monde entier vinrent sÕajouter ˆ celles dŽjˆ prŽsentes lors du premier congrs europŽen. Il y avait des dŽlŽgations venant dÕAllemagne, dÕAutriche, de Belgique, de Hollande, dÕArgentine, de Bolivie, de Cuba, du Mexique, ainsi que des individus non-reprŽsentants dÕune nation qui venaient des ƒtats-Unis et du Canada. Outre cette participation assez importante en dŽpit des entraves lŽgales et des difficultŽs Žconomiques, il faut encore signaler que des lettres dÕexcuses et de soutien furent reues en provenance du Chili, du Panama, dÕUruguay, dÕAustralie, de CorŽe et du Japon. Toutefois, si le nombre de dŽlŽgations Žtait satisfaisant, le congrs ne fut pas un succs dÕaffluence ni dÕinfluence. On sÕy contenta de rŽaffirmer le principe de lÕInternationale, qui Žtait dՎtablir des relations entre les anarchistes par-delˆ les frontires. Le S.P.R.I. changea de nom pour devenir la Commission de Relations Internationales Anarchistes (C.R.I.A.). Plus concrtement, une Commission Continentale et un centre dÕarchives auquel on donna le nom de Bibliothque-archive internationale anarchiste furent crŽŽes ˆ MontŽvidŽo495. Les anarchistes dÕAmŽrique du Sud furent trs actifs dans ce mouvement. Ils organiseront dÕailleurs en 1957, toujours ˆ MontŽvidŽo, une confŽrence continentale amŽricaine. A la suite 488 Les premires brides de reconstruction de la fŽdŽration anarchiste franaise remontent ˆ une confŽrence clandestine organisŽe en juillet 1943. Il faut attendre le congrs dÕAgen dÕoctobre 1944 pour que celle-ci soit officiellement recrŽŽe. Plus dÕinformations ˆ ce sujet in Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 2, pp. 89-90 et Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p.86 489 Rapport de la C.R.I.A. prŽsentŽ au congrs de Londres, 1958, p.1 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 490 Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 2, p.122. Plus dÕinformations in Contre courant, mai-juin et juillet-aožt 1959 491 Il sÕy est rendu avec CAMPION (Agenda de Hem DAY, Mundaneum, fonds Hem DAY-CORDIER, bo”te T1 D4) 492 Rapport de la C.R.I.A. prŽsentŽ au congrs de Londres, 1958, p.1 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 493 Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 2, p.122 494 Rapport de la C.R.I.A. prŽsentŽ au congrs de Londres, 1958, p.12 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 495 Ibidem, p.2 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 71. de cette confŽrence, une Semaine de la Presse Anarchistes Internationale, comportant une exposition et des confŽrences, eut lieu ˆ Paris en fŽvrier 1954496. Celle-ci fut organisŽe par Hem DAY et Ugo FEDELI497. La C.R.I.A. se dota aussi dÕun Bulletin, qui parut jusquÕen avril 1957. 496 Hem DAY, ERNESTAN (1898-1954), sa vie son Ïuvre, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1955, p.2 497 Rapport de la C.R.I.A. prŽsentŽ au congrs de Londres, 1958, p.16 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 Ugo FEDELI (1898-1964) est un anarchiste italien dont lÕactivitŽ fut trs importante. Il se fit dÕabord remarquer par des actions violentes, sŽjourna en Suisse, en Russie, en France et en Uruguay. En 1945, il fut nommŽ secrŽtaire de la F.A. italienne (Guy MALOUVIER, Ç Ugo Fedeli È, Le Monde libertaire, n¡102, juin 1964, p.9) 72. ! Le deuxime congrs international anarchiste (Londres, 1958) Au dŽbut des annŽes 1950, un nouveau congrs fut proposŽ, toujours en France. Cependant, les conflits au sein de la FŽdŽration Anarchiste Franaise (F.A.F.) firent que celui-ci fut sans cesse repoussŽ. LÕarrivŽe de Georges FONTENIS ˆ la tte de la F.A.F. avait fait Žclater le mouvement libertaire franais. De nombreuses personnes quittrent la FŽdŽration ou en furent exclues. Chacun reconstruisit son propre groupe de son c™tŽ : le Groupe Action Anarchiste RŽvolutionnaire (G.A.A.R.), lÕAlliance Ouvrire Anarchiste (A.O.A.), le Groupe Socialistelibertaire, les Amis dÕARMAND, les Amis de Han RYNER, les Amis de SŽbastien FAURE,É La plupart de ces groupes vivront en bonne intelligence mutuelle, se renseignant dans leurs publications, annonant leurs rŽunions,É498 En dŽcembre 1953, la FŽdŽration Anarchiste Franaise se transforma en FŽdŽration Communiste Libertaire (F.C.L.). Celle-ci fut admise au bureau de la C.R.I.A. Mais, paralllement, et sans en informer la C.R.I.A., la F.C.L. tenta de constituer les 6 et 7 juin 1954, ˆ Paris, une Internationale Communiste Libertaire avec des participants italiens et allemands. La tentative Žchoua mais mŽcontenta la C.R.I.A.. La F.C.L džt quitter lÕassociation499. Le monde libertaire conna”tra dÕautres conflits nationaux de ce genre, notamment en Argentine, en Uruguay, en Italie, parmi les Bulgares en exil, en Angleterre et en Hollande500. Pour toutes ces raisons, le nouveau congrs va sans cesse tre reportŽ. DiffŽrents pays vont tre proposŽs pour lÕaccueillir : la France, lÕItalie501 et lÕAngleterre, qui fut finalement retenue. Une date devant convenir ˆ un maximum de personnes fut Žgalement fixŽe502. Le deuxime Congrs international anarchiste eut donc lieu ˆ Londres dans les locaux du Club Malatesta du 25 juillet au 1er aožt 1958503. La Belgique y fut reprŽsentŽe par deux anarchistes504 : Joseph DE SMET505 et peut-tre le Docteur PARMENTIER506. Ils reprŽsentaient Žgalement le groupe PensŽe et Action507. A leur c™tŽ, participrent lÕAllemagne, lÕAngleterre, la Bulgarie, le Chili, lÕEspagne, la France, la Hollande, lÕItalie, la Sude, lÕArgentine, lÕEire et les Etats-Unis, soit vingt-neuf groupements et quarante-deux dŽlŽguŽs508. Toutes les tendances de lÕanarchisme Žtaient reprŽsentŽes509. Cette diversitŽ idŽologique va parfois poser problme, notamment lorsque les anarchosyndicalistes dÕAustralie voulurent faire passer par courrier une motion contre les individualistes510. De mme, un conflit appara”tra lorsque la Libertarian League de New York va vouloir faire voter une motion soulignant lÕintŽrt pour les travailleurs dÕadhŽrer ˆ lÕAssociation Internationale des Travailleurs, Ç seule organisation ouvrire qui ait continuŽ ˆ appuyer les principes de lՎmancipation tels que les Žnona la Premire Internationale È. 498 Rapport de la C.R.I.A. prŽsentŽ au congrs de Londres, 1958, p.9 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 499 Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 2, p.92 500 Rapport de la C.R.I.A. prŽsentŽ au congrs de Londres, 1958, p.3 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 501 C.R.I.A., Bulletin de la commission internationale pro-congrs, Paris, n¡5-6, mai 1958, p.10 502 C.R.I.A., Circulaire prŽliminaire ˆ la convocation dÕun congrs international ouvert ˆ toutes tendances de lÕanarchisme in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 503 CommuniquŽ du C.R.I.A. et de la commission pro-congrs international, Paris, le 19 avril 1958 in AGR, fonds Hem DAY, Dossier 99 504 Motion, 25 septembre 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 505 Joseph DE SMET, Rapport belge improvisŽ au congrs anarchiste de Londres, fin juillet 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY dossier 99 506 Il est trs possible quՎtant donnŽ sa bonne connaissance des langues il soit parti ˆ Londres pour reprŽsenter la Belgique. Comme nous le verrons, ce qui est sžr, cÕest quÕaprs le congrs, il sÕimpliquera encore dans le mouvement international 507 Bulletin de la commission pro-congrs international, Paris, octobre 1958, p.1 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 508 Ibidem 509 C.R.I.A., DŽcisions prises par le congrs international anarchiste de Londres, Paris, (1958), p.2 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 510 Ibidem, p.3 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 73. Certains groupes, la Belgique comprise, refuseront ce vote qui restreint les possibilitŽs dÕaction des anarchistes dans les milieux syndicaux511. Mis ˆ part ces quelques petites frictions, le congrs fut assez constructif. On y vota la crŽation dÕune Commission Internationale dՎtudes thŽoriques et historiques de lÕanarchisme512. Le congrs va Žgalement prendre position en faveur de la libŽration des prisonniers anarchistes, syndicalistes, socialistes et anti-fascistes de Bulgarie, condamnant ainsi la politique de rŽpression des rŽgimes bolcheviques, Ç rappelant le stalinisme et le fascisme513 È. Enfin, le congrs verra la crŽation de lÕInternationale Anarchiste qui a pour Ç organe temporaire dÕexpression le Congrs International Anarchiste, tenu avec la participation de tout le mouvement et le plus rŽgulirement possible, et dont les fonctions sont de relations, dÕinformation et de coordination514 È. Dans lÕintervalle de ces congrs, leur prŽparation et la coordination des services internationaux Žtaient confiŽes ˆ la Commission Internationale Anarchiste (C.I.A.), dotŽe dÕun secrŽtariat et de nombreuses commissions. Parmi celles-ci, relevons la commission dÕinformation et des publications internes, qui sÕoccupait du bulletin dÕinformation interne (elle Žtait dotŽe ˆ cet effet dÕun service de presse), des Žchanges dՎtudes et dÕarticles entre les diffŽrents organes de presse du mouvement et de la coordination de la propagande Žcrite. On trouvait Žgalement la commission Archives-Bibliographie, la commission SolidaritŽ, qui Žtait situŽe en Allemagne, pays le plus proche des camarades de lÕEst, les commissions continentales et des commissions auxiliaires515. Le secrŽtariat de la C.I.A. fut fixŽ en Angleterre, ˆ Londres. Celui-ci pouvait compter sur lÕaide de quatre personnes, venant dÕAllemagne, de lÕEspagne en exil, dÕItalie et de Belgique, dŽsignŽes nationalement pour collaborer avec Londres516. Il est intŽressant de constater que, exceptŽ la Belgique, tous ces pays sՎtaient organisŽs au niveau national ou Žtaient en train de le faire517. La crŽation du Cercle la BoŽtie fut peut-tre la consŽquence de cet Žtat de faits. Le 25 septembre 1958, eut lieu une rŽunion du groupe PensŽe et Action518 au cours de laquelle les anarchistes belges ont pris connaissance des dŽcisions adoptŽes lors du congrs international anarchiste. Il semblerait que furent prŽsents ˆ cette rŽunion le Docteur PARMENTIER, Joseph DE SMET, Corrado PERISSINO, MORZOCCHI, Pietro MONTARESSI, Hem DAY, et un certain Pierre LOPEZ F. Ces personnes apparaissent sur une photo qui a dž tre prise le jour de la rŽunion et que nous avons retrouvŽe dans nos archives. DÕautres personnes figurent sur celle-ci mais nous nÕavons pas pu les identifier519. De plus, il est possible que certains aient refusŽ dՐtre sur la photo et soient sortis du champ lors du rassemblement pour la pose. Nous ne savons pas si des membres de lÕancienne A.C.L. ont participŽ ˆ cette rŽunion. Lors de celle-ci, les anarchistes belges adoptrent une motion qui a dž tre publiŽe dans la presse anarchiste internationale. Dans ce communiquŽ, ils se fŽlicitaient de la rŽussite du congrs et affirmaient leur soutien envers tous les anarchistes du monde souffrant sous des rŽgimes dictatoriaux, emprisonnŽs pour sՐtre opposŽs au Ç militarisme, au fascisme, au clŽricalisme, au capitalisme et au bolchevisme520 È. Les anarchistes belges prirent Žgalement position sur la situation franaise : ils se prononaient en faveur de la crŽation dÕune entente entre les libertaires ˆ lÕexception des Ç politiciens È521, cÕest-ˆ-dire de la branche de la F.C.L. 511 Ibidem, p.6 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 512 Ibidem, p.2 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 513 Ibidem, p.8 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 514 Ibidem, p.8 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 515 C.R.I.A., DŽcisions prises par le congrs international anarchiste de Londres, Paris, (1958), p.9 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 516 Ibidem, p.10 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 517 Motion, point 4, le 25 septembre 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 518 Agenda de Hem DAY, 25 septembre 1958 in Mundaneum, fonds Hem DAY-CORDIER, bo”te T1 D4 519 Photo de la rŽunion ˆ Bruxelles, Congrs International Anarchiste de Londres in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 520 Motion, points 1et 2, le 25 septembre 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 521 Motion, points 5, le 25 septembre 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 74. Enfin, ils choisirent PARMENTIER, le polyglotte (il conna”t notamment lÕespŽranto522) pour devenir le correspondant avec Londres523. Celui-ci reut rapidement lÕassistance de Hem DAY et de Joseph DE SMET. Ainsi, PARMENTIER sÕoccupa de la Wallonie, Joseph DE SMET des contacts avec la Hollande et lÕAllemagne, et Hem DAY de ceux avec la France. Ce dernier apporta en outre une partie de sa bibliothque ˆ la reprŽsentation belge auprs de Londres524. Il fut aussi dŽsignŽ par le groupe pour relater par Žcrit les dernires dŽcennies de lÕhistoire du mouvement anarchiste belge525. Comme nous lÕavons vu, lÕidŽe dÕune collaboration scientifique internationale anarchiste avait ŽtŽ lancŽe lors du Congrs de Londres. Le 3 mai 1959, une rŽunion internationale eut lieu ˆ Paris en prŽsence dÕun petit nombre de chercheurs spŽcialisŽs dans lÕhistoire sociale et la philosophie pour y discuter dÕun projet appelŽ Ç Research È526, qui sera animŽ par Joseph DE SMET ds 1958. Le but de ce programme Žtait de crŽer un institut anarchiste mondial de recherche scientifique527 qui sÕappellera, en hommage ˆ lՎrudit anarchiste, FraternitŽ Max NETTLAU. Un appel fut rŽdigŽ ˆ cet effet pour trouver des collaborateurs mais aussi pour recevoir des archives. Les dŽp™ts dÕarchives devaient sÕeffectuer, en fonction du sujet, au domicile de tel ou tel militant, tandis que les propositions de collaborations devaient tre introduites soit auprs de Joseph DE SMET pour la Belgique, soit auprs de AndrŽ PRUDHOMMAUX pour la France. Le secrŽtariat de cet institut fut confiŽ temporairement ˆ Marc LEFéVRE, anarchiste bruxellois528. Nous ne savons pas trs bien ce quÕil adviendra de ce projet, dont il est nÕest fait nulle part ailleurs rŽfŽrence. 522 Lettre de DE SMET ˆ BALDELLI, du 23 octobre 1958, in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 523 Motion, point 3, le 25 septembre 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 524 Lettre de DE SMET ˆ BALDELLI, du 23 octobre 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 525 Hem DAY, Ç Quarante ans dÕAn-archie, rapport sur lÕactivitŽ anarchiste en Belgique È in Bibliographie de Hem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, p.58 526 Research, Compte-rendu de la rŽunion internationale tenue ˆ Paris, le 3 mai 1959 in A.G.R. fonds Hem DAY, dossier 99 527 Projet de statuts de Ç Research È, Institut Anarchiste Mondial de Recherche Scientifique, septembre 1958 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 528 Research, Compte-rendu de la rŽunion internationale tenue ˆ Paris, le 3 mai 1959 in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 99 75. ! Le troisime congrs international anarchiste (Carrare, 1968) Le troisime grand congrs anarchiste international fut inaugurŽ le 31 aožt 1968 ˆ Carrare en Italie. Cette rencontre avait ŽtŽ prŽparŽe de longue date. Une premire confŽrence internationale avait dŽjˆ dÕailleurs eu lieu en Allemagne de lÕOuest en 1964. Un secrŽtariat y avait ŽtŽ mis sur pied pour prendre contact avec ce qui restait de la C.I.A. mais cela avait abouti ˆ un Žchec529. LÕorganisation de la rŽunion fut alors confiŽe ˆ une commission prŽparatoire. LÕidŽe essentielle qui guidait celle-ci Žtait de rompre avec la pratique Ç aorganisationnelle traditionnelle È. Tirant les leons des Žchecs prŽcŽdents, il fut dŽcidŽ de convier au nouveau congrs des mouvements et non plus des individus530. La fŽdŽration Socialisme et LibertŽ de Belgique participa aux travaux prŽparatoires. Elle prŽvoyait aussi lÕenvoi dÕun de ses reprŽsentants au congrs531. Les Italiens tenaient particulirement ˆ la rŽussite du congrs, qui se dŽroulait dans leur pays et pour lequel ils sÕattendaient ˆ une couverture mŽdiatique importante par la presse. Ce fut effectivement le cas ; la sŽance dÕinauguration fut mme retransmise ˆ la tŽlŽvision italienne ! La FŽdŽration Anarchiste Italienne Žtait consciente que ce congrs pouvait constituer une bonne vitrine pour son mouvement. Le choix de Carrare nՎtait dÕailleurs pas le fruit du hasard : cette ville, cŽlbre pour ses carrires, Žtait considŽrŽe comme un bastion anarchiste. Alors que lՎvŽnement Žtait prŽvu pour le mois de septembre et que tout Žtait dŽjˆ organisŽ, les Žvnements de mai vinrent surprendre les organisateurs. De nouvelles donnŽes devaient tre prises en compte pour lÕorganisation du congrs. La question de la participation de groupes non affiliŽs aux fŽdŽrations nationales (Noir et Rouge, F.I.J.L.) posa notamment problme. En effet, les nouveaux groupes crŽŽs lors des ŽvŽnements de mai demandrent ˆ participer ˆ la rŽunion et, sans mme attendre une rŽponse, annoncrent leur prŽsence publiquement. Or, ceux-ci nՎtaient pas les bienvenus pour tout le monde. Une rŽunion de crise fut organisŽe les 29 et 30 juin 1968. Aucune solution nÕen sortit et les nouveaux groupes vinrent ˆ la rŽunion, ce qui causa un certain nombre de problmes. De trs vives discussions eurent lieu entre les diffŽrentes tendances et groupes anarchistes, principalement franais. Les anarchistes spontanŽistes sÕopposrent aux organisationnels. La tendance cohn-bendiste (spontanŽiste) Žtait reprŽsentŽe en masse dans le congrs. Ses partisans sÕopposaient ˆ lÕanarchisme Ç ˆ lÕancienne È et dŽnonaient Ç la vieille garde nŽcrophage qui se dŽlecte du souvenir de ses pres fondateurs rangŽs sagement dans une sorte de PanthŽon de la contestation È532. Pour Žviter des affrontements physiques, certaines branches anti-congrs furent exclues de la rencontre533. Daniel COHN-BENDIT, qui avait finalement reu un carton dÕinvitation, prit enfin la parole ˆ la fin de la premire journŽe, sur un ton assez agressif. Il dŽnona le caractre non-spontanŽ et lÕinutilitŽ du congrs. Il stigmatisa la stŽrilitŽ des dŽbats, dŽclarant ˆ lÕassemblŽe que ce nՎtait pas Ç en poursuivant lՎternel dŽbat entre Bakounine et Marx que vous ferez avancer la rŽvolution534 È. Il affirma encore que Ç pour nous le problme nÕest pas entre marxisme et anarchisme. Il est de dŽcouvrir et mettre en Ïuvre les mŽthodes les plus radicales en vue de la RŽvolution535 È. La majoritŽ des organisations prŽsentes rŽfutrent ces thses. LÕattitude de Daniel COHN-BENDIT fut sŽvrement rŽprouvŽe. Ainsi, Hem DAY, qui nÕassistait pas au congrs, portait un regard trs nŽgatif sur son 529 Jean MAITRON, Histoire du mouvement anarchiste en France, Paris, MaspŽro, 2ime Ždition, 1975, tome 2, p.122 530 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p.53 531 Ç "La commission de coordination libertaire" de Belgique È in Bulletin de la commission prŽparatoire, Paris, n¡3, juin 1967, p.12 (Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier reliŽ Ç Alliance È, T4 C1) 532 Henri AVRON, LÕanarchisme au XXe Sicle, Paris, P.U.F., 1979, p.12 533 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, pp. 186-189 534 Coupure de presse, Jean LACOUTURE, Le Monde, 3 septembre 1968, s.p. in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier T3 A7 535 Ibidem 76. comportement536. Finalement, Daniel COHN-BENDIT quitta le congrs, emmenant avec lui tous les spontanŽistes. Le reste du congrs ne fut plus trs passionnant. Le programme fut respectŽ ˆ la lettre, aucune dŽcision importante ne fut prise. Le congrs fut mme ŽcourtŽ de deux jours. Le mouvement nÕarriva mme pas ˆ dŽsigner une Commission de Relations de lÕInternationale de FŽdŽrations Anarchistes. (C.R.I.F.A.), r™le qui revint ˆ lՎquipe prŽparatoire du congrs537. On le voit, Ç le mouvement anarchiste et libertaire, malgrŽ des dŽclarations souvent rŽpŽtŽes et bien intentionnŽes, manque dÕun esprit largement internationaliste538 È. Peu de dŽcisions importantes furent prises lors des congrs internationaux et aucune nÕaboutit rŽellement ˆ quelque chose. Les anarchistes, dŽjˆ souvent en conflit au niveau national, Žprouvaient des difficultŽs ˆ se dŽptrer de leurs divisions tant celles-ci Žtaient importantes entre individualistes, communistes, syndicalistes, spontanŽistes, conseillistesÉ A ces divergences, il faut encore ajouter tous les conflits de personnes et dÕamour-propre, sentiment trs rŽpandu dans ces milieux et Žvidemment peu favorable ˆ la rŽalisation dÕun travail constructif. 2. Les organisations internationales et la participation belge Outre leur participation aux congrs ŽvoquŽs plus haut, les anarchistes belges se sont investis dans des organisations internationales, quÕelles soient ouvertement anarchistes ou non. Nous avons dŽjˆ pu nous en rendre compte, notamment quand nous avons abordŽ lÕI.R.G. ou la S.I.A. Dans ce chapitre, nous Žtudierons lÕimplication belge au sein de trois groupes internationaux anarchistes. Cette participation fut tant™t dŽcisive, tant™t plus anecdotique. Nous essaierons dans tous les cas de relever toutes les prises de position belges. Nous porterons une attention particulire aux conflits qui eurent lieu sur des questions thŽoriques (le sempiternel dŽbat entre individualistes et anarcho-communistes) et sur le problme de lÕutilisation de la violence par les anarchistes. ! LÕAlliance Ouvrire Anarchiste (A.O.A) Nous avons vu quÕen 1952, lors du congrs de Bordeaux, la FŽdŽration Anarchiste Franaise tombait sous le joug autoritaire de lÕOrganisation-PensŽe-Bataille dirigŽe par son secrŽtaire gŽnŽral Georges FONTENIS. Une grande partie des militants, lorsquÕils ne furent pas exclus, quittrent alors la fŽdŽration. Le mouvement libertaire franais se divisait alors en diffŽrents groupuscules, de toutes tendances. La F.A.F. de FONTENIS adopta un an plus tard, lors son congrs annuel de mai, un manifeste communiste libertaire. Celui-ci marquait, de par son idŽologie marxiste, un tournant important de la fŽdŽration vers lÕextrme gauche communiste. LÕidŽe de changer le nom de lÕorganisation fut donc tout naturellement proposŽe par le congrs, mais on ne put se mettre dÕaccord sur celui-ci. Il faudra attendre dŽcembre 1953 pour que la F.A.F. devienne officiellement la FŽdŽration Communiste Libertaire (F.C.L.). La rŽfŽrence ˆ lÕanarchisme sÕestompa de plus en plus, ˆ tel point quÕen janvier 1956, le groupe dŽcida de prŽsenter une liste aux Žlections lŽgislatives. 536 Hem DAY, manuscrit La contestation COHEN-BENDIT (sic) au Congrs des anarchistes ˆ Carrare in Mundaneum, fonds Hem DAY-VAN LIERDE, dossier T3 A7 537 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, pp.193-194 538 Rapport de la C.R.I.A. prŽsentŽ au congrs de Londres, 1958, p.4 in A.G.R. fonds Hem DAY, dossier 99 77. En octobre 1952, les groupes anarchistes franais sŽcessionnistes de la F.A. se retrouvrent au Mans pour y constituer une Entente Anarchiste (E.A.). Ds lÕabandon du nom de FŽdŽration anarchiste par le groupe de Georges FONTENIS, lÕEntente Anarchiste se rŽappropria immŽdiatement ce titre (F.A.F.). Celle-ci est toujours en place aujourdÕhui. Toutefois, de nombreuses crises et scissions traversrent encore le groupe par la suite. Ainsi, une importante rupture eut lieu en 1956 lorsque F. ROBERT et R. BEAULATON, les fondateurs de lÕEntente Anarchiste, quittrent la fŽdŽration anarchiste franaise539. Selon eux, celle-ci Žtait devenue de par son organisation un lieu favorisant les menŽes franc-maonnes et la collusion avec le courant politique socialiste540. Ceux-ci dŽcidrent de recrŽer un nouveau groupe qui sera international et de langue franaise. CÕest ˆ Bruxelles, avec la collaboration de Guy BADOT, qui vient alors de rompre ses relations avec les anarchistes belges de lÕA.C.L., quÕest crŽŽe en novembre 1956 lÕAlliance Ouvrire Anarchiste. Celui-ci condamnait fermement la tendance communiste libertaire. Les initiateurs de cette alliance critiquaient surtout lÕorganisation de la F.A., peu adaptŽe selon eux ˆ la pensŽe anarchiste, et se structurrent quant ˆ eux sur le principe de la libre entente, sans statuts, sans rglements et sans cartes de membres (lÕadhŽsion au groupe Žtait cependant soumise ˆ des conditions assez strictes ; nÕy entrait pas qui voulait)541. LÕassociation, puisquÕil ne faut surtout pas parler dÕorganisation, avait pour base lÕindividu. Elle se voulait un instrument de liaison, dÕinformation et de coordination. Ce groupe anarchiste international compta jusquՈ septantehuit correspondants et cent-soixante-six sous-groupes. LÕA.O.A regroupait des individualistes et des anarcho-syndicalistes francophones542. PŽriodiquement, des assemblŽes de travail avaient lieu. Durant celles-ci, on sÕoccupait notamment de la prŽparation du journal du groupe, intitulŽ LÕanarchie, le journal de lÕordre, dont la parution dŽbuta en 1954 mais fut trs irrŽgulire543. LÕA.O.A. Žtait aussi prŽsente ˆ des rencontres internationales anarchistes. Il faut ici citer celle tenue ˆ Genve en septembre 1962 ˆ lÕoccasion du nonantime anniversaire des Assises de Saint-Imier544. Des anarchistes de toutes nationalitŽs (Bulgares, Espagnols, Suisses, Italiens, Franais, Belges) assistrent ˆ cette commŽmoration. Parmi les Belges, Hem DAY sera du voyage545. En mai 1964 eut lieu ˆ Turin le deuxime grand congrs international de lÕA.O.A. Des militants franais, italiens, suisses et belges y participrent546. LÕA.O.A sera aussi prŽsent lors des grands congrs anarchistes internationaux futurs547. Aucune scission nՎtant possible dans le groupe puisque celui-ci Žtait basŽ sur un systme dÕentente et de libre association, lÕA.O.A. survivra encore pendant de nombreuses annŽes. LÕA.O.A belge fut Žgalement active trs longtemps, toujours sous la responsabilitŽ de Guy BADOT. Elle connut un rayonnement assez important. Ainsi, ˆ la fin des annŽes 1960, Alfred LEPAPE, en rupture avec le groupe de la fŽdŽration Socialisme et LibertŽ, se rapprocha de Guy BADOT et commena ˆ sÕintŽresser ˆ lÕA.O.A. ! Anarchisme et non-violence Le groupe international Anarchisme et non-violence (A.N.V.) fut crŽŽ en 1965 dans le but de Ç passer au crible de la critique anarchiste les thŽories non-violentes et de les mettre en 539 Roland BIARD, Dictionnaire de l’extrme-gauche de 1945 ˆ nos jours, Paris, Belfond, 1978, pp.29 540 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p.93 541 Lettre de Guy BADOT ˆ Alfred LEPAPE, le 2 octobre 1968 in Mundaneum, fonds LEPAPE, bo”te 3 542 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, pp.93-94 543 Roland BIARD, Dictionnaire de l’extrme-gauche de 1945 ˆ nos jours, Paris, Belfond, 1978, p.29 544 Gaetano MANFREDONIA, LÕanarchisme en Europe, Paris, Presses universitaires de France (que sais-je ?), pp.55-56 545 Agenda de Hem DAY, 1962 in Mundaneum, fonds Hem DAYÐCORDIER, bo”te T1 D4 546 Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste 1945-1975, Paris, Žditions GalilŽe, 1976, p.122 547 Ibidem, p.97 78. pratique dans lÕaction directe548 È. Les Žtudes entreprises en ce sens furent prŽsentŽes dans une revue portant le mme nom que le groupe. Le premier numŽro sortit en avril 1965. Les buts du groupe et de la revue y Žtaient exposŽs : il sÕagissait de devenir un instrument de rŽflexion sur la violence et la non-violence dans lÕanarchisme549 et de combler ainsi la Ç pauvretŽ de la documentation, des Žtudes, des rŽflexions sur le sujet550 È. La revue Žtait ouverte ˆ tout le monde, quelle que soit sa nationalitŽ551. Toutefois, elle Žtait Žcrite principalement par des correspondants locaux rŽpartis un peu partout en Europe francophone. La majoritŽ des collaborateurs provenaient de France, mais aussi de Suisse (collaboration de Marianne ENCKELL du C.I.RA.), et de Belgique (participation de Hem DAY)552. On trouvait dans ce journal des articles Žmanant dÕauteurs se revendiquant des diffŽrentes formes de lÕanarchisme (individualistes, communistes libertaires,É), ce qui parfois engendrait des dŽsaccords ˆ propos du contenu de la publication. Mais la coexistence de ces avis divergents participait ˆ la richesse de la revue car elle permettait dÕouvrir et dÕenrichir le dŽbat553. Ce qui unissait ces auteurs, au-delˆ de leur appartenance ˆ lÕanarchisme, cՎtait leur idŽal commun, qui rŽsidait dans le pacifisme intŽgral et la non-violence. Ceux-ci se dŽclaraient dÕailleurs Ç anarchistes avant dՐtre non-violents, mais non-violents parce que anarchistes554 È. Il semblerait que le groupe international ne se soit rŽuni que trs rarement. Leur travail se rŽsumant presque uniquement ˆ la rŽdaction dՎtudes sur lÕanarchie, la communication entre les membres pouvait se limiter ˆ quelques courriers. Le groupe sÕintŽressait ˆ toutes sortes de sujets : Ç techniques non-violentes et engagement personnel, lutte de clases et non-violence, lՃtat, lՎducation et non-violence, psychosociologie, racisme, sexualitŽ, non-violence non-anarchiste et anarchisme religieux, militarisme et pacifisme, objection de conscience et service national555 È. Au total, ce ne furent pas moins de trente numŽros qui furent publiŽs de 1965 ˆ 1972. Le tirage oscillait de cinq cents numŽros pour la premire publication ˆ mille cinq cents pour ceux de lÕannŽe 1969556. Au dŽbut de lÕannŽe 1968, Anarchisme et non-violence adhŽra en tant que publication ˆ lÕInternationale des RŽsistants ˆ la Guerre franaise557. Cette adhŽsion sÕexplique aisŽment par le fait que lÕI.R.G. combinait dialogue, recherche et action pour lÕunion du pacifisme, de la rŽvolution et de la non-violence558. Comme nous lÕavons dŽjˆ dit, les statuts de lÕI.R.G. permettaient lÕintŽgration des idŽes anarchistes. En France comme en Belgique et comme dans tous les pays, lÕI.R.G. compta parmi ses membres de nombreux anarchistes, notamment lÕobjecteur franais Louis LECOIN. Le r™le des correspondants locaux de lÕA.N.V. nՎtait pas seulement dՎcrire des articles. Ils devaient aussi se tenir ˆ la disposition des lecteurs qui, intŽressŽs par ce courant de pensŽe, dŽsiraient sÕy associer559. Leurs adresses et leurs noms figuraient dÕailleurs sur la couverture arrire de chaque numŽro. CÕest ainsi que se crŽa en Belgique une section locale dÕA.N.V. Celle-ci publia mme un cahier dՎtude trimestriel, simple courrier de quelques pages envoyŽ ˆ chaque membre. Nous en avons retrouvŽ un exemplaire dans les archives de Jean CORDIER au Mundaneum ˆ Mons. 548 Anarchisme et non-violence, Paris, La ruche ouvrire, n¡1, avril 1965, p.1 549 Ibidem, p.19 550 Anarchisme et non-violence, Ç PrŽface È in Anarchisme et nonÐviolence, Paris, La ruche ouvrire, n¡6, octobre 1966, p.2 551 Anarchisme et non-violence, Paris, La ruche ouvrire, n¡1, avril 1965, p.19 552 Ibidem, p.32 553 Anarchisme et non-violence, Paris, La ruche ouvrire, n¡2, octobre 1965, p.2 554 Anarchisme et non-violence, Paris, La ruche ouvrire, n¡1, avril 1965, p.1 555 Anarchisme et non-violence, Paris, La ruche ouvrire, n¡3, janvier 1966, p.2 556 Roland BIARD, Dictionnaire de l’extrme-gauche de 1945 ˆ nos jours, Paris, Belfond, 1978, p.27 557 Anarchisme et non-violence, Paris, La ruche ouvrire, n¡14, 1968, p.2 558 Michel Bouquet, Ç Anarchisme et non-violence adhre ˆ lÕinternationale des rŽsistants ˆ la guerre È, in Ibidem, p.20 559 Ç Correspondants locaux È, in Ibidem, p.40 79. A la mort dÕHem DAY, en aožt 1969, cÕest Franois DESTRYKER qui reprit le flambeau de lÕA.N.V. pour la Belgique. Il devint le correspondant du groupe international et gŽra le groupe de Bruxelles avec lÕaide de Janine DEMIOMANDRE560. Des permanences se tenaient tous les samedis aprs-midi ˆ la Maison de la Paix ˆ Ixelles, en mme temps que celles de lÕAlliance. Les nombreuses casquettes de Franois DESTRYKER et de son Ç cercle È lÕobligeaient ˆ jumeler les permanences. Le groupe de Bruxelles organisa aussi des confŽrences. On fit notamment venir Maurice LAISANT, de la FŽdŽration anarchiste, qui sÕexprima sur le thme de Ç lÕAnarchisme et lÕanti-militarisme È561. En 1971, le groupe belge se saborda en raison de dissensions internes sur la question de sa position face aux mouvements sociaux et ˆ la lutte des classes. De plus, lÕamoncellement de travail que demandait lÕorganisation de tous les groupes que Franois DESTRYKER animait, mme sÕil nՎtait pas tout seul, et le chevauchement de groupes ayant des objectifs quasiment identiques, par exemple le groupe objection libertaire, dirigŽ par Janine De MIOMANDRE, ou plus simplement la Ç concurrence È de la section belge de lÕI.R.G. nÕont pas favorisŽ la continuitŽ de cette collaboration internationale. Il semble que le groupe A.N.V. international ait dŽfinitivement disparu en 1976. ! La F.I.J.L., les rencontres de jeunes et la violence Au dŽbut des annŽes soixante, lÕimmigration espagnole anti-franquiste Žtait confrontŽe au niveau international ˆ un important conflit de gŽnŽration qui nՎpargna pas la Belgique. En effet, Ç lÕexil officiel È faisait lÕobjet dÕattaques de la part dՎlŽments plus dynamiques et plus agressifs de lÕanti-franquisme qui voulaient combattre directement la dictature562. La FŽdŽration IbŽrique des Jeunesses Libertaires (F.I.J.L.), organisation internationale, Žtait ˆ la tte de ce mouvement. A partir de 1961, la F.I.J.L. franaise organisa des Ç campings internationauxÈ, qui rŽunissaient Ç dÕune faon lŽgre et amicale tous ceux qui avaient lÕenvie de confronter leurs points de vue en dehors de structures normales563 È. Il fallut attendre 1965 pour que ceux-ci connaissent du succs. CÕest ˆ partir de cette base que vont tre organisŽes par la suite les rencontres europŽennes des jeunes anarchistes, dont la premire Ždition eut lieu ˆ Paris en 1966564. La mme annŽe, un jeune militant espagnol de la F.I.J.L. nommŽ ABARCA565 fut arrtŽ en Belgique et menacŽ dÕextradition. Les reprŽsentants belges qui participrent ˆ la rencontre internationale firent en sorte que soit crŽŽ un ComitŽ pour la LibŽration dÕABARCA566. DÕautres rencontres europŽennes des jeunes anarchistes eurent lieu notamment en juin 1968, cette fois en Hollande, mais nous ne savons pas si des Belges y participrent. A la mme Žpoque, le mme conflit de gŽnŽration ŽvoquŽ plus haut semble toucher la Belgique. Une FŽdŽration IbŽrique des Jeunesses Libertaires commenait ˆ tre active sur notre territoire. Leurs animateurs en Žtaient StŽphan HUVENNE et Salvador GURUCHARRI567, 560 Interview de Franois DESTRYKER 561 Cahiers dՎtudes Ç anarchisme et non-violence È, Bruxelles, (juillet 1970), p.2 562 Roland BIARD, Histoire du mouvement Anarchiste, 1945-1975, Paris, Ždition GalilŽe, p.165 563 Roland BIARD, Histoire du mouvement Anarchiste, 1945-1975, Paris, Ždition GalilŽe, p.166 564 Ibidem, p.167 565 Francisco ABARCA, anarchiste espagnol, membre de la F.I.J.L. emprisonnŽ ˆ Bruxelles et dont lÕEspagne demandait lÕextradition. Il fut finalement libŽrŽ. (Rose-Marie GARCIA Y GOMEZ, Que sont les anarchistes espagnols devenus ?, mŽmoire de licence, U.L.B., 1993, pp.49-50) 566 Roland BIARD, Histoire du mouvement Anarchiste, 1945-1975, Paris, Ždition GalilŽe, p.169 567 Salvador GURRUCHARRI, (nŽ en 1936). Fils de rŽfugiŽ espagnol en France, membre de la CNT et de la F.I.J.L. franaise, il fut emprisonnŽ en 1963 pour association de malfaiteurs ˆ la suite de lÕinterdiction en France de la F.I.J.L. A sa sortie, il entra en Belgique comme rŽfugiŽ politique. Il retourna en Espagne en 1976 et y fut actif encore longtemps au sein de la C.NT. (Rose-Marie GARCIA Y GOMEZ, Que sont les anarchistes espagnols devenus ?, mŽmoire de licence, U.L.B., 1993, p.47) 80. tous deux membres actifs de la S.I.A. Comme nous lÕavons vu, ceux-ci avaient eu un accrochage avec les anciens anti-fascistes espagnols et italiens de ce groupe et de la C.N.T. parce quÕils justifiaient dans certains cas lÕutilisation de la violence568. Dans un premier temps, la section belge du groupe eut principalement un r™le de liaison avec des sections nationales plus importantes de la F.I.J.L. Elle soutint Žgalement les actions parfois violentes de la F.I.J.L., trs active au niveau international. CÕest certainement lors des campings internationaux que furent montŽs des groupes rŽvolutionnaires, qui participrent ˆ des opŽrations violentes et spectaculaires. Leur premier coup de force eut lieu en 1966. Cette annŽe-lˆ, le Ç Groupe du Premier Mai È, section de la F.I.J.L., enleva ˆ Rome le conseiller de lÕAmbassade dÕEspagne en Italie, Mgr USSIA, pour dŽnoncer Ç la fausse politique de Ç libŽralisation È du rŽgime franquiste et pour lancer la campagne en faveur de la libŽration des dŽtenus politiques en Espagne et au Portugal569 È. Quelques mois plus tard, une nouvelle action fut perpŽtrŽe, le rapt dÕun militaire amŽricain ˆ Madrid Ç pour dŽnoncer la collusion et les pactes militaires entre les gouvernements franquistes et U.S570 È. Cela aboutit ˆ un Žchec. Les cinq militants du groupe du 1er mai qui avaient montŽ lÕopŽration et qui rŽsidaient en France furent arrtŽs par la sžretŽ espagnole. Le meneur nՎtait autre que lÕancien secrŽtaire de la F.I.J.L., qui Žtait Žgalement le secrŽtaire de la C.N.T. de Paris. En Belgique, comme ailleurs, la section de la F.I.J.L. lana une campagne de soutien pour leurs camarades emprisonnŽs. Elle participa ˆ la rŽcolte de fonds pour couvrir les frais de justice, fonds qui Žtaient envoyŽs ˆ un comitŽ de dŽfense crŽŽ ˆ cet effet ˆ Paris571. Lors de leur procs ˆ Madrid, des observateurs Žtrangers furent envoyŽs pour assister aux sŽances. Parmi ceux-ci, citons J.H. VAN WIJK, le sŽnateur hollandais du Partis Pacifiste Socialiste, qui Žtait Žgalement avocat, et, venant de Belgique, Jean RŽgnier THYS, du barreau de Bruxelles, qui Žtait envoyŽ par la Ligue Belge pour la DŽfense des Droits de lÕHomme572 et qui Žtait aussi, comme nous lÕavons vu, un sympathisant du mouvement libertaire belge. La F.I.J.L. communiquait ses informations par tracts. Le groupe belge Ždita aussi un bulletin intitulŽ F.I.J.L. / Information. Comme RenŽ BIANCO, nous nÕavons trouvŽ aucune trace du premier numŽro et nous ne savons pas quand a commencŽ sa publication. Un deuxime numŽro fut publiŽ en dŽcembre 1967 et mit un terme ˆ cette trs courte sŽrie. Ce numŽro expliquait les raisons des agissements violents de la F.I.J.L. et du groupe du 1er mai573, qui sՎtaient multipliŽs. Leurs actions prirent pour cible les reprŽsentations des gouvernements grecs, boliviens, vŽnŽzuŽliens, espagnols et amŽricains un peu partout en Europe574. Certains furent particulirement marquants, par exemple le mitraillage de lÕambassade des ƒtats-Unis ˆ Londres et les attentats ˆ la bombe contre les ambassades de Grce et de Bolivie ˆ Bonn575. Le but de ces actions Žtait de Ç gŽnŽraliser un mouvement offensif capable de rompre la passivitŽ ˆ laquelle les gouvernements tentent de nous (les individus) soumettre576 È. LÕautre objectif poursuivi Žtait de faire conna”tre le mouvement et dÕinciter dÕautres personnes ˆ se joindre ˆ leur combat. CÕest ce quÕon appelle la Ç propagande par le fait È. Leur exemple fit dÕailleurs des Žmules. En 1970, en Italie, plusieurs attentats ˆ la bombe meurtriers furent attribuŽs ˆ des militants anarchistes. Un des jeunes anarchistes arrtŽs dans le cadre de cette affaire Ç sauta È 568 Lettre dÕAlfred LEPAPE au journal Le Libertaire, Dour, le 8 aožt 1967 in Mundaneum, Fonds LEPAPE, bo”te 3 569 Ç La F.I.J.L. et le mouvement de solidaritŽ rŽvolutionnaire È in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (consacrŽ ˆ la marche pour le Vietnam), mars 1968, p.2 570 Ibidem, p.2 571 Ç FŽdŽration ibŽrique des jeunesses libertaires : DŽlŽgation extŽrieure, communiquŽ du 3 novembre 1966 È in RŽvo, n¡1, novembre 1966, p.32-33 572 FŽdŽration ibŽrique des jeunesses libertaires, CommuniquŽ, Londres, 12 juillet 1967 in Mundaneum, fonds Alfred LEPAPE, bo”te 3 573 F.I.J.L./information, n¡2, dŽcembre 1967, 3p. in Mundaneum, fonds Hem DAY, dossier T2 A7 574 Ibidem 575 Ç Informations Internationales, Europe, La F.I.J.L. et lÕaction directe rŽvolutionnaire È, in Le monde libertaire, n¡141, Paris, avril 1968, p.10 in Mundaneum, fonds Alfred LEPAPE, bo”te 2 576 Ibidem 81. par la fentre du commissariat de police, version officielle qui fut sŽrieusement mise en doute dans les milieux anarchistes. Cette histoire fit beaucoup de bruit577. Ce nՎtait pas la premire fois que ce genre dÕactions Žtaient envisagŽes au sein du mouvement anarchiste. Nous pensons Žvidemment aux attentats anarchistes de la Belle Epoque, qui jetrent pendant longtemps lÕopprobre sur lÕanarchisme. Des exemples plus rŽcents peuvent Žgalement tre relevŽs. Ainsi, en 1961, le groupe suisse anarcho-communiste rŽvolutionnaire Ravachol (G.A.C.R.R.) pr™na la reprise de la propagande par le fait dans son manifeste578 et mit en pratique cette idŽe, en perpŽtrant quelques actes violents. La recrudescence de ces actes de violence amena les Žtats ˆ rŽagir. Ainsi, en Belgique, un militant espagnol de la F.I.J.L. nommŽ Octavio ALBEROLA579 fut arrtŽ par la police en 1968580. Il Žtait selon la police espagnole le Ç cerveau È du Groupe du 1er mai. Un comitŽ de solidaritŽ fut immŽdiatement crŽŽ pour la dŽfense dÕALBEROLA, comitŽ qui Žtait gŽrŽ par NATALIS581. La F.I.J.L. affirmait vouloir se battre sur deux fronts : Ç la lutte contre la bourgeoisie dans son pays, [É] et la lutte contre les dictatures et lÕimpŽrialisme aussi bien de lÕOuest que de lÕEst582 È. La F.I.J.L. soutenait tous les mouvements rŽvolutionnaires qui sÕopposaient ˆ la rŽpression capitaliste et Žtatique. Elle Žtait donc favorable ˆ la crŽation dÕun Mouvement de SolidaritŽ RŽvolutionnaire. Il ne sÕagissait pas dÕune organisation structurŽe, mais plut™t dÕune nŽbuleuse rassemblant tous les groupes Ç qui de par leurs activitŽs rŽvolutionnaires dÕaction directe dŽmontrent leur combativitŽ dans la conqute de la libertŽ pour tous les hommes583 È. LÕutilisation de la violence nՎtait absolument rŽprouvŽe par la F.I.J.L. A lÕinverse, lÕusage de la violence comme moyen dÕaction de libŽration posait des problmes ˆ toute une frange importante du mouvement anarchiste qui refusait de salir leur idŽal dans le sang. Hem DAY, non-violent convaincu, faisait partie de ceux-lˆ. Il nÕeut de cesse que dÕinculquer ces valeurs ˆ ses successeurs584. LÕexemple de la F.I.J.L montre bien, comme on sÕen rendait dŽjˆ compte dans les parties prŽcŽdentes de ce chapitre, que lÕaction des anarchistes belges au niveau international sÕinscrit dans la continuitŽ du travail accompli sur le plan national. DŽus par les groupes actifs en Belgique, certains militants sՎtaient imaginŽs quÕil serait plus facile dÕagir au niveau international. Si certaines associations transfrontalires permirent en effet plus de souplesse, ce ne fut cependant pas la panacŽe. Dans les deux cas, les anarchistes furent confrontŽs aux mmes problmes, aux mmes conflits : opposition entre individualistes et anarchocommunistes, entre partisans de lÕorganisation et spontanŽistes, entre violents et non-violents, entre la jeune gŽnŽration et lÕancienne garde. 577 Ç Attentats en Italie È, XYZ, Bulletin libre des objecteurs de conscience, n¡11, janvier 1970, couverture intŽrieure avant 578 Manifeste du Groupe anarcho-communiste rŽvolutionnaire Ravachol (G.A.C.R.R.) in A.G.R., fonds Hem DAY, dossier 103 579 Octavio ALBEROLA, militant anarchiste espagnol de la F.I.J.L. arrtŽ ˆ Bruxelles en fŽvrier 1968, avec des faux papiers et armŽ. (Rose-Marie GARCIA Y GOMEZ, Que sont les anarchistes espagnols devenus ?, mŽmoire de licence, U.L.B., 1993, p.50) 580 Tract du F.I.J.L. du 18 fŽvrier 1968 in Mundaneum, Fonds Hem DAY, T2 A7 581 Ç F.I.J.L., Arrestation dÕun militant de la F.I.J.L. ˆ Bruxelles È, Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (je ne voterai pas), mars 1968, pp. 582 F.I.J.L./information, n¡2, dŽcembre 1967, p.1 in Mundaneum, fonds Hem DAY, dossier T2 A7 583 Ç La F.I.J.L. et le mouvement de solidaritŽ rŽvolutionnaire È in Le Libertaire, organe anarchiste, n¡4 (consacrŽ ˆ la marche pour le Vietnam), mars 1968, p.2 584 Voir son action au sein de lÕI.R.G. et de lÕA.N.V. 82. VI. Conclusion Aprs avoir passŽ au crible le mouvement anarchiste en Belgique francophone entre 1945 et 1970, nous pensons tre ˆ prŽsent en mesure de tirer certaines conclusions et de rŽpondre aux interrogations qui avaient ŽtŽ soulevŽes dans notre introduction. La premire constatation que nous aimerions faire est que lÕactivitŽ anarchiste est loin dՐtre inexistante ˆ cette Žpoque. Un certain nombre de groupes et de revues anarchistes, ou du moins libertaires, ont vu le jour et ont ŽtŽ actifs pendant ces annŽes. Des dŽbats trs intŽressants (sur la question du pacifisme et de la non-violence, sur le type dÕorganisation adŽquat pour les groupes anarchistes, sur les finalitŽs de lÕaction anarchiste,É) Žtaient menŽs et suscitaient des prises de position variŽes voire contradictoires. Mme sÕil Žtait confidentiel, un vŽritable bouillonnement agitait les milieux anarchistes. Ce constat vient dŽmentir lÕidŽe selon laquelle lՎtude de cette pŽriode ne prŽsente aucun intŽrt. Bien plus, nous pensons que lÕintervalle temporel que nous avons choisi dՎtudier constitue au contraire un vŽritable Ç nÏud È dans lÕhistoire de lÕanarchisme. Au sortir de la seconde guerre mondiale, le mouvement anarchiste belge, fortement affaibli, Žtait confrontŽ ˆ un enjeu considŽrable : en fonction de sa rŽaction, il pouvait soit rena”tre de ses cendres, soit dispara”tre dŽfinitivement A peine la fin du conflit consommŽe, on vit Žmerger diffŽrents groupes anarchistes ou rassemblant des anarchistes, dont le plus important fut pour nous le groupe PensŽe et Action. Cela marqua un dŽbut de renouveau des idŽaux anarchistes, mais il sÕagissait plus dÕinitiatives individuelles que dÕun vŽritable Ç mouvement È anarchiste. Une tentative dÕunification des efforts en vue de lÕavnement dÕun mouvement fort susceptible dÕexercer une influence rŽelle sur la sociŽtŽ eut lieu ensuite avec la crŽation de lÕAction Commune Libertaire. Ce projet ambitieux aboutit ˆ un Žchec et, pire encore, compromit gravement la subsistance des activitŽs anarchistes en Belgique. Il fallut attendre le dŽbut des annŽes soixante pour que cette Ç traversŽe du dŽsert È prenne fin. A cette date en effet, on constate un certain renouveau des activitŽs anarchistes, le mouvement Žtant une fois encore dans lÕobligation de se reconstruire. Enfin, ˆ partir de 1965, et singulirement en 1968, on assiste ˆ une explosion des idŽaux libertaires, qui prirent des formes multiples, tant™t totalement novatrices, tant™t sÕinscrivant dans la tradition anarchiste. Un risque de dispersion Žtait Žvidemment envisageable, et le mouvement nÕy Žchappa pas. Ce bref rŽcapitulatif de lՎvolution de lÕactivitŽ anarchiste ˆ cette pŽriode montre clairement que lÕhistoire de lÕanarchisme en Belgique est loin dÕavoir ŽtŽ linŽaire. Cette histoire est faite de multiples crises et reconstructions. Aussi, pour rŽpondre ˆ la question que nous avions annoncŽe en entamant ce travail (y a-t-il rupture ou continuitŽ entre 1945 et 1970 ?), nous serions tentŽ de dire quÕil y a ˆ la fois rupture et continuitŽ ou, plus exactement, continuitŽ malgrŽ les ruptures. En effet, notre examen relativement approfondi de ces vingt-cinq ans dÕanarchie nous a permis de dŽgager certaines constantes. DÕautres part, une Žvolution importante tant dans le contenu des idŽes que dans la manire de les exprimer et de les mettre en Ïuvre peut Žgalement tre relevŽe. La premire constante concerne lÕorigine sociale des militants anarchistes durant lՎpoque ŽtudiŽe. En dŽpit des efforts de propagande en direction des classes populaires, il sÕagissait presque toujours dÕintellectuels obnubilŽs par les questions politiques thŽoriques. Ils Žtaient trs attachŽs ˆ leurs idŽaux et nՎtaient le plus souvent disposŽs ˆ faire aucun compromis. 83. Ceux-ci se regroupaient au sein dÕorganisations anarchistes plus ou moins grandes et plus ou moins structurŽes, tant au niveau national quÕinternational. A cet Žgard, il est intŽressant de constater que le fait pour les militants de vouloir agir ˆ lՎchelle supranationale rŽsultait gŽnŽralement dÕune dŽception face ˆ lÕinefficacitŽ du travail rŽalisŽ en Belgique. Des anarchistes Žtaient aussi actifs au sein de groupes qui avaient pour objet des causes autres que lÕanarchie, par exemple le pacifisme et lÕobjection de conscience (I.R.G., Anti-antitoutiste pour la paix, XYZ) ou lÕanti-fascisme (S.I.A.). Ils Žtaient bien intŽgrŽs dans ces organisations, au sein desquelles leur Žtaient confiŽes des responsabilitŽs importantes. A cette Žpoque, les anarchistes, qui sՎtaient ŽloignŽs depuis peu des mouvements de masse, Žtaient encore considŽrŽs comme des interlocuteurs Ç sŽrieux È. Si les anarchistes ont ŽtŽ actifs dans diffŽrents combats, leur objectif prioritaire resta toujours la propagande de leurs idŽaux. Dans ce cadre, ils ont entrepris une sŽrie dÕactions. Ainsi de nombreux groupes ont voulu crŽer une revue, ce qui leur a posŽ certains problmes au niveau financier et au niveau de la dŽfinition de leur ligne Žditoriale. Ils organisrent aussi de multiples manifestations, rŽunions, confŽrences, sortirent de nombreux tracts, mais leur audience nÕen demeura pas moins trs rŽduite. De manire gŽnŽrale, on peut remarquer quÕils travaillaient beaucoup plus au niveau de la rŽflexion que de lÕaction. Les groupes ŽtudiŽs fonctionnaient sur le principe de la solidaritŽ. Les liens entre eux Žtaient trs Žtroits : certaines personnes faisaient partie de plusieurs organisations et formaient la charnire entre elles. Paradoxalement, ˆ lÕintŽrieur des groupes, les conflits et les inimitiŽs Žtaient trs rŽpandus. Ces oppositions personnelles, souvent trs dommageables au mouvement, avaient pour origine des divergences dÕopinion sur des aspects thŽoriques de lÕanarchisme. Ainsi, nous avons vu quÕil existait un clivage quasiment insurpassable entre anarchistes individualistes et anarcho-communistes, violents et non-violents, organisationnels et spontanŽistes. Chacun croyant dŽtenir Ç la È bonne pratique de lÕanarchisme et personne nÕacceptant les propositions allant ˆ lÕencontre de ses convictions, on comprend aisŽment que peu de rŽalisations concrtes aient vu le jour. Il est dÕailleurs amusant de constater que les anarchistes Žprouvaient moins de difficultŽs ˆ collaborer avec des non-anarchistes envers lesquels ils adoptaient une attitude plus tolŽrante (du moment quÕils soient eux-mmes ouverts et non-endoctrinŽs), quÕavec leurs camarades, quÕils jugeaient avec intransigeance, sans doute dans lÕoptique de conserver pur leur idŽal. Ces conflits personnels se doublaient dÕun conflit de gŽnŽrations. Il est Žvident que lՎtat dÕesprit des militants anarchistes de Ç lÕancienne garde È, cÕest-ˆ-dire ceux qui Žtaient dŽjˆ actifs avant la guerre, diffŽrait beaucoup de celui des anarchistes qui ont dŽbutŽ leur activitŽ dans la seconde moitiŽ des annŽes soixante. Comme nous lÕavons vu, sur certaines questions (lÕopportunitŽ dÕutiliser la violence, la lutte des classes,É), les Ç jeunes È sont entrŽs en conflit ouvert avec les Ç vieux È. DÕautre part, leur mode de fonctionnement et leurs objectifs Žtaient Žgalement autres. Ainsi, si on compare le mouvement en 1945 et en 1968, on constate dans les deux cas une volontŽ de renouveau, mais dans une autre optique. Aprs la guerre, il sÕagissait de reconstruire un mouvement qui existait dŽjˆ, en tirant ˆ peine les leons de ce qui a prŽcŽdŽ, et en tout cas sans volontŽ dÕinitier un mouvement rŽvolutionnaire, inconcevable ˆ lՎpoque. Les pratiques plus novatrices qui surgirent dans la seconde moitiŽ des annŽes soixante procdent beaucoup plus dÕun dŽsir de Ç changer le monde È, mme sÕil arrivait parfois ˆ ces personnes de faire encore rŽfŽrence aux Ç Pres de lÕanarchisme È. En dŽpit de ces diffŽrences importantes, des liens existaient entre les deux gŽnŽrations. On 84. constate mme parfois un intŽrt rŽciproque, de lÕenthousiasme voire un soutien direct ou indirect. Au terme de notre travail, une question importante reste en suspens : quelle fut lÕinfluence des ŽvŽnements de mai sur le dŽveloppement futur du mouvement anarchiste en Belgique ? Nous avons pu voir que la contestation Žtudiante, si elle eut certainement un aspect libertaire, ne participait pas vŽritablement du projet anarchiste. Aussi ne nÕy sommes-nous pas trop attardŽ. Nous avons vu que des anarchistes y prirent part, mais ils nÕont pas pu (ou pas voulu) marquer de leur empreinte le mouvement. De plus, ˆ lÕissue des ŽvŽnements, beaucoup dÕanarchistes, dŽsillusionnŽs, mirent fin ˆ la militance ou se tournrent vers des courants plus autoritaires. Il sÕagit, comme nous avons eu lÕoccasion de le montrer, dÕun parcours assez Ç classique È dans les milieux libertaires. On pourrait donc croire que cette parenthse nÕeut pas dÕinfluence sur lÕhistoire du mouvement anarchiste. Pourtant, il nÕen est rien. Bien que nÕayant pas ŽtudiŽ la pŽriode qui suit, nous savons que certaines personnes, plus jeunes, qui avaient observŽ les ŽvŽnements Ç de loin È, eurent elles aussi la tentation de faire Ç leur rŽvolution È, et sÕinvestirent dans les mouvements libertaires. CÕest sur cette base que naquit le groupe du 22 mars, qui est ˆ lÕorigine de la reconstruction du mouvement anarchiste en Belgique dans les annŽes septante, toujours en place ˆ lÕheure actuelle. Certains acteurs citŽs dans ce mŽmoire jourent un r™le important dans ce mouvement. Cela montre encore une fois quÕau-delˆ des ruptures il y a continuitŽ dans lÕhistoire de Ç lÕincrevable anarchisme È. 85. VII. Bibliographie 1. Outils de recherche : ! La Nouvelle biographie nationale, Bruxelles, AcadŽmie royale des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 1988-1999, 5 vol. ! S. ALARCIA [et al], Dictionnaire biographique des militants du mouvement ouvrier belge, Bruxelles, Vie ouvrire, 1995 ! LŽonardo BETTENI, Bibliografia dellÕAnnarchismo, Crescita politica, Firenze, vol.1, 1972 ; vol.2, 1976 ! RenŽ BIANCO, RŽpertoire des pŽriodiques anarchistes de langue franaise (Un sicle de presse anarchiste dÕexpression franaise 1880-1983, 3 vol), (doctorat dÕEtat, UniversitŽ de Provence), Aix en Provence, 1988, 7 vol. ! Hem DAY, Bibliographie dÕHem DAY, Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, 1964, 116p. ! Johan DEBRYN, Inventaris van de papieren Marcel Dieu alias Hem Day, Brussel, A.G.R., 1986, 156p. ! Denise FAUVEL-ROUIF, L’anarchisme : Catalogue de livres et brochures des XIXe et XXe sicles, MŸnchen, London, Paris, Saur, 1993, 2 vol. ! Jean-Franois F†EG, Aperu des collections du Mundaneum, Mons, Mundaneum, (collection des inventaires 4), 1999, 36p. ! Jean-Franois FUèG, Ç Des sources pour lÕhistoire du mouvement anarchiste È in Cent ans de lÕoffice international de bibliographie, Mons, Mundaneum,1995, 368p. ! Jean MAITRON (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier franais [ressource Žlectronique], Paris, Editions de lÕAtelier, Editions ouvrires, 1997 ! Marie-Etienne MOENS DE HASE, La presse an-archiste belge, essai bibliographique. MŽmoire de lÕInstitut dÕEtudes Sociales de lÕEtat. Section BibliothŽcaire-Documentaliste, Burxelles, 1980, 116p. + annexes 36p. ! Paulette TEMERMAN, LÕAn-Archie, livres et pŽriodiques, catalogue de lÕexposition, MundanŽum, Mons, 1980 2. HISTOIRE DE LA PENSƒE ANARCHISTE : ! Henri ARVON, L’anarchisme au XXe sicle, Paris, Presses universitaires de France, 1979, 232p. ! Henri ARVON, L’anarchisme, Paris, Presses universitaires de France (Que sais-je?), 1951, 86. 128p. ! Xavier BEKAERT, Anarchisme, violence et non-violence, Paris, Le Monde Libertaire ; Bruxelles, Alternative Libertaire, 2000, 48p. ! Frans BOENDERS, De volle vrijheid : ideologie en geschiedenis van het anarchisme, Antwerpen, Manteau, 1976, 183p. ! Jacques CƒSIUS, L’ anarchisme : une utopie nŽcessaire ?, Bruxelles, Labor ; Paris, Castells, 2000, 96p. ! SŽbastien FAURE (dir), EncyclopŽdie anarchiste, Paris, Librairie Internationale, 4 tomes ! Jean-Franois FUèG, RenŽ BERTHIER, Anti-communisme et anarchisme, Paris, Le Monde Libertaire, 2000, 48p. ! Daniel GUƒRIN, Ni dieu ni ma”tre : anthologie historique du mouvement anarchiste, Paris, La DŽcouverte & Syros, 2 tomes ! Daniel GUƒRIN, Pour un marxisme libertaire, Paris, R. Laffont, 1969, 303p. ! Luis MERCIER VEGA, L’increvable anarchisme, Paris, Union gŽnŽrale d’Žditions, 1970, 185p. ! AndrŽ NATAF, La RŽvolution anarchiste, Paris, A. Balland, 1968, 227p. ! Max NETTLAU, Histoire de lÕanarchisme, Paris, Ždition du Cercle, 1971, 290p. ! Olivier NIEUWLY, Anarchisme et modernitŽ: essais politico-historique sur les pensŽes anarchistes et leur rŽpercussion sur la vie sociale et politique actuelle, Lausanne, LÕage dÕhomme, 1998, 233p. ! Jean PRƒPOSIET, Histoire de l’anarchisme, [Paris], Tallandier, 1993, 500 p. ! Franois RICHARD, Les anarchistes de droite, Paris, Presses universitaires de France (Que sais-je?), 1991, 127p. ! AndrŽ SALMON, La terreur noire: chronique du mouvement libertaire, Paris, J-J Pauvert, 1959, 542p. 3. HISTOIRE DU MOUVEMENT ANARCHISTE ET LIBERTAIRE : ! s.n., Hommage ˆ Hem DAY , Paris-Bruxelles, PensŽe et Action, n¡40, octobre-novembre 1970, 55p. ! RenŽ BIANCO, Ç Les anarchistes dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier franais È in Michel DREYFUS, Claude PENNETIER, Nathalie VIET-DEPAULE (dir), La part des militants. Biographie et mouvement ouvrier : Autour de MAITRON, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier franais, Paris, Atelier/Ždition Ouvrire, 1996, pp.185-192 ! Roland BIARD, Dictionnaire de lÕextrme-gauche de 1945 ˆ nos jours, Paris, Belfond, 87. 1978, 412p. ! Roland BIARD, Histoire du mouvement anarchiste en France 1945-1975, Paris, GalilŽe, 1976, 314p. ! Frand BOENDERS, De volle vrijheid : ideologie en geschiedenis van het anarchisme, Antwerpen, Manteau, 1976, 183p. ! LƒO CAMPION-Hem DAY, Autour du procs, Bruxelles-Paris, PensŽe et Action, 1968 ! LŽo CAMPION, JÕai rŽussi ma vie, Paris, Editions BorrŽgo, 1985 ! LŽo CAMPION, Le drapeau noir, lՎquerre et le compas, Wissous, Goutal-Darly, 1978, 175p. ! 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Stefan VAN DEN ZEGEL, YÕen a pas un sur cent..., Parcours de militants libertaire autour de la guerre dÕEspagne, mŽmoire de licence, U.L.B., 1985 ! Raoul VAN DER BORGHT, Hem Day, Marcel Dieu, een leven in dienst van het anarchisme en het pacifisme: een politieke biografie ...1902-1940, mŽmoire de licence, V.U.B., 1973, 104p. ! J-P VERHOEVEN, De quelques courants anarchistes franais confrontŽs aux guerres 1914-1918 et 1939-1945, mŽmoire de licence, U.L.B., 1977 ! W. VERMANDER, De strateg•e van de Vlaamse Vredesbewegingen, Brussel, Eindverhandeling Internationale Betrekkingen, V.U.B., 1983, 171p. 89. 4. Sujets connexes : ! s.n., Ç Le mouvement de contestation ˆ l’UniversitŽ Libre de Bruxelles È in Courrier Hebdomadaire du CRISP, Bruxelles, n¡419-420, le 25 octobre 1968, 49p. ! Jean BARREA, L’utopie de la guerre: d’HŽrasme ˆ la guerre des euromissiles, Bruxelles, Ciaco, 1986 ! Jean-Pierre CATTELAIN, L’objection de conscience, Paris, Presses universitaires de France (Que sais-je?), 1973,128p. ! J.M. CHAVIER, Ç "Gauchisme" et nouvelle gauche en Belgique (I )È in Courrier Hebdomadaire du CRISP, Bruxelles, n¡600-601, le 20 avril 1973, 44p. ! J.M. CHAVIER, Ç "Gauchisme" et nouvelle gauche en Belgique (II )È in Courrier Hebdomadaire du CRISP, Bruxelles, n¡602-603, le 4 mai 1973, 36p. ! Louis CORMAN, La non-violence dans la conduite des peuples et dans la conduite de soim me, Paris, Stock, Delamain et Boutelleau, 1949, 185p. ! Bart COENEN, Provo in Vlaanderen, mŽmoire de licence, V.U.B., 2001, 140p. ! Jean COT, La paix du monde ... : une utopie rŽaliste, Bruxelles, Labor ; Paris, Castells, 2000, 96p. ! Jean DE BOè, Propos subversifsÉ, Bruxelles, Syndicat unifiŽ du livre et papier, 1967, 348p. ! Jean DE BOè, Un Sicle de luttes syndicales, 1842-1952, Bruxelles, Syndicat unifiŽ du livre et papier, 1952, 266p. ! Jean DEFRFANE, Le pacifisme, Paris, Presse Universitaire de France, (Que sais-je ?), 1983, 127p. ! Genevive DREYFUS-ARMAND, Laurent GERVEREAU, Mai 68 : les mouvements Žtudiants en France et dans le monde, Nanterre, Bibliothque de documentation internationale contemporaine, 1988, 303p. ! Pascal DUMONTIER, Les situationnistes et mai 68 : thŽorie et pratique de la rŽvolution, 1966-1972, Paris, G. Lebovici, 1990, 307p. ! Jacques DURANDEAUX, Les journŽes de mai 68; rencontres et dialogues, [Paris], DesclŽe de Brouwer, [1968],159p. ! Yves FREMION, Provo, la tornade blanche, Bruxelles, Editons JEB, 1982, 160p. ! A. GERARD, Ç La dynamique du mouvement de paix en Belgique francophone È in Courrier Hebdomadaire du CRISP, Bruxelles, nos 1053-1054, 12 octobre 1984, 68p. ! Serge GOVAERT, Mai ’68 : c’Žtait au temps o Bruxelles contestait, Bruxelles, Politique et Histoire, 1990, 184p. 90. ! Carine JANSEN, LÕobjection de conscience en Belgique : 1919-1964, mŽmoire de licence, U.L.B., 1983, 280p. ! Laurent JOFFRIN, Mai 68 : histoire des ŽvŽnements, Paris, Seuil, 1988, 370p. ! Paul JORION, Quelques considŽrations relatives au phŽnomne "Provo". Amsterdam 1965-1967, mŽmoire de licence, U.L.B., 1969 ! Maurice JOYEUX, LÕanarchie et la rŽvolte de la jeunesse, une hŽrŽsie politique dans la sociŽtŽ contemporaine, Paris, Casterman, 1970, 163p. ! Alain KAPPER, La guerre du Vietnam, vue sur la Belgique : les mouvements de solidaritŽ envers le peuple vietnamien (1964-1973), mŽmoire de licence, U.L.B., 1998 ! Jean KREITMANN, Le problme du pain, de la paix et de la libertŽ dans le monde, 2e Žd : Flavion, Le phare, 1983, 151p. ! Joseph Jean LANZA DEL VASTO, Technique de la non-violence, Paris, Deno‘l, 1971, 286p. ! Marie-France LATRONCHE, L’influence de Gandhi en France, Paris, L’Harmattan, 1999, 255p. ! Claudine LELEUX, Approche du mouvement situationniste, mŽmoire de licence, U.L.B., 1974 ! 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Anne MORELLI (dir), Histoire des Žtrangers et de l’immigration en Belgique : de la prŽhistoire ˆ nos jours, Bruxelles, Vie ouvrire, 1992 ! Anne MORELLI, Fascismo e anti-fascismo nellÕemigrazione italiana in Belgio (1922- 1940), Roma, Bonacci, 1987 ! Anne MORELLI, La participation des ŽmigrŽs italiens ˆ la RŽsistance belge, Roma, Ministero Affari esteri, 1982, 144p. 91. ! Anne MORELLI, La presse italienne en Belgique, 1919-1945, Leuven-Louvain, Editions Nauwelaerts (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine), 1981 ! Jean-Marie MULLER, Jean KALMAN, CŽsar CHAVIEZ, Un combat non-violent, Paris, Fayard-Le Cerf, 1977 ! Jean-Marie MULLER, Le principe de non-violence ,Bruxelles, Marabout, 1999, 321p. ! Richard PAULISSEN, La contestation ˆ lÕuniversitŽ de Lige: 1967-1971, mŽmoire de licence, UniversitŽ de Lige, 1992, 110p. ! J. POSADAS, La guerre, la paix et le socialisme, Bruxelles, Science, culture et politique, 1981, 40p. ! 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Laetitia VERHULST, L’aventure des Cahiers Socialistes : revue indŽpendante de critique sociale : novembre 1944 - novembre 1953, mŽmoire de licence, U.C.L., 2001 92. VIII. Index des noms citŽs A ABARCA....................................................................79 ADAMAS..............................................................15,34 ALBEROLA................................................................81 ALLARD....................................................................29 ALPUENTE ................................................................31 ARMAND..............................................................11,72 ARONSTEIN...............................................................43 ASCASO ....................................................................16 B BACCUS ....................................................................29 BADIEN.....................................................................40 BADOT................................................. 23,34,35,37,77 BAKOUNINE.................................... 11,22,25,64,66,75 BEAULATON .............................................................77 BERTHIER .................................................................40 BIANCO................................7,8,25,31,32,47,63,80,86 BONFANTI............................................ 16,21,23,26,33 BOSMANT .................................................................43 BROWN.....................................................................23 BRULAND........................... Voir Goriely Voir Goriely C CAMPION ................................... 15,16,21,22,23,29,87 CARPEAU..................................................................50 CHUCK................................................... Voir Demeyst CLEYS.......................................................................66 COHN-BENDIT .....................................................56,75 ConsidŽrent ..............................................................39 CORDIER............................................. 5,6,21,26,66,78 COURTIN..............................................................66,67 D DALLAS ...........................................Voir Van Swieten DE BOƒ............................................. 6,15,21,30,31,32 de La BOèTIE.......................................................24,25 DE LIGT...........................................................27,39,40 de MIOMANDRE........................................ 63,66,67,79 DE SMET................................................... 30,35,72,73 DE SMET..............................................................34,35 DEBRUYN ...................................................................5 DECOEUR..................................................................43 DEMEYST..................................................................59 DESCHENE ................................................................52 DESTRYKER ....... 7,48,52,54,56,57,61,62,63,64,65,66,67,68,79 DETROYER................................................................29 DIEU 2,5,6,14,15,16,20,21,22,23,24,25,26,27,28,29,30 ,31,32,33,34,35,36,37,38,39,40,41,42,43,44,45,4 6,47,48,49,52,53,65,66,68,70,71,72,73,74,75,76, 77,78,79,80,81,86,87 DOGUET..........................................................60,62,67 DUBUISSON ..............................................................59 DUMONT.............................................Voir Vanbergen DURUTTI...................................................................16 E ERLER.......................................................................29 ERNESTAN ................................. 15,17,18,21,22,25,37 EWALENKO...............................................................20 F FALONY...............................................................32,42 FAURE.............................................................22,23,72 FEDELI ......................................................................71 FERRER................................................ 22,23,25,38,39 FLORQUIN.................................................................43 FOLLON ...............................................................50,52 FONTENIS.................................................. 68,72,76,77 FORTON ....................................................................49 FOURIER ...................................................................39 G GANDHI ..........................................................12,23,39 GARCET ...............................................................29,39 GHEUDE....................................................................29 GILLES .................................................................60,68 GIMENEZ ..................................................................31 GLINNE .....................................................................43 93. GODARD ...................................................................66 GODIN.......................................................................58 GODWIN...............................................................11,25 GOL.............................................................................7 GORIELY...................................................................18 GORIS .........................................................................6 GRISAR ................................................................58,59 GURUCHARRI............................................................79 H HALKIN.....................................................................43 Han RYNER ......................................... Voir Ner Henri Hem DAY .....................................................Voir Dieu HENRIQUEZ ......................................... 39,40,41,42,44 HERSHKOWITZ..........................................................65 HUMBERT .................................................................23 HUVENNE ................................................. 32,33,42,79 I ILLECYN....................................................................43 J JAEGER .....................................................................18 K KEUHENNE ..........................................................65,66 KOECK......................................................................30 KRISNAMURTI .....................................................23,39 KROPOTKINE ............................................................11 L LECLERCQ ................................................................43 LECOCQ ....................................................................50 LECOIN ..................................................... 32,40,53,78 LEJEUNE ..............................................................29,32 LEMAIRE.............................................. 52,53,64,65,66 LŽnine.......................................................................28 LEPAPE ....................6,34,35,36,37,52,53,54,55,77,80 LEROI........................................................................60 LETAWE....................................................................48 LOCKE ......................................................................11 LOPEZ .......................................................................73 LORPHéVRE......................................................5,21,33 Louise MICHEL ...................................................22,25 LOUVET ....................................................................48 LUMUMBA ..................................................................5 M MAITRON........................................................75,77,86 MARTINEZ ................................................................31 Marx...............................................................25,61,75 MATTART ............................................................15,34 MAURICE.................................................Voir Moreau MONIER ....................................................................22 MONTARESSI ............................................................55 MONTARESY.............................................................73 MOREAU..............................................................18,79 MORZOCCHI .............................................................73 MOULAERT.................................................................4 N NATALIS .............................................. 52,53,54,55,81 Ner.......................................................................23,72 NETTLAU .............................................................23,74 NEYST.............................................................60,67,68 NIEUWENHUIS .....................................................27,39 O OMER...........................................................Voir Piron P PANEKOEKE..............................................................68 PARMENTIER .......................................................72,73 PEE............................................................................43 PERISSINO............................................................21,42 PERRESINO................................................................73 PIRON...................................................................18,20 PLATTEUW...........................................................29,36 POUGET ....................................................................11 PROUDHON ...............................................................22 PROVO ......................................................................43 PRUDHOMMAUX.......................................................74 Q QUADEN ...................................................................58 R RECLUS................................................................10,22 RELGIS.................................................................40,53 94. RIFFLET ..........................................................17,20,21 ROBERT ............................................... 18,29,32,42,77 ROCKER....................................................................39 S SABATE.....................................................................31 SALMON...............................................................21,24 SCHOKAERT..............................................................29 SCHYNS ....................................................................43 SIMON...................................21,23,34,35,37,48,53,55 STIRNER..........................................................11,39,66 T TAQUIN.......................................................................6 TELLIER .....................................................Voir Rifflet TERROIR ...................................................................36 THYS....................................................................66,80 TORTON....................................................................50 V Van LIERDE 5,6,21,22,23,25,26,27,29,32,33,34,49,51,65,66,6 7,91 VANMARCKE...........................................................43 VAN SWIETEN .....................................................18,20 Van WIJK .......................................................27,39,49 VANBERGEN........................................................18,29 VANDALE .................................................. Voir Jaeger VEEVAETE ................................................................67 VIAN .........................................................................22 VOLINE .....................................................................22 W WALTER ...................................................................66 WANGERMEE............................................................18 WIRIX ..................................................................58,59 Z ZACHARY..................................................................54 95. IX. Table des matires I. ANNƒE ACADƒMIQUE 2001-2002INTRODUCTION............................................. 2 II. MƒTHODOLOGIE .................................................................................................... 4 III. NOTIONS THƒORIQUES DE BASE...................................................................... 10 IV. LE MOUVEMENT ANARCHISTE EN BELGIQUE............................................. 14 1. 1918-1945 : MISE EN CONTEXTE.......................................................................... 14 2. 1944-1952 : TENTATIVES DE RECONSTRUCTION.................................................... 17 ! Les Cahiers socialistes, Revue indŽpendante de critique sociale ................... 17 ! PensŽe et Action ........................................................................................... 20 ! LÕInternationale des RŽsistants ˆ la Guerre (I.R.G.), section belge du War Resisters International (W.R.I.)..................................................................... 25 ! SolidaritŽ Internationale Anti-fasciste (S.I.A.)............................................... 29 3. 1952-1959 : UNIFICATION ET RUPTURE................................................................ 33 ! LÕAction Commune Libertaire (A.C.L.)......................................................... 33 4. 1959-1965 : RENOUVEAU DES ACTIVITƒS ANARCHISTES ....................................... 38 ! Le Cercle la BoŽtie ....................................................................................... 38 ! LÕAnti-antitoutiste pour la paix..................................................................... 40 5. 1965-1970 : LA RELéVE ?.................................................................................... 45 ! Les Provos.................................................................................................... 45 ! XYZ .............................................................................................................. 49 ! Socialisme et LibertŽ..................................................................................... 52 ! Les mouvements Žtudiants de 1968 et leurs manifestations dans les universitŽs belges ........................................................................................................... 57 ! Liaisons ........................................................................................................ 60 ! Le groupe du 18 fŽvrier ................................................................................ 62 ! LÕAlliance..................................................................................................... 64 V. LES ANARCHISTES BELGES ET LEUR ACTION AU NIVEAU INTERNATIONAL........................................................................................................... 69 1. LES CONGRéS INTERNATIONAUX ANARCHISTES..................................................... 69 96. ! Le premier congrs international anarchiste (Paris, 1948) ........................... 70 ! Le deuxime congrs international anarchiste (Londres, 1958)..................... 72 ! Le troisime congrs international anarchiste (Carrare, 1968)..................... 75 2. LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES ET LA PARTICIPATION BELGE ................... 76 ! LÕAlliance Ouvrire Anarchiste (A.O.A) ....................................................... 76 ! Anarchisme et non-violence .......................................................................... 77 ! La F.I.J.L., les rencontres de jeunes et la violence ........................................ 79 VI. CONCLUSION ......................................................................................................... 82 VII. BIBLIOGRAPHIE.................................................................................................... 85 2. HISTOIRE DE LA PENSƒE ANARCHISTE : ....................................................... 85 3. HISTOIRE DU MOUVEMENT ANARCHISTE ET LIBERTAIRE :................... 86 VIII.INDEX DES NOMS CITƒS...................................................................................... 92 IX. TABLE DES MATIéRES ........................................................................................ 95